OGM conquête ou fléau

par Louis-Marie Houdebine - SPS n° 259, octobre 2003 et hors série OGM, octobre 2007

Les numéros entre parenthèses renvoient aux références en fin d’article.

Depuis l’invention de l’agriculture, de l’élevage mais aussi des produits fermentés, les communautés humaines n’ont cessé de sélectionner les produits qui convenaient le mieux à leur alimentation et au traitement de leurs maladies. Ils ne se sont pas contentés des produits dans leur état natif, ils ont au contraire domestiqué et modifié génétiquement les micro-organismes, les plantes et les animaux dont ils avaient le plus besoin. Ces transformations sont si considérables que beaucoup d’entre nous ne savent pas de quelles espèces dérivent les carottes, le maïs, les poules etc. Les tomates, le maïs, les carottes sont des monstres par rapport à leurs homologues sauvages mais cela ne nous choque pas car ces variétés nous sont familières. La plupart des organismes vivants domestiqués ne sauraient survivre sans l’assistance de l’homme tant ils ont subi de mutations au cours de leur sélection. Les animaux de compagnie comme les chiens n’échappent pas à ces règles et nous n’en faisons pas de cas.

Au cours du XXe siècle, l’homme a réussi à accélérer la création de nouvelles souches, variétés et races, de micro-organismes, de plantes et d’animaux. Pour ce faire, il a provoqué des mutations multiples en soumettant les organismes vivants à des agents mutagènes puissants comme des molécules chimiques ou des rayons ionisants. Depuis fort longtemps, l’homme a inventé le mulet qui est une formidable opération de génie génétique puisque les 30 000 gènes d’une espèce sont alors transférées dans une autre. Le mulet n’est pas assez fécond pour avoir donné naissance à une espèce. On peut toutefois obtenir sans mauvaise surprise autant de mulets que l’on veut en croisant l’âne et le cheval, comme s’il s’agissait d’une nouvelle espèce.

Dans le même ordre d’idée, les agronomes ont créé plusieurs espèces végétales nouvelles par croisement. C’est le cas du triticale, qui est un hybride blé-seigle résultant d’un croisement forcé des deux espèces suivi de mutations aléatoires induites artificiellement pour stabiliser la nouvelle espèce. Le triticale est une céréale comme une autre et personne ne s’en inquiète, à juste titre. Depuis longtemps, l’homme a souhaité échapper au hasard des mutations spontanées qui sont rares et anarchiques, conduisant souvent à la naissance d’individus peu ou non viables. La découverte des gènes et l’invention du génie génétique ne pouvaient qu’offrir de nouvelles possibilités de créer des mutants en y mettant beaucoup moins de hasard (figure 1). C’est là une nouvelle ère qui vient de s’ouvrir avec son cortège habituel de progrès et de risques.

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Figure 1 : La sélection génétique via la reproduction classique et via la transgénèse.

La sélection classique repose sur l’évaluation des effets globaux de gènes inconnus et sur la reproduction sexuée qui entraîne une cosélection de gènes inconnus dont les effets peuvent être délétères. La sélection via la transgénèse repose sur l’action unique d’un gène connu.

Qu’est-ce qu’un gène ?

Traditionnellement, un gène est considéré comme le support matériel des caractères héréditaires. Pour un biologiste actuel, un gène est d’abord une information codée dont le produit est une protéine. Les gènes ont pour structure chimique l’ADN qui est le constituant essentiel des chromosomes. L’ensemble des gènes d’un organisme vivant qui constitue le génome, est donc une banque de données à laquelle l’organisme fait appel à chaque fois qu’il a besoin d’une protéine pour effectuer telle ou telle réaction biochimique.

Qu’est-ce qu’un OGM ?

Depuis environ 25 ans, les biologistes ont appris à isoler les gènes, à en déterminer la structure chimique, à les modifier au besoin et à les réintroduire dans un organisme qui devient alors un organisme génétiquement modifié (OGM) ou transgénique. L’ensemble de ces techniques qui constitue ce que l’on appelle le génie génétique offre des possibilités quasi infinies. Les mécanismes qui permettent à chaque gène de donner naissance à une protéine sont suffisamment connus pour qu’il soit possible non seulement d’isoler des gènes et de les recombiner pour former d’autres gènes fonctionnels mais aussi de synthétiser chimiquement des gènes parfaitement actifs identiques à leurs homologues naturels ou au contraire créés de novo.

A quoi servent les OGM ?

La modification génétique des organismes vivants est un outil essentiel pour les chercheurs qui doivent replacer un gène isolé dans le contexte naturel qu’est l’organisme entier, pour mieux comprendre son fonctionnement et son rôle. Cette même approche permet de créer des animaux transgéniques indispensables pour étudier certaines maladies humaines et tester de nouveaux médicaments. On dispose ainsi de souris qui miment des maladies aussi complexes que la maladie d’Alzheimer, la maladie de Kreutzfeld-Jakob, des cancers... Des fermenteurs contenant des bactéries ou des cellules animales génétiquement modifiées, et bientôt des animaux et des plantes transgéniques, fabriquent industriellement des médicaments comme l’insuline, le vaccin de l’hépatite B etc. Ces OGM qui représentent au moins 95 % des nouvelles lignées de plantes et d’animaux obtenues par des modifications génétiques ne soulèvent aucune inquiétude particulière dans l’opinion publique. Seules les applications agroalimentaires du génie génétique sont contestées. Elles sont pourtant aussi logiques et a priori pas plus dangereuses que les applications médicales et la sélection génétique classique.

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Les principales utilisations des plantes génétiquement modifiées (30, 31)

Le tableau 1 résume les principaux types d’OGM végétaux qui sont utilisés ou en cours d’étude. Les premiers OGM qui ont été préparés et les seuls actuellement commercialisés concernent les grandes cultures destinées à l’alimentation animale. Ces opérations ne visent pas à modifier la physiologie de la plante mais seulement à lui conférer une propriété intéressante grâce à l’action d’un gène étranger. Un bilan de l’utilisation depuis 1996 de ces plantes peut être fait.

Le colza et le soja permettent une réduction significative des épandages d’herbicides (1,2). Ceci doit être mesuré non en volume mais en toxicité globale des produits utilisés. Le rendement de ces deux plantes est légèrement augmenté. Le succès considérable de ces deux OGM (80 % du soja aux USA et en Argentine est génétiquement modifié) vient surtout du fait qu’ils simplifient la tâche des agriculteurs. Le maïs et le coton sont résistants à des ravageurs. Environ respectivement 30 % et 80 % de ces deux plantes sont des variétés génétiquement modifiées aux USA. Le coton est un succès particulièrement remarquable. Cette plante doit normalement subir 7 à 8 épandages de pesticides pour survivre. Certains de ces pesticides sont franchement toxiques pour les agriculteurs et très polluants. Le coton génétiquement modifié n’a plus besoin que de deux épandages. Les agriculteurs apprécient hautement de ne plus être intoxiqués et ils voient leurs bénéfices nettement augmentés. Ceci suffit à expliquer le brillant succès du coton et la pénurie de semences transgéniques que l’Inde a connue en 2002 (3, 4).

Il est utile de mentionner que des animaux génétiquement modifiés destinés à l’alimentation humaine sont en cours d’étude. Parmi ceux-ci, on peut citer les porcs rejetant 75 % moins de phosphate polluant (5), les poissons à croissance accélérée qui peuvent être une source de protéines pour certains pays pauvres (6), les animaux produisant du lait résistant aux infections bactériennes et les animaux résistants à divers maladies dont les maladies à prions etc. (7).

Les risques liés à l’utilisation des OGM agroalimentaires

Lorsqu’il s’agit de nourriture, les humains sont à juste titre méfiants. Si l’on ne sait pas ce que l’on mange, on risque toujours d’ingurgiter des substances potentiellement toxiques. Toute nouveauté dans ce domaine inspire une méfiance initiale, même lorsqu’il s’agit de produits couramment consommés dans d’autres pays.

a) La toxicité

Il n’est pas très difficile d’évaluer la toxicité d’une substance. De nombreux tests mis au point pour les médicaments sont à notre disposition et mis en œuvre dans ce but. Aucun des OGM actuellement commercialisés ne contient des composés toxiques décelables. Ils ont été consommés par des rats, des poules, des lapins, des moutons, des porcs et des vaches. Aucun de ces animaux n’a eu une quelconque perturbation de sa croissance, de sa reproduction et de sa production d’œufs ou de lait. La composition des produits de ces animaux (viande, œuf, lait) est inchangée. A cela, il faut ajouter que des centaines de millions d’animaux d’élevage consomment régulièrement du soja, du maïs et du colza transgéniques depuis 1996 sans qu’un éleveur ait jugé bon d’arrêter pour des raisons sanitaires (8, 9).

b) L’allergénicité

Le caractère allergène d’un produit alimentaire est plus difficile à évaluer. Les tests actuels ont permis d’identifier l’allergénicité d’une protéine ajoutée expérimentalement via son gène dans une céréale. Malgré leur imperfection, les tests actuels peuvent donc révéler des allergies comme celles du kiwi, des coquillages et a fortiori de l’arachide. Il est important de noter que ces produits très largement consommés sont en vente libre sans qu’aucun étiquetage ne mentionne leur allergénicité.

c) La dissémination dans l’environnement

Ce problème n’apparaît pas si grave que certains l’affirment mais il est par essence complexe. L’Union Européenne a subventionné 400 laboratoires à la hauteur de 70 millions d’euros pour évaluer les risques de dissémination des plantes transgéniques actuellement commercialisées. Les conclusions de cette étude qui n’a pas d’équivalent dans le monde ne sont pas alarmantes. Elles n’interdisent en rien l’exploitation des OGM mais recommandent certaines pratiques de cultures (déjà mises en œuvre pour des plantes classiques) et un suivi à long terme (10). Ces conclusions ne sont pas vraiment surprenantes. La plupart des plantes cultivées ne se perpétuent que si on les sème et elles n’ont pas d’équivalents sauvages ou ne se croisent pas avec elles. Le Mexique d’où vient le maïs possède encore la plante sauvage d’origine, le téosinte. Celui-ci n’est pas contaminé par le maïs classique pourtant très répandu et cultivé depuis longtemps. Pourquoi le serait-il par le maïs génétiquement modifié ? Un colza naturellement résistant à un herbicide et cultivé depuis 20 ans en Australie n’a pas non plus conquis ce continent (11,12). Ces observations ramènent les risques à leur juste mesure mais elles ne sauraient en aucun cas permettre de se dispenser d’un examen au cas par cas de chaque OGM (13, 14).Ces examens doivent être menés de manière approfondie et critique. Ainsi a t-on observé récemment qu’un tournesol transgénique résistant à un ravageur donnait son transgène à ses homologues sauvages mais sans que cela ait forcément de conséquences environnementales (15, 16). La qualité d’une telle étude est aux antipodes de celles conduites par des expérimentateurs comme p. Pusztaï qui prétendent que les OGM sont mauvais en s’appuyant sur un travail très préliminaire et impubliable (17). La démonstration que la toxine Bt décime le papillon monarque ne vaut pas plus cher et elle a été contredite par trois laboratoires indépendants (9). L’Union Européenne a récemment retenu le taux de 0,9 % pour définir la présence d’un OGM dans un produit de l’agriculture conventionnelle. En dessous de cette valeur, le produit n’est pas considéré comme étant un OGM mais peut en contenir fortuitement. Cette valeur est comparable à celle classiquement retenue pour définir la pureté d’une semence. Les producteurs et consommateurs de produits biologiques n’ont pas de raisons de s’offusquer de cette réglementation, à moins de considérer que la présence d’un OGM est fondamentalement une souillure. Cet aspect du débat sur les OGM ressemble fort à un combat déguisé entre le bien et le mal, inspiré par un créationnisme qui ne dit pas son nom.

Le consommateur va donc bénéficier d’un étiquetage et d’une traçabilité des OGM. C’est en réalité une mesure qui s’étend progressivement à l’ensemble de nos produits alimentaires indépendamment des OGM. Les leçons de la vache folle qui ont révélé le manque de contrôle de certains de nos aliments ont donc bien été tirées.

Les conséquences économiques et sociales de l’utilisation des OGM

Les OGM sont la nourriture la plus surveillée qui soit et donc a priori la plus sûre. Il faudra encore du temps pour que certains consommateurs prennent en compte les arguments rationnels qui indiquent que l’exploitation des OGM agroalimentaires n’est fondamentalement pas une activité à haut risque Le refus des OGM a bien d’autres raisons. Il n’a rien d’original. Toute nouveauté inquiète. Il se trouve toujours des radicaux qui ont des difficultés à suivre le progrès et qui s’enferment dans une attitude archaïque plutôt que d’évaluer sereinement les avantages et les inconvénients réels d’une invention. Il est fréquent d’entendre que nous n’avons pas besoin d’OGM. Il est parfaitement exact que les OGM actuels n’ont pas d’intérêt pour les consommateurs puisqu’ils ont été faits pour les agriculteurs qui en tirent le meilleur profit (tableau 2). Ce fait n’est pas pour rien dans le succès des OGM. La méfiance dominante actuelle de l’opinion publique ne signifie pas qu’elle a raison. Si on l’avait suivie, les vaccins, les trains et bien d’autres choses n’existeraient pas.

Agriculteurs 78 %
Entreprises de biotechnologie 07 %
Consommateurs 04 %
Entreprises semencières 03 %

Tableau 2. Répartition des bénéfices des OGM actuels (2, 9).

A travers les OGM, c’est bien souvent la société et son excès de libéralisme qui sont visés. Un discours logique et serein consisterait probablement à considérer :
1°) que les OGM sont une des conquêtes de l’humanité et qu’ils sont désormais une réalité, que cela plaise ou non ;
2°) que leur usage actuel n’est pas encore complètement normalisé mais n’a pas engendré de problèmes sérieux ;
3°) que leur utilisation s’accorde bien avec une agriculture productiviste mais qu’elle peut tout aussi bien lui tourner le dos et qu’elle est une chance très significative pour les pays pauvres (18-21) ;
4°) qu’ils peuvent apporter des solutions originales aux problèmes de l’agriculture des pays développés mais qu’ils ne constituent pas dans tous les cas un réel progrès etc.

Au lieu de cela, on prend les OGM en otage, ce qui n’est pas innocent. Pendant que quelques entreprises multinationales s’emparent des marchés et des brevets, les Européens perdent leur chance de proposer une autre manière d’exploiter les OGM et se mettent de plus en plus sous la dépendance de ces entreprises (21). Mais qu’importe, certains opposants n’hésitent pas à affirmer qu’ils sont convaincus que les OGM sont utiles et non dangereux, mais qu’à travers eux, ils combattent une société qu’ils veulent anéantir (22). Les OGM sont pour cela un bon terrain médiatique, rien de plus.

Les médias dans leur très grande majorité ont pris le parti des opposants, sans doute par opportunisme, pour vendre leur produit, mais tout autant par manque de professionnalisme. Le journalisme suppose en effet que l’on s’informe en profondeur avant de prétendre informer les autres. Certains média, et non les moindres, se placent en position d’ultime rempart contre une barbarie qui menace de détruire la terre et ses habitants ! Sous couvert d’un journalisme objectif se cache (à peine) une idéologie perverse qui ne sert même pas les pays pauvres. Le refus de pays africains d’utiliser des OGM provenant des USA est éloquent à cet égard. Certains de ces pays semblent avoir réellement peur des OGM sur les avis de bien curieux conseillers. L’un de ces pays au moins, la Zambie, n’a également pas voulu prendre le risque de perdre les marchés européens essentiels à sa survie économique. Il est en effet difficile en pratique d’empêcher qu’une partie des graines transgéniques destinées à la consommation soient semées et conduisent aussi à la présence d’OGM dans des produits destinés aux Européens qui les refusent.

Il est difficilement supportable que des censeurs bardés de certitudes affirment avec force que les OGM ne peuvent pas apporter de solutions intéressantes à la malnutrition. L’enthousiasme excessif des inventeurs du riz doré supplémenté en vitamines A, dont le déficit rend aveugles et tuent des dizaines de millions d’êtres humains chaque année (23), ne justifie pas l’acharnement des opposants contre ce projet. Son succès n’est en rien assuré mais il est de toute évidence redouté par certains opposants dont le fonds de commerce se situe plus dans le registre du malthusianisme actif que dans celui de l’altruisme.

Les multinationales qui détiennent actuellement l’essentiel des OGM ne sont ni plus ni moins vertueuses que les autres. La rapacité de certaines entreprises est indépendante de l’existence des OGM. La vocation des entreprises n’est pas de soulager les miséreux. Elles peuvent franchement leur nuire sans qu’on les y invite mais elles ne peuvent leur être utiles que si elles sont mandatées pour cela par la société avec tout ce que cela suppose.

Les arguments utilisés par les opposants aux OGM ne sont souvent que des mensonges. Il n’est pas vrai que les OGM sont des poisons, qu’un blé contenant un allergène a dû être retiré du marché car il n’y est jamais arrivé. Il n’est pas prouvé que le maïs Starlink indûment proposé pour l’alimentation humaine contient un allergène dangereux. Il n’est pas vrai que les OGM résistants aux maladies contiennent des pesticides dangereux qui s’accumulent dans le sol et détruisent sa faune et que leur culture oblige à utiliser plus de pesticides ou d’herbicides chimiques (9). (Tableau 3).

Réduction des pesticides 14000 tonnes
Réduction du fuel pour machines agricoles 20 millions de tonnes
Réduction du relargage de gaz à effet de serre (CO2) 73500 tonnes

Tableau 3. Bénéfices attendus de l’utilisation de 4 OGM (maïs, soja, coton, colza) dans l’Union Européenne. Les chiffres rapportés aux bénéfices annuels attendus sont extrapolés à partir des données obtenues depuis 1996 en Amérique du Nord et du Sud (1).

Il n’est pas vrai que le maïs transgénique Bt résistant à la pyrale détruit les autres insectes, ni qu’il a fait émerger des pyrales résistantes à la toxine Bt (9, 24). Il n’est pas vrai que le Mexique est complètement et irréversiblement contaminé par du maïs transgénique. Il n’est pas vrai que les gènes de résistance aux herbicides sont passés dans les plantes sauvages. Il n’est pas vrai que le gène de résistance à un antibiotique se transmet aux bactéries du sol (24). Il n’est pas vrai que le système Terminator empêche les petits agriculteurs de rentabiliser leur semence car le système Terminator n’est qu’une curiosité de laboratoire et personne n’est de toute façon obligé d’utiliser les OGM (le maïs transgénique plafonne au dessous de 30 % aux USA). Il n’est pas vrai que les OGM sont une menace fondamentale contre la biodiversité. Il n’est pas vrai que les essais en champ sont des entorses au principe de précaution. C’est au contraire une application de ce principe puisqu’ils sont faits pour évaluer, sans risque, les méfaits éventuels de la culture des OGM à grande échelle. Il n’est pas vrai que les effets des OGM n’ont pas été testés sur des animaux (8). Il n’est pas vrai que les produits biologiques sont meilleurs pour la santé humaine ni plus goûtés que les produits conventionnels (25). Il reste beaucoup à faire pour évaluer les réels avantages de cette forme d’agriculture pour les consommateurs et l’environnement (27, 28). Ceux qui affirment le contraire le plus bruyamment ont des intérêts financiers directs dans la vente des produits biologiques et ils n’hésitent pas pour cela à diaboliser les OGM au mépris de toute logique scientifique. On pourrait encore allonger cette liste mais à quoi bon ? Que vaut la stratégie d’un combat politique contre certaines injustices de la société qui doit à ce point s’appuyer sur le mensonge pour s’affirmer ? N’y a-t-il pas là des relents nauséabonds des pires moments du XXe siècle ? Un document qui est disponible sur Internet va jusqu’à donner des conseils pratiques pour les candidats arracheurs d’OGM (29). Un des discours dominants et pourtant dépassé en vient à condamner la science et le progrès technique en tant que tels alors que de toute évidence tous les deux sont de plus en plus soumis au pouvoir de l’argent et non l’inverse. Les OGM se retrouvent ainsi à la pointe d’un anti-américanisme exacerbé qui se nourrit de l’ignorance de ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique (et d’aliments « sans OGM et sans ketchup »).

Dans tout ce brouhaha, la mission des chercheurs très souvent accusés de collusion avec les multinationales n’est pas simple. Elle doit consister à explorer de nouvelles voies de recherche prometteuses pour l’humanité en évaluant les risques et non de condamner ou de promouvoir les OGM ou toute autre innovation. Il revient aussi aux chercheurs de dire le vrai et le faux sans profiter exagérément de leur position privilégiée d’experts.

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(2) Lettre d’information sur les plantes transgéniques 2003 6 :1-18.
(3) Pray, C.E., Huang, J., Hu, R. and Rozelle, S., 2002. Five years of Bt cotton in China - the benefits continue. Plant J. 31 : 423-430.
(4) Jayaraman, K.S., 2002. India approves GM cotton. Nat. Biotechnol. 20 : 415.
(5) Golovan, S.P., Meidinger, R.G., Ajakaiye, A., Cottrill, M., Wiederkehr, M.Z., Barney, D.J., Plante, C., Pollard, J.W., Fan, M.Z., Hayes, M.A., Laursen, J., Hjorth, J.P., Hacker, R.R., Phillips, J.P. and Forsberg, C.W., 2001. Pigs expressing salivary phytase produce low-phosphorus manure. Nat.Biotechnol 19 : 741-745.
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(9) Mendelsohn, M., Kough, J., Vaituzis, Z. and Matthews, K., 2003. Are Bt crops safe ? Nat.Biotechnol 21 : 1003-1009.
(10) http://reports.eca.eu.int/environme....
(11)Rieger, M.A., Lamond, M., Preston, C., Powles, S.B. and Roush, R.T. (2002) Pollen-mediated movement of herbicide resistance between commercial canola fields. Science 296, 2386-2388.
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(22) Rebel, B.2002, communication orale, Conférence citoyenne sur les essais au champ des OGM.
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(26) Evaluation nutritionnelle et sanitaire des aliments issus de l’agriculture biologique. Rapport AFSSA, juillet 2003.
(27) Trewavas, A., 2001. Urban myths of organic farming. Nature 410 : 409-410.
(28) Borlaug, N.E., 2000. Ending world Hunger. The promice of Biotechnology and the Threat of Antiscience Zealotry. Plant Physiology, 124 : 487-490.
(29) http://fraternitelibertaire.free.fr...
(30) Vasil, I.K., 2003. The science and politics of plant biotechnology-a personal perspective. Nat.Biotechnol 21 : 849-51. Pastor, J.M., 2003. Rapport d’information du Sénat n° 301 sur les OGM.

Louis-Marie Houdebine est directeur de recherches au Laboratoire de Biologie Cellulaire et Moléculaire de l'INRA (Institut national de recherche Agronomique) à Jouy-en-Josas. Il est notamment l'auteur de OGM, le vrai et le faux (éditions Le Pommier ; Essais/Manifestes ; 240 pages ; 18 €, mars 2003), dont nous avons brièvement rendu compte dans notre numéro 258


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