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7 contre-vérités sur l’éducation

Publié en ligne le 12 avril 2019
Note de lecture de Christine Mourlevat-Brunschwig - SPS n°328 - avril / juin 2019

7 contre-vérités sur l’éducation

Daisy Christodoulou

Éditions La librairie des écoles, 2018, 169 pages, 19,90 €

À l’instar d’innombrables enseignants, Daisy Christodoulou, professeur des écoles, s’est efforcée de mettre en pratique des méthodes présentées comme efficaces. Confrontée jour après jour au manque de connaissances élémentaires des élèves et malgré la débauche de réformes, elle constate alors l’échec de ces pédagogies.

C’est à la lumière des sciences cognitives que sont remises en question ici les idées dominantes en matière d’éducation, en commençant par la première contre-vérité que dénonce l’auteur : « comprendre est plus important que connaître  ». L’idée remonte à Jean-Jacques Rousseau qui prétend qu’apprendre des faits ne permet pas leur véritable compréhension, ou à John Dewey qui prône l’apprentissage par l’expérience. Des pédagogues contemporains voulurent développer en priorité l’acquisition des compétences, le travail sur projet, la transversalité… L’auteur rapproche cette tendance intellectuelle des principes du postmodernisme qui se caractérise par un scepticisme quant à la valeur de la vérité et de la connaissance.

Les travaux scientifiques de ces 50 dernières années donnent tort à Rousseau, Dewey, à Freire 1 et à tant d’autres. Les faits ne sont pas les ennemis de la compréhension. Les connaissances factuelles présentes dans notre mémoire à long terme sont d’une importance cruciale pour la cognition et ne sont nullement opposées à la créativité ou à la résolution des problèmes. Au contraire, elles seules permettent aux compétences de se déployer.

La deuxième contre-vérité présentée dans l’ouvrage est : « Un enseignement trop directif rend les élèves passifs ». L’enseignant doit cesser d’être une figure d’autorité et devenir un « accompagnateur ». Mais l’auteur montre qu’il n’est guère possible d’acquérir des connaissances sans intervention de l’enseignant. Apprendre d’une manière autonome ne permet pas de parvenir justement à l’autonomie ! Les éléments essentiels, comme l’alphabet ou la numération, sont des inventions hautement complexes et abstraites. Trouver les choses « par soi-même » ne se vérifie pas dans la réalité, d’autant que l’enseignement basé sur l’investigation surcharge la mémoire de travail. Les études contrôlées indiquent que les élèves mis en face de problèmes trop difficiles, confrontés à une masse importante d’informations qu’ils doivent tenter de comprendre seuls, le font au détriment de l’acquisition des connaissances pour le long terme.

Voici les cinq autres contre-vérités présentées dans l’ouvrage et découlant des deux premières : « Le XXIe siècle rend obsolètes les vieilles méthodes d’enseignement  ». Cette assertion colporte notamment l’idée que les sciences sont temporaires et changeantes. Si c’est évidemment le cas pour certains domaines de recherche de pointe, la théorie d’Archimède est toujours vraie deux millénaires plus tard ! Les travaux d’Euclide ont été approfondis, mais il n’a pas été nécessaire de les corriger. L’auteur montre que l’augmentation exponentielle d’informations ne réfutera pas le théorème de Pythagore, ni n’améliorera les tragédies d’Euripide.

« Ils pourront toujours faire une recherche sur Internet  ». Mais l’auteur souligne que les élèves doivent déjà en savoir suffisamment pour chercher…

« Il faut enseigner comment apprendre à apprendre plutôt qu’apprendre des connaissances  ». Mais aucune compétence ne peut s’acquérir sans connaissances.

« C’est par les projets et les activités que les élèves apprennent le mieux  ». Mais pour être créatif, il faut déjà disposer d’un minimum d’acquis.

«  Transmettre des connaissances, c’est endoctriner les élèves  ». Le savoir serait lié à des questions de classe et de pouvoir, mais l’auteur montre qu’en réalité, il est bien plus facile de duper et manipuler les ignorants.

Bien que décrivant la situation au Royaume-Uni, les problèmes se retrouvent et se transposent en France. L’auteur prend aussi un soin particulier à ne pas accuser à la légère et commence chacun de ses sept chapitres par « les preuves que cette contre-vérité a influencé l’enseignement actuel  ». Minutieusement documenté, équilibré entre informations scientifiques et exemples concrets, cet ouvrage passionnant pourfend les idées reçues d’une manière vivante et agréable. Il éclaire sur les faits, sur la réalité d’une situation qu’on ne veut parfois pas voir…

1 Paolo Freire (1921-1997) : célèbre pédagogue brésilien, auteur de Pédagogie des opprimés.