Science et Pseudo-Sciences n°264

Sommaire

CHOIX RAISONNÉS ET PRINCIPE DE PRÉCAUTION
Éditorial p. 1
Et le risque de ne pas faire ? (Jean-Paul Krivine) p. 7
Le risque zéro - Libre opinion. « Tout absolu a un coût infini » - (René-Lucien Seynave) p. 14
Commentaire. Ni naïf ni hypocrite - (Jean-Pierre Thomas) p. 15
Quid du sous-sol ? (Jean Günther) p. 17
Sornettes sur Internet. Les dangers du four à micro-ondes p. 22
Petite histoire d’un glissement sémantique p. 25


Du côté de la science p. 2
Pour sourire : le scandale du modèle newtonien (Marcel Boiteux) p. 27


L’HOMÉOPATHIE DE NOUVEAU À LA UNE
Faut-il continuer à rembourser les préparations homéopathiques ? Communiqué de l’Académie Nationale de Médecine p. 29
Communiqués de l’Afis p. 31
L’homéopathie en questions p. 34


Vrai ou faux placebo (Monique Bertaud) p. 39
Livres et revues p. 44
Petites Nouvelles p. 47
Lecteurs et internautes p. 51


L’édito

Le risque de ne pas faire, au siècle des Lumières

" Inoculation, s.f. (Chirurgie, Médecine, Morale, Politique)

Ce nom synonyme d’insertion a prévalu pour désigner l’opération par laquelle on communique artificiellement la petite vérole, dans la vue de prévenir le danger et les ravages de cette maladie contractée naturellement. [...]

Quand toute la France serait persuadée de l’importance et de l’utilité de cette pratique, elle ne peut s’introduire parmi nous sans la faveur du gouvernement ; et le gouvernement se déterminera-t-il jamais à la favoriser sans consulter les témoignages les plus décisifs en pareille matière ? C’est donc aux facultés de théologie et de médecine, c’est aux académies, c’est aux chefs de la magistrature, aux savants, aux gens de lettres, qu’il appartient de bannir des scrupules fomentés par l’ignorance, et de faire sentir au peuple que son utilité propre, que la charité chrétienne, que le bien de l’Etat, que la conservation des hommes sont intéressés à l’établissement de l’inoculation. Quand il s’agit du bien public, il est du devoir de la partie pensante de la nation d’éclairer ceux qui sont susceptibles de lumière, et d’entraîner par le poids de l’autorité cette foule sur qui l’évidence n’a point de prise. "
Tronchin 1, Vol. I de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, (1751-1766).


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Cette polémique du XVIIIe siècle sur la valeur de l’inoculation 2, largement reprise dans l’Encyclopédie, apparaît de manière évidente comme un débat plus général sur le risque de ne pas faire (article en page 7). Débat qui franchit les siècles pour nous rappeler combien le souci du « bien public » s’oppose parfois à l’émotion individuelle, si spontanée et si instable.

À l’époque des Lumières, le mathématicien et philosophe Jean le Rond d’Alembert avait effectué les calculs de probabilités liés aux risques de contracter la petite vérole, en absence de toute action préventive, et par inoculation. L’avantage revenait à l’inoculation, mais pour autant la publication des chiffres ne rassurait pas.

Le principe de précaution qu’il est aujourd’hui question d’institutionnaliser va à l’encontre de ce que défendait l’Encyclopédie des Lumières, sous l’étendard de la Raison. Ne pas entreprendre, ne pas décider, sous le prétexte de la précaution, trop souvent affective et aléatoire, c’est renier notion de santé publique et de bien commun, c’est aussi condamner, en tout domaine, l’avancée scientifique.

Où en serions-nous si les siècles précédents avaient eu si peu d’audace ?

1 Journal Télévisé de Public Sénat le 20 janvier 2004

2 Il s’agissait de l’inoculation du pus d’un convalescent qui déclenchait une variole atténuée mais qui ne protégeait pas de petites épidémies, et non pas de vaccination par un virus bovin à immunité croisée découvert par Jenner en 1799.

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