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Regards sur la science

« Croire » en la science

Publié en ligne le 13 octobre 2012 -
par Philippe Boulanger - SPS n°300, avril 2012

Le terme est paradoxal, il semblerait naturel et conforme à notre rationalité d’être persuadé des acquis et de l’intérêt des sciences par la réflexion (au contraire de la religion, penserions-nous).

Il n’en est apparemment rien. La meilleure preuve : une enquête réalisée il y a une quinzaine d’années dans les pays du Maghreb révélait que la majorité des islamistes ultras étaient des scientifiques, notamment des physiciens. Pourquoi ?

Le fait est patent : nous ne pratiquons pas l’idéal scientifique qui est de vérifier les effets avant de se préoccuper des causes et nous « gobons » sur les bancs de l’école les lois de la physique. Qui a jamais vérifié personnellement les lois de Newton expliquant la force d’attraction des masses en fonction du carré de l’inverse de leur éloignement ? Qui s’est interrogé sur l’existence de l’électron ? Un grand battage médiatique est fait autour du boson de Higgs, mais qui s’intéresse à la manière très indirecte dont les physiciens s’assurent de son existence ?

Sous-jacente à certaines religions et certaines sciences, il y a l’idée que dès que l’on met un nom sur quelque chose, son existence est avérée. Ce point de vue « réaliste » a été au centre de débats philosophiques majeurs au Moyen Âge (sous Charles VII, il y a eu des morts au Quartier latin entre les partisans du nominalisme et les tenants du réalisme).

L’interrogation est d’importance, même en mathématiques, où ce type de préoccupation est apparue en théorie des ensembles (l’ensemble de tous les ensembles existe-t-il ?).

S’il semble naïf de vouloir retourner à une science entièrement compréhensible concrètement, il faut bien admettre que notre acceptation de la physique résulte de sa cohérence interne et de la croyance, comme dans les religions, à certains interdits. Toutefois, il n’est pas mauvais de s’interroger sur nos processus de pensée et sur la différence entre la réalité en pensée (laquelle peut être associée au nominalisme) et la réalité dans le monde. À l’heure où l’interrogation sur la désaffection pour les études scientifiques se fait plus pressante, n’est-il pas licite de s’intéresser à cet aspect de la question ?

Publié dans le n° 300 de la revue


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