Science et Pseudo-Sciences n°270

Sommaire

Éditorial. Des deux côtés de l’Atlantique p. 1
Du côté de la science p. 2
Peste aviaire et grippe humaine (Jeanne Brugère-Picoux) p. 6


Chronique de l’activisme créationniste des deux côtés de l’Atlantique p. 12
Darwin : ce n’est pas qu’une histoire de singe
(Charles Sullivan et Cameron McPherson Smith) p. 15
Sur ARTE : l’aventure humaine est-elle programmée ? p. 25


Carte blanche à Louis-Marie Houdebine. Le riz doré, un projet emblématique p. 30
Livres et revues p. 32
Petites nouvelles, gourous, voyants... p. 35
Débat. Science et croyances (Didier Nordon, Agnès Lenoire, Jean-Paul Krivine) p. 38
Le Père Noël a la peau dure (Agnès Lenoire) p. 47
Lecteurs et Internautes p. 51
Sornettes sur Internet. Les « crop-circles » p. 53
Mots croisés (Michel Barbe) p. 56

Dans l’encart :
L’AFIS prend position : Arte, CNRS, laïcité....


L’édito

Des deux côtés de l’Atlantique...

Depuis bien longtemps les idées, les modes intellectuelles ou autres, les conceptions d’organisation de la société, traversent l’Atlantique, et, souvent, nous suivons, bien ou mal, tôt ou tard, les façons de faire et de penser des Américains.

Les attaques contre la théorie de l’évolution connaissent un regain, et chacun sait que ce thème n’est pas nouveau aux États-Unis ; le célèbre « procès du singe » date de plus de 70 ans. Bien peu, chez nous, se rallient aux idées les plus fondamentalistes sur la vérité littérale de la Genèse si couramment soutenues là-bas. Pour absurdes qu’elles soient, ces façons de voir sont au moins limpides : le vernis scientifique ne résiste pas longtemps et leur « vérité » se révèle rapidement « vérité religieuse ».

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Faute d’un succès législatif, d’ailleurs en contradiction avec la Constitution, les mêmes essaient maintenant de rallier beaucoup plus largement derrière un faux-nez, insinuant qu’une sorte d’intelligence supérieure gouvernerait la naissance des espèces vivantes, dont on se garde de nier l’évolution. Il y aurait en somme un démiurge, qui pourrait éventuellement différer du Dieu des religions monothéistes en ce qu’il ne serait peut-être pas tout puissant, mais serait en somme tributaire, esclave, des lois de la nature (voulues par qui ?) et qui aurait dû intégrer dans son œuvre créatrice ce qu’il faut pour que l’évolution se passe comme elle se passe, en se bornant éventuellement à agir, dans l’ombre, par petites touches, pour que l’évolution conduise à un but.

Tout cela n’est pas nouveau en France non plus ; que l’on pense à Teilhard de Chardin et à son « point oméga ». Nous avons dénoncé ici les manipulations de l’UIP (Université Interdisciplinaire de Paris), les articles complaisants dans La Recherche d’Anne Dambricourt et la récente émission d’ARTE que la protestation des milieux scientifiques a heureusement réussi à faire suivre d’un débat (voir p. 25).

Mais si l’insulte faite à tout ce que la science a apporté vient aujourd’hui des États-Unis, le remède peut en venir aussi. Nos amis du Skeptical Inquirer, on le verra p. 15, parlent, agissent, argumentent. D’autres revues plus généralistes, tel Scientific american font de même. Partout le débat fait rage, les scientifiques se défendent et s’organisent, même s’ils n’ont pas les gros moyens matériels de la fondation Templeton, même si le soutien implicite de l’administration Bush aux thèses d’inspiration religieuse est patent et ne peut que les gêner.

Comme en face d’autres pseudo-sciences, notre force vient de ce que le savoir scientifique, construit sur l’expérience, l’observation raisonnée, le consensus des pairs et la validation, est un ensemble cohérent. En face nous avons des astrologues qui ont chacun leur méthode pour faire un horoscope, des homéopathes qui ont chacun leur protocole thérapeutique, des créationnistes essayant de masquer leurs apriorismes spiritualistes sous les déguisements les plus divergents. Le tout échouant in fine à rendre compte de la réalité et échouant devant l’expérience quand toute évaluation n’est purement et simplement pas refusée.

Mais ces arguments, cet esprit critique, cette approche scientifique et expérimentale doivent atteindre les élèves dans leurs établissements. Et la laïcité reste bien, contre le créationnisme, le dernier rempart indispensable.

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