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Causes, probabilités, inférences

Publié en ligne le 29 août 2012
Note de lecture de Nicolas Gauvrit

Isabelle Drouet est maître de conférences en philosophie des sciences. Son ouvrage Causes, probabilités, inférences, aborde la question de la causalité d’un point de vue à la fois probabiliste et philosophique. L’ouvrage est passionnant à plusieurs égards.

D’abord parce qu’il illustre le fait souvent ignoré que, même en mathématiques, la construction d’un nouveau concept (ici celui de cause) est contraint par le sens commun de l’idée floue sous-jacente. « Comment définir mathématiquement une notion de cause qui reflète le plus fidèlement possible ce qu’on nomme spontanément une cause ? » est l’étrange question qui se pose tout au long du document.

Ensuite pour des raisons liées à la nature de la science. Certains pensent que le but de la science est de démontrer des relations de cause à effet pour expliquer le monde. D’autres qu’il est de construire des modèles prédictifs, sans se demander si ces modèles sont vrais, mais seulement s’ils sont efficaces. Deux visions apparemment inconciliables, mais peut-être pas dans le cadre des modèles causaux présentés ici.

Enfin d’un point de vue méthodologique, car même si l’on est d’accord sur une définition rigoureuse de ce qu’est une cause, comment déterminer expérimentalement les causalités ? C’est là que le livre aborde les probabilités et oppose deux grands types d’approches, exposant leurs intérêts et leurs limites relatives. Dans l’approche classique, on suppose des relations de cause à effet entre des événements ou des variables, ce qui donne un modèle de la réalité, que l’on peut ensuite tester statistiquement. Dans l’approche bayésienne, on part des variables et on détermine par un algorithme les relations causales entre ces variables (sous l’hypothèse qu’aucune variable non prise en compte n’intervient de manière cachée).

Alors : faut-il lire ce livre ? À tous ceux qui s’intéressent déjà à la question de la causalité et à la méthodologie en sciences humaines sans en être spécialiste, je réponds oui sans hésiter ! D’autant qu’à ma connaissance cet ouvrage n’a pas d’équivalent en Français.

Pour les autres, qui chercheraient un texte très accessible présentant dans les grandes lignes les idées actuelles sur la question, je serais plus prudent. L’ouvrage est en effet écrit pour des étudiants : le style est précis et clair mais l’auteure suppose souvent des connaissances préalables. Les exemples sont frappants et choisis avec soin, mais ils sont rares. L’ouvrage reste donc abstrait ; ce n’est pas un document qu’on lit en une fois, ni comme un roman.


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