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Les OGM : Menaces ou espoirs, données scientifiques

Conférence donnée au Muséum d’Orléans, le jeudi 5 juin 2008

par Michel Monsigny

Résumé

L’exposé porte sur la définition des OGM, avec quelques rappels historiques, diverses données scientifiques et quelques éléments d’appréciation : les notions de doses, de l’universalité des composants biologiques, l’intérêt de la sélection et des hybridations. Après quelques rappels fondamentaux sur les données scientifiques, nous aborderons les aspects fondamentaux, l’intérêt et les risques environnementaux associés au développement des OGM.

Nous présenterons quelques exemples, dans le domaine de l’agriculture,
- les OGM résistant aux insectes : les plantes Bt, qui expriment une protéine toxique pour certaines larves de ravageurs.
- les OGM résistant aux herbicides : les plantes tolérant le glyphosate (round up)
- les OGM correspondant à un besoin nutritionnel ou à des conditions de culture difficiles.

Nous poursuivrons en évoquant l’intérêt des OGM dans le domaine médical :
- les OGM microbiologiques et la préparation de médicaments : insuline, érythropoïétine (É.P.O.)...
- les OGM animaux et la recherche de nouveaux médicaments
- la transgénèse appliquée aux patients avec un premier succès : la guérison des « enfants bulle », enfants souffrant d’une immunodéficience sévère.

Nous terminerons en évoquant les nécessaires précautions (toxicologie, éco-toxicologie, allergie, traçabilité…) et les aspects réglementaires fondamentaux.

Introduction

Les média nous abreuvent d’informations concernant les plantes qui rentrent dans la catégorie des OGM (nous donnerons la définition ci-dessous). C’est effectivement un problème d’actualité qui peut conduire à des débordements dus à des analyses divergentes. De nombreux facteurs peuvent en effet être pris en compte : citons les craintes liées à la pollution de l’air, à celle des rivières et des nappes phréatiques, à l’emploi de produits phytosanitaires (insecticides, herbicides, fongicides, bactéricides, etc.) qui peuvent être toxiques pour l’homme. Des considérations sociétales et politiques entrent aussi en jeu.

Les entreprises qui créent de nouvelles variétés et qui commercialisent les semences, celles qui produisent les composés phytosanitaires, surtout s’il s’agit de multinationales, sont soupçonnées de visées hégémoniques au détriment des agriculteurs, de la santé et de l’alimentation des humains. La vogue des produits "bio" qui sont parés de toutes les vertus ("tout ce qui est naturel est sain") rend très prudents les adeptes de cette approche.

Les nouveaux organismes vivants qui sont préparés dans les laboratoires et qui sont autorisés pour la production et la commercialisation, effraient et ce d’autant plus que des bruits divers circulent quant à la dangerosité de ces nouveaux organismes : ils seraient toxiques, allergéniques, cancérigènes, etc. En outre, de puissantes associations et des grands groupes commerciaux développent des travaux de recherche pour mettre le doigt sur les risques (avérés ou supposés) que représentent ces nouveaux organismes. La suspicion s’installe, les obtenteurs d’organismes modifiés sont accusés de cacher des données ; les chercheurs qui soutiennent au cas par cas que tel nouvel organisme est sans danger avéré sont accusés d’être à la solde des grands groupes internationaux.

Un autre point très important est que les OGM végétaux connaissent un développement impressionnant avec une croissance annuelle à deux chiffres. C’est ainsi qu’en 2007 près de 120 millions d’hectares (4 fois la surface cultivable de la France) ont été consacrés à la culture d’OGM. En 2007, quelque 60 % du soja et 40 % du coton étaient des OGM. Il est en outre intéressant de constater que la croissance des cultures OGM dans les pays en voie de développement est beaucoup plus vive que celle des pays "riches". À côté des États-Unis d’Amérique, l’Argentine est le second gros producteur d’OGM ; l’Inde et la Chine voient les cultures d’OGM croître rapidement.

Compte tenu de ces considérations et dans le cadre du rôle que les Académies s’efforcent de remplir depuis des lustres, (notre Académie fêtera son bicentenaire en 2009), il nous a semblé utile de faire une mise au point sur des bases scientifiques.

1° Que sont les OGM ?

Un OGM est un organisme génétiquement modifié : c’est-à-dire un organisme (bactérie, levure, champignon, plante, animal…) dont le matériel génétique (génome) a été modifié par une technique connue sous le nom de "transgénèse" afin de lui conférer une caractéristique nouvelle. Cette transgénèse correspond soit à l’addition d’un gène (ou de plusieurs gènes) isolé à partir d’un autre organisme ou, inversement par invalidation (inactivation) d’un des gènes de l’organisme. L’obtention d’un OGM repose sur les outils modernes de la biologie (biotechnologie) et des techniques d’hybridation, de sélection ou de mutation, bien connues dans le monde agricole depuis de nombreuses décennies (cf. le maïs, le colza …). Plus de 70 espèces végétales ont été transformées : soja, maïs, colza, riz, coton, papaye, betterave, chicorée, pomme de terre, peuplier, tabac, œillet…1.

La cellule

Pour comprendre ce qu’est un OGM, je vais dans un premier temps présenter quelques rappels. Tous les organismes vivants sont constitués de cellules : les bactéries, les levures, certaines algues sont constituées d’une seule cellule, alors que les plantes, les animaux, l’homme en renferment des milliards. La taille d’une bactérie est de l’ordre du micron (1 millième de millimètre), celle des cellules humaines est de l’ordre de la dizaine de microns. Chaque cellule contient au moins un chromosome. Les organismes supérieurs contiennent plusieurs chromosomes : l’homme 23 paires, le blé soit 14 paires soit 21 paires, selon l’espèce. Les bactéries en outre possèdent souvent un ou plusieurs petits chromosomes appelés plasmides qu’elles peuvent échanger entre elles ou transmettre à des organismes supérieurs. Agrobacterium tumefaciens transmet son plasmide aux cellules d’une plante. Chaque cellule d’organismes supérieurs maintient ses chromosomes dans un noyau. Chaque cellule d’un organisme contient la totalité du matériel génétique de l’espèce considérée. Les cellules végétales (plantes vertes) possèdent en outre des structures particulières (chloroplastes) qui fixent le gaz carbonique (CO2) et le transforment en glucose grâce à l’énergie photonique (le soleil). Chaque cellule fabrique quelques milliers de protéines parmi les quelque dizaines de milliers possibles pour un organisme supérieur donné. Un animal a une petite centaine de types cellulaires différents. Une cellule végétale est, dans des conditions adéquates, capable de donner naissance à une plante entière tout à fait fonctionnelle.

Universalité des molécules du vivant : des chromosomes aux protéines

Tous les organismes vivants sont constitués de cellules ; chaque cellule contient le matériel génétique propre à l’organisme ; ce matériel génétique, l’ADN (acide désoxyribonucléique), est contenu dans un ou plusieurs chromosomes ; l’ADN chez tous les organismes vivants (sauf les bactéries qui sont des procaryotes) est contenu dans des organites cellulaires : le "noyau" (pour la majeure partie) et les mitochondries (pour une faible proportion). Les gènes sont des segments de l’ADN. Ces segments d’ADN sont utilisés par la cellule pour fabriquer des ARN (acides ribonucléiques) lorsque la cellule en a besoin. Les ARN quittent le noyau et sont déversés dans le cytoplasme où ils vont être "traduits" en protéines. Les protéines sont des enchaînements des 20 acides aminés dans un ordre qui est strictement déterminé par l’ARN, qui, lui-même, est le message fidèle de l’information provenant du segment d’ADN dont il dérive. Toutes les cellules eucaryotes (animales, végétales, de levure ou de champignons …) fabriquent les protéines selon ce schéma. Il est important de noter que chaque cellule exprime une partie seulement des protéines de l’organisme. Les organismes supérieurs ont des dizaines de cellules différentes, qui expriment des protéines qui leur sont spécifiques chez les animaux : neurones, cellules endothéliales, cellules épithéliales, cellules de la peau, etc. ; chez les végétaux : cellules de la tige, des feuilles, des racines, du pistil, des étamines …

Les protéines

Toute protéine est synthétisée par une cellule en ajoutant un à un l’un des 20 acides aminés pour former une chaîne tel un collier de perles. Dans la grande majorité des cas, cette chaîne se structure spontanément en une forme globulaire active. La position de chaque acide aminé dans la chaîne est prédéfinie par la séquence du gène (ADN) qui code cette protéine. Chez l’animal, la synthèse des protéines suit le même schéma et leur dégradation — au cours de la digestion des aliments quelle que soit leur origine (animale, bactérienne ou végétale) — libère les 20 mêmes acides aminés ; les acides aminés libérés sont utilisés pour synthétiser les protéines propres à l’organisme. Il est donc clair que l’organisme transgénique qui contient un gène d’un autre organisme (plante, bactérie, mammifère, poisson, insecte, levure, champignon, etc.) ne présente aucun risque tant au point de vue du gène lui-même : un segment d’acide nucléique fait des 4 éléments universels (A, C, G, T) que de celui de la protéine faite des 20 acides aminés universels. Cependant dans des cas spécifiques, la protéine "transgénique" peut-être toxique s’il s’agit, par exemple, d’une toxine végétale, bactérienne, etc. ou allergénique, s’il s’agit d’un allergène comme les glycoprotéines salivaires du chat, les protéines des acariens, etc. Il n’est donc pas question de produire des OGM en incorporant de façon non réfléchie des protéines connues pour leur nocivité.

L’évolution du vivant

Les organismes vivants que nous connaissons aujourd’hui sont les produits de trois milliards et demi d’années d’évolution et témoignent de la capacité adaptative (adaptation) du vivant par rapport à l’environnement : température, humidité, prédateurs, etc. Pendant ce temps, des multitudes d’espèces nouvelles sont apparues, se sont développées, multipliées et transformées ; une part importante d’entre elles ont disparu. Aujourd’hui, à l’aire de la génomique, les spécialistes ont pris connaissance du contenu entier du patrimoine héréditaire de nombreuses espèces actuelles : hommes, animaux, plantes, bactéries, champignons, parasites, etc. et partiellement du contenu de quelques espèces disparues, y compris l’homme de Néanderthal (homo neanderthalis). Sur ces bases, la théorie de l’évolution a reçu une confirmation éclatante et certains de ses aspects ont pu être précisés ou corrigés.

Les hybridations, les croisements, les sélections

De nouvelles espèces sont apparues au cours des millénaires écoulés. Voici l’exemple d’hybrides spontanés du blé : le blé dur et le blé tendre au cours de l’histoire "récente". Tous les blés contiennent dans chacune de leurs cellules un noyau à 7, 14 ou 21 paires (n = 7) de chromosomes selon les espèces. Initialement l’espèce sauvage (un blé tendre) était "diploïde", c’est-à-dire qu’il possédait 7 paires de chromosomes, chaque cellule contenait donc 14 chromosomes. Il y a 500 000 ans environ, deux espèces de blé tendre se sont hybridées et ont donné naissance à une nouvelle espèce à 28 chromosomes : (7 paires de l’une et 7 paires de l’autre) l’espèce "tétraploïde", à 28 chromosomes, (blé pour pâtes).

Triticum monococcum
2 X 7 ch.
diploïde
+ Aegilops speltoides.
2 X 7 ch
diploïde
-> Triticum turgidum : blé dur, blé à pâtes
4 X 7 ch.
tétraploïde
Triticum turgidum
4 X 7 ch.
diploïde
+ Aegilops Tauschii
2 X 7 ch.
tétraploïde
-> Triticum aestivum : blé tendre, panifiable
6 X 7 ch.
hexaploïde

Il y a environ 10 500 ans, cette espèce s’est à nouveau hybridée à une autre espèce à 14 chromosomes pour donner naissance à une espèce "hexaploïde", (blé tendre panifiable) à 42 chromosomes. Ainsi donc, ces nouvelles espèces sont transgéniques (oh combien !) puisqu’il y a eu non pas incorporation d’un gène mais de plusieurs dizaines de milliers de gènes dans le génome des espèces parentes.

L’obtention d’espèces et de variétés nouvelles à propriétés intéressantes transmissibles héréditairement

L’obtention d’espèces végétales nouvelles repose sur un principe simple : il est possible de régénérer une plante entière à partir d’une seule cellule. Deux cellules provenant de 2 plantes d’espèces différentes peuvent être fusionnées (hybridation cellulaire). L’hybride obtenu peut-être multiplié et l’obtenteur pourra sélectionner au niveau cellulaire puis au niveau des plantes qui en sont issues les sujets présentant un ou des caractères intéressants.

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Figure 1 Aubergine hybride.
L’hybride F1 RITMO obtenu par RIJK ZWAAN (NL) est plus vigoureux et résiste mieux aux attaques fongiques que les variétés dont il est issu.
Source : Michel Javoy et Claude Leforestier, SH0, Société d’horticulture d’Orléans.

L’obtention de variétés nouvelles est encore plus simple, il suffit de faire en sorte que les organes reproducteurs femelles soient fécondés par du pollen d’une autre variété de la même espèce. Là aussi l’obtenteur devra cultiver les graines et sélectionner les sujets intéressants. Les graines ainsi obtenues seront semées, puis, un nouveau cycle de sélection interviendra. Enfin lorsque les sélections auront donné une "variété" ad hoc, l’obtenteur commence les étapes de multiplication et les démarches pour obtenir le "certificat d’obtention variétale" afin de pouvoir la mettre sur le marché. Selon les espèces ces différentes étapes peuvent exiger de 8 à 12 ans de travail. Depuis la fin du XIXe siècle de nombreux hybrides végétaux ont été obtenus, en particulier, en ce qui concerne les maïs, les blés, le colza, le triticale (hybride du blé et du seigle), les roses, les œillets, etc. (Figure 1). Les roses hybrides, découvertes en 1867 à la suite d’un croisement entre 2 différentes sortes de roses, sont devenues populaires après 1900. Les hybrides permettent d’obtenir des variétés aux propriétés remarquables pour le plaisir des yeux dans le cas des fleurs, pour la vigueur de la plante, pour la résistance à certaines pestes, pour la résistance à la verse, ou pour la consommation. Ainsi, le colza était initialement impropre à la consommation, car il contenait un lipide et des glycosides dangereux pour l’alimentation humaine et/ou animale. Vers 1970, des semenciers canadiens ont obtenu une "variété zéro" dépourvue d’acide érucique (produit toxique pour le cœur) et riche en acide oléique et en acides poly-insaturés (oméga-3 et oméga-6). Cependant le tourteau (ce qui reste après extraction de l’huile) était lui aussi toxique, car il contenait des glycosides toxiques qui rendaient le tourteau inutilisable en alimentation animale. Les semenciers ont finalement obtenu un autre hybride : le "double zéro" qui produit de l’huile et du tourteau dépourvus de toxicité2.

Les hybrides permettent d’obtenir des produits de qualité avec de hauts rendements mais ne se prêtent pas à la production de semences par l’exploitant s’il n’est pas spécialisé dans la sélection. Il est vrai que les exploitants, en général, préfèrent acheter des semences "certifiées" ; certains d’entre eux, cependant, préparent eux-mêmes une partie de la semence en récoltant une fois les graines d’une parcelle ensemencée avec de la semence « certifiée ». Compte tenu de la nature des hybrides, le rendement décroît d’année en année et les tares réapparaissent rapidement : ceci explique le succès des semences sélectionnées dites "certifiées".

Les animaux "domestiques" dérivent de sélections qui sont intervenues au cours des millénaires, des siècles ou des décennies passés. Il est à noter que les animaux hybrides sont stériles : les mulets et les bardots sont des exemples bien connus. Les races pures d’animaux sont obtenues par croisements consanguins et sélection des individus exprimant les caractères recherchés. Ils sont en général beaucoup plus fragiles que les espèces sauvages parentes. Il en est de même pour les animaux de laboratoires tels que les rats, les souris, etc.

Rappels historiques

- Il y a quelque 10 000 ans, les « cueilleurs » ont sélectionné des céréales cultivables, en particulier en récoltant et en semant les grains non déhiscents (qui restent attachés sur l’épi jusqu’à la maturité complète).
- En 1866, Geoge Mendel découvre les lois de l’hérédité.
- En 1938, le Bacilus Thuringensis est utilisé, en champs, pour lutter contre la pyrale, procédé développé et expérimenté en France.
- En 1953, Watson et Crick3 démontrent que l’ADN a une structure en double hélice ce qui explique que la molécule fille est exactement la copie conforme de la molécule mère car la molécule fille est synthétisée point par point en liant entre eux les 4 « nucléotides : A,T,C,G » qui sont complémentaires 2 à 2 vis-à-vis des 4 nucléotides de la cellule mère.
A en face de T, T en face de A, G en face de C, et, C en face de G.
Ainsi un segment, correspondant à un gène de 10 000 nucléotides, placé dans une séquence parfaitement définie de la molécule mère redonnera in fine un segment fille qui aura très exactement la même séquence. La vie est un roman écrit avec un alphabet à 4 lettres élémentaires qui se regroupent en 64 idéogrammes (codons) à la base du code de synthèse des protéines.
- En 1970, Paul Berg et al.4 découvrent les « enzymes de restriction », véritables ciseaux biologiques extrêmement précis. Cette découverte est la pierre angulaire qui ouvre la voie à l’obtention des premiers OGM bactériens. Un gène bactérien est excisé et transplanté dans une autre bactérie. Il est rappelé qu’un gène est un segment de chromosome renfermant l’information nécessaire et suffisante pour coder une protéine.
- En 1975, les scientifiques estiment qu’il est temps de s’arrêter et d’étudier l’impact de cette "technique" révolutionnaire que l’on nommera "transgénèse". Cette réunion est connue sous le nom de la "conférence d’Asilomar" (en Californie) : il est décidé un moratoire d’un an. C’est de là que découlent les mesures de sécurité et de confinement à 4 niveaux qui prévalent toujours dans nos laboratoires. – En 1982, le premier OGM végétal est obtenu en laboratoire par van Montagu et Schell5 en Belgique, il s’agit du tabac génétiquement modifié. Puis de nombreux laboratoires publics et privés, français, allemands, britanniques, coréens, suisses, israéliens, américains, argentins, chinois, indiens, etc. se lancent dans l’obtention de plantes et d’animaux génétiquement modifiés.

2° Données objectives

2-A Domaine agricole

2-A-a Les plantes transgéniques résistant aux insectes
Encadré 1 – Plante transgénique résistant aux insectes : les principales étapes de préparation d’un OGM.

1- Excision du gène bactérien
2- Insertion du gène, dans un minichromosome (plasmide) permettant la multiplication et la sélection dans des bactéries ; puis transfert du gène, obtenu en grande quantité, dans les cellules d’une plante (cellules en culture ou feuilles ou etc.)
3- Régénération de la plante et sélection des sujets d’intérêt qui expriment le caractère attendu et qui ont un « comportement normal », comme dans le cas des hybrides classiques
4- Production à plus grande échelle, préparation des dossiers de certification,
5- Après autorisation, production en vue de la commercialisation.

Le maïs, comme c’est le cas de toutes les plantes cultivées de manière intensive, est soumis à des attaques de certains insectes. La pyrale, un lépidoptère, Ostrinia nubilalis, est avec la sésamie l’un des insectes perforateurs les plus redoutés. Pour les variétés classiques de maïs, il est nécessaire de traiter jusqu’à quatre fois dans une année pour arrêter l’invasion de pyrale. En absence de traitement, le maïs meurt prématurément, car les larves perforent les canaux et donc le rendement chute de façon dramatique. En outre, les plantes peu atteintes permettent à des champignons tels que le Fusarium de se développer au niveau des blessures ; ce type de champignon secrète diverses toxines qui sont très dangereuses puisque certaines sont cancérigènes. Il arrive que le maïs grain possède jusqu’à 4000 unités de toxines, ce qui le rend inutilisable ; la norme européenne

Une solution alternative est d’utiliser des variétés de maïs résistant à la pyrale : le maïs Bt. Divers "maïs Bt" ont été développés par plusieurs semenciers. Ils diffèrent par la nature du transgène. En effet, si toutes les plantes Bt contiennent une protéine issue de Bacillus thurigiensis[Lambert, B. et al. (1996) A Bacillus thuringiensis insecticidal crystal protein with a high activity against members of the family Noctuidae. Appl. Environ. Microbiol. 62 : 80-86.]], une bactérie du sol, elles diffèrent par la nature du variant sélectionné : on connaît quelque 50 variants différents de cette protéine : ces variants sont plus ou moins toxiques vis-à-vis de certaines espèces d’insectes. Pour le maïs, la protéine Cry1Ab convient pour lutter contre la pyrale (Cry vient de cristal en anglais, car la protéine est produite en telle quantité dans la bactérie qu’elle cristallise à l’intérieur de la cellule). Le gène de cette protéine Cry1Ab est excisé du minichromosome bactérien et inséré dans le génome du maïs (voyez l’encadré 1). Le maïs Bt comme le maïs MON 810 permet d’éviter les traitement aux pesticides, ce qui améliore la rentabilité pour le cultivateur, moins de frais et meilleur rendement. En ce sens, on peut affirmer que les OGM de type Bt, parce qu’ils évitent des traitements avec des pesticides, contribuent à la sauvegarde de la biodiversité.

Quels sont les risques qui pourraient inciter à limiter la culture d’une plante Bt en plein champ ?

Dans tous les cas, il convient de considérer les plantes transgéniques au cas par cas.

Y-a-t’il une toxicité liée au gène ou à la protéine d’un OGM Bt ? Le Bt affecte-t-il les mammifères, les humains ?

Le gène est un segment d’acides nucléiques tout à fait semblable aux autres segments d’ADN de la plante : les constituants du transgène sont identiques à ceux de la plante. La protéine Bt, chez les animaux qui se nourrissent de la plante transgénique, est découpée en acides aminés, dans le tractus digestif, comme toutes les protéines des aliments, et ce quelque soit son origine : bactéries (yoghourt), levure (bière, pain, etc.), végétaux, animaux. La toxicité de la protéine Bt pour certains insectes est liée à des propriétés d’activation et de reconnaissance qui sont propres à l’insecte sensible. Il n’y a donc pas de risque pour les humains ou les mammifères.

Encadré 2 – Données concernant le pollen de maïs

* Nombre de pollens par plante (anthère) : 14 millions : (4-24) x 106
* Pieds par ha
1 million 106
* Nombre de pollens par ha
14 000 milliards
* Présence de pollen en fonction de la distance
À 10 km : 1 pollen / 100 m² ;
À 100 km : 1 / 1 000 m²
* Semenciers : à 25 m, pureté supérieure à 99 %
* Viabilité du pollen au cours d’une journée :
Le pollen libéré à 11 h est pris pour être viable à 100 %, le même pollen à 14 h : 20 %, à 17 h : 10 % et à 20 h : 0 %
* Grain transgénique dans une parcelle non transgénique éloignée de plusieurs km : de l’ordre de 2 pour 100 000.
*Yves Brunet, DR, Inra, Bordeaux

Le Bt affecte-t-il la santé des sols ?

Bacilus thuringensis est présent dans tous les sols : la protéine Bt n’a qu’un impact négligeable pour les vers de terre6 ou les autres petits invertébrés.

Le Bt affecte-t-il les insectes, en général ?

Une courte note préliminaire par John Losey et al. 7 dans le très respecté journal Nature du 20 mai 1999 a alerté les médias. Dans cette note préliminaire les auteurs montraient que les chenilles du "monarque" (un joli papillon) nourries exclusivement, en milieu confiné, avec du pollen de maïs répandu sur des feuilles d’asclépiade souffraient plus lorsque le pollen provenait d’un maïs Bt que d’un maïs non transgénique. Cependant 2 ans après, 5 articles8 (par exemple) paraissent dans les Proceedings of the National Academy of Science des USA, un journal non moins respecté, montrant que le risque pour les larves de monarque, dans l’environnement réel est négligeable, inférieur à 1 pour 10 000, comparable au risque d’un français d’être tué sur la route au cours d’une année ! La couverture médiatique de ces 5 articles a été… modeste. En ce qui concerne les abeilles, des chercheurs de l’Université de Iéna ont conclu que la maïs Bt n’a pas d’effet nocif.

La dissémination du pollen

En ce qui concerne le maïs, en Europe, il n’y a ni maïs sauvage ni plante apparentée, donc il n’y pas de risque de fécondation de plantes "sauvages". En ce qui concerne la dissémination sur des cultures non transgéniques, il faut prendre des précautions. Il convient de laisser un espace suffisant entre les deux types de maïs. Il faut cependant se rappeler que le pollen de maïs est fragile (voyez l’encadré 2).

Tableau 1 – Quelques exemples de toxicité de composés réputés non toxiques
Doses létales : LD50 en g/kg
Par voie intraveineuse
Glucose35
Glycérol 4,5

Par voie intrapéritonéale
Anéthole 0,9
Ac. citrique 1

Par voie orale
Saccharine 17
Glyphosate 4,9
Sel de cuisine 3,8
Nitrate de sodium 2,4
Aspirine 1,5

Source : Institut de Veille sanitaire

En ce qui concerne le colza, il existe effectivement diverses plantes sauvages (ravenelles, etc.) susceptibles d’être fécondées par le pollen transgénique, c’est pourquoi la culture des colzas transgéniques n’est pas autorisée en France.

2-A-b Tolérance aux herbicides : cas du « Glyphosate » utilisable sur les plantes OGM dites "Round up Ready"

Le glyphosate est un herbicide qui tue les plantes vertes. Le glyphosate inhibe une enzyme (EPSPS : énoyl-pyruvyl-shikimate phosphate synthase) des plantes vertes ; cette protéine est située dans les chloroplastes, son inhibition bloque la synthèse des protéines. Cette enzyme est présente dans tous les organismes (bactéries, plantes vertes, etc.) qui synthétisent les acides aminés aromatiques (3 des 20 acides aminés constitutifs de toutes les protéines du vivant).

Les plantes "round up-ready" possèdent une protéine EPSPS bactérienne insensible au glyphosate (Dow AgroSciences et Pioneer Hi-Bred Int.). Ainsi, une telle plante OGM est donc tolérante à un traitement au glyphosate, alors que les adventices (mauvaises herbes) seront tuées. L’un des avantages de cet herbicide est qu’il n’est pas toxique vis-à-vis des animaux : en effet, les acides aminés aromatiques sont apportés par la nourriture. Le tableau 1 montre en effet que le glyphosate n’est pas plus toxique que le sel de cuisine pour les mammifères. Par contre, un composé comme la "ricine" qui est une protéine "naturelle", présente dans la graine de ricin, est un composé très toxique : pour un homme de 70 kg, par voie intraveineuse, la dose létale est de 42 µg (0,000 042 g), par voie orale 70 mg soit 0,001 g/ kg. À titre comparatif, avec des cellules humaines en culture il suffit d’une concentration de 0,6 µg/L soit 10 pM (pM = picomole par litre) soit un centième de milliardième de mole pat litre !

L’utilisation du glyphosate a permis de diminuer considérablement l’utilisation des autres herbicides qui sont beaucoup plus toxiques : à titre d’exemple, entre 1995 et 2001 aux USA9, si les surfaces traitées au glyphosate ont augmenté significativement (par un facteur 1,36), globalement, les surfaces traitées par les autres herbicides ont diminué de façon spectaculaire (par un facteur 2,5).

Le bilan de l’utilisation des plantes OGM de première génération est nettement positif, tant du point de vue de la diminution des pesticides utilisés que du rendement : les données rassemblées récemment par Georges Pelletier, Directeur de recherche à l’Inra, montrent que depuis 1996

- Le soja Round up Ready a entrainé une diminution de 13 000 tonnes par an d’herbicides,
- Le coton Bt, une diminution de 862 tonnes d’insecticides par an et une augmentation de la production de 900 000 tonnes,
- Le maïs Bt, une diminution de 7 260 tonnes d’insecticides par an et une augmentation de la production de 1 588 000 tonnes.

Il est important de se rappeler que le glyphosate ne présente pas de toxicité pour les hommes ou pour les animaux, alors que les autres herbicides présentent une certaine toxicité (très faible pour certains, très importante pour d’autres). En outre, les plantes Bt permettent non seulement d’éviter les traitements avec des insecticides, mais encore elles évitent l’invasion par des champignons hautement toxiques.

2-A-c Résistance à un virus : exemple de la papaye10

La papaye transgénique a sauvé l’industrie de ce fruit de l’île d’Hawaii. La culture de papaye était destinée à disparaître à cause du ringspot virus qui déforme les fruits et peut aller jusqu’à faire mourir l’arbre. Compte tenue de l’absence de variétés de papaye présentant une résistance naturelle au virus ringspot (PRSV), les chercheurs de Cornell University (New York) et de l’Université de Hawaii (USA) ont tenté une approche biotechnologique. Ils ont mis au point une variété de papaye résistant au PRSV, en insérant dans le génome du fruit une séquence d’ADN provenant du PRSV. La papaye transgénique a pu être testée dans les anciens vergers ravagés par le virus. En 1997, après plusieurs années d’essais en serre et dans les champs, les autorités américaines ont décidé d’autoriser la papaye transgénique. Depuis 10 ans, la papaye transgénique a été produite au bénéfice des cultivateurs et utilisée en alimentation humaine à la satisfaction des consommateurs tant du point de vue du goût que de la sureté sanitaire.

2-A-d Utilisation des plantes OGM à des fins d’alimentation humaine

– Produits hautement transformés

Les produits élaborés à partir de plantes OGM et correspondant à des aliments hautement transformés sont commercialisables et importés en France : en effet les huiles, les farines, le sucre (de cannes ou de betterave), etc. ne contiennent pas trace des protéines produites par les OGM. Un certain nombre de plantes OGM sont autorisées en Europe. En France, les moratoires interdisent la culture et l’importation de nombreux OGM. La nouvelle loi permettra peut-être une évolution vers des conditions moins restrictives.

– Amélioration des plantes utilisées en alimentation humaine

De nombreuses plantes transgéniques ont pour but de pallier la carence de certains végétaux en composés indispensables au développement des enfants et à la bonne santé des adultes : citons, à titre d’exemple, les plantes OGM produisant des huiles poly-insaturées contenant des acides gras dits oméga-3, oméga-6 ou encore les riz enrichis en pro-vitamine A, en fer, etc.

Les acides gras poly-insaturés (oméga-3, oméga-6) ne peuvent pas être synthétisés par l’homme contrairement aux acides gras saturés ou mono-insaturés comme l’acide oléique, principal composant insaturé de l’huile d’olive. Des plantes oléagineuses produisant une quantité importante de ces acides gras poly-insaturés (idéalement 4 à 5 fois plus d’acides gras en oméga-6 qu’en oméga-3) peuvent être obtenues par transgénèse.

Le cas du riz "doré" enrichi en β-carotène ou pro-vitamine A est particulièrement intéressant. Les centaines de millions de personnes dont l’alimentation est fondée essentiellement sur le riz souffrent de malnutrition qui peut entrainer, entre autres phénomènes, la cécité. L’une des causes est le manque de vitamine A. Sur ces bases, les premiers essais ont conduit à introduire dans le riz un gène (extrait du génome de dahlia) d’une protéine indispensable à la synthèse du β-carotène, précurseur utilisable par l’homme pour synthétiser la vitamine A. Malheureusement, la quantité de β-carotène produite dans le grain de riz était trop faible : ce riz de première génération n’avait donc aucune valeur additionnelle. Plus récemment d’autres chercheurs ont introduit un gène de maïs et ont obtenu un riz qui produit 23 fois plus de βcarotène11 : cette fois, une ration de 70 g par jour apporte 50 % de l’AJR (apport journalier recommandé), ce qui suffit pour éviter les séquelles d’une avitaminose.

2-A-e Adaptation des plantes aux conditions défavorables

Les développements en cours portent sur de nouveaux organismes génétiquement modifiés en relation avec l’environnement, et en particulier, l’adaptation des plantes à des conditions extrêmes. La résistance à la sécheresse, un excès de salinité dans le sol, l’adaptation au climat froid, ou au climat chaud, etc.

Des plantes résistantes à la sécheresse L’évaporation peut-être diminuée en jouant sur la faculté qu’ont les stigmates des feuilles de se fermer sous la dépendance de substances endogènes jouant le rôle d’hormone. À titre d’exemple, le génome du riz, du canola et du maïs a été modifié ; les plantes transgéniques12 se développent et produisent des graines alors que les plantes analogues non transgéniques en sont incapables.

Conclusions

Il faut se rappeler que les plantes OGM, que l’on vient de décrire, ne produisent pas de pesticides : ni herbicides ni insecticides ; elles produisent une protéine qui, comme les quelque dizaines de milliers de protéines dont se nourrissent les hommes et les animaux, ne sont ni toxiques, ni allergéniques et sont diététiquement acceptables. Ces plantes OGM, comme nous l’avons souligné plus haut, permettent de diminuer l’utilisation des pesticides (herbicides et insecticides) qui sont souvent toxiques et quelquefois même très toxiques. En outre, elles permettent à l’exploitant agricole de ne pas subir les pertes dues à une diminution des rendements par l’invasion de plantes adventices et d’insectes. Enfin, elles permettent de maintenir la contamination fongique due à des attaques d’insectes perforateurs, champignons dont la toxicité (y compris leurs propriétés cancérigènes) est établie.

2-B Données objectives dans le domaine médical

2-B-a Produits pharmaceutiques

Tableau 2 – Quelques médicaments produits par des plantes transgéniques

Firme Végétal Type Produit Pathologie Etat*
Protalix Biotherapeutics Israël carotte Cellule en culture Glucocérébro-sidase Maladie de Gaucher Ph 3
Biolex Therapeutics, USA Lentille d’eau Bassins intérieurs Alfa interféron Hépatite C Ph 2
Sembiosys Genetics, Can. Carthame faux- safran En champ Insuline Diabète Ph 1/2
Meristem Therapeutics, F maïs Lactoferrine humaine Diarrhée Ph 1
Meristem Therapeutics, F maïs En champ Lipase Mucoviscidose Ph 2
Meristem Therapeutics, Stallergènes, F tabac Allergène d’acariens Allergie R&D
Meristem Therapeutics, F Shanta west, USA maïs Anticorps monoclonaux Cancer R&D
ICON genetics, Bayer, All. tabac Protéines vaccinales Diverses R&D
CIGB, Cuba tabac En serre Anticorps vaccinal Hépatite Commercial
Dow Agrosciences, USA tabac cellule en culture Vaccin pour la volaille Maladie de newcatle Approuvée par la USDA
Planet Biotechnology, USA tabac En champ vaccin Carie dentaire Approuvé en Europe
Cobento, Ukr. Arabi-dopsis En serre facteur intrinsèque humain Déficience en vitamine B12 Approuvé en Ukraine
Ventria Science, USA riz En champ lactoferrine, lysosyme Diarrhée essai d’efficacité terminé
Large Scale Biology Corporation, USA tabac Anticorps vaccin Lymphome B Ph 1

*stade du développement : Ph = phase clinique (de 1 = premiers essais toxicologiques sur quelques personnes à 4 = essais thérapeutiques sur un grand nombre de patients) ; R&D : recherche et développement

Les OGM microbiologiques ou MGM (microorganismes génétiquement modifiés) sont utilisés pour préparer des médicaments. Dès 1980, - afin d’éviter les possibles contaminations par des virus ou par des prions : virus du Sida ou VIH, prion de la maladie de Creutzfeld-Jakob, ou prion de la vache folle - des protéines difficiles à obtenir à partir d’extraits humains ou animaux ont été obtenues à partir de bactéries, de cellules animales en culture, ou encore de levures. En voici quelques-unes :
* Hormone de croissance contre le nanisme * Insuline contre le diabète * Érythropoïétine (ÉPO) contre l’anémie * Facteurs VIII, IX ou XI contre les hémophilies
* Interférons contre les virus, etc. * Vaccins contre l’hépatite B, etc

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Figure 4 - Schéma (16) de la transformation d’une copule glucidique de levure en une copule glucidique humaine produite par une levure transgénique "humanisée".

Plus récemment des plantes transgéniques ont été préparées pour produire des médicaments, en général, de nature protéique, médicaments qui peuvent être extraits et purifiés. Il est même possible que certaines plantes puissent être cultivées et utilisées comme médicaments sans passer par les étapes d’extraction et de purification. (Tableau 2). Le cas de la tomate transgénique — produisant le peptide amyloïde impliqué dans le développement de la maladie d’Alzheimer chez l’homme,— ouvre des perspectives grandioses. En effet, les souris nourries avec de telles tomates s’immunisent spontanément et produisent des anticorps spécifiques du peptide amyloïde13. La levure est un microorganisme très intéressant car elle est capable de synthétiser des protéines glycosylées comme les animaux, alors que les bactéries en sont incapables. Les protéines glycosylées (glycoprotéines) possèdent des oses (sucres ou glucides) branchés sur certains acides aminés de la chaîne peptidique. De très nombreuses protéines humaines et animales sont glycosylées. La partie glucidique des glycoprotéines joue un rôle souvent complexe dans l’organisme. En l’absence de leurs parties glucidiques, les protéines correspondantes sont inactives. En outre, si les parties glucidiques ne sont pas "identiques" à celle des la glycoprotéine humaine, le médicament "mal" glycosylé (protéines produites par la levure en particulier) n’est pas actif non plus. Récemment, ce problème a été résolu par une équipe américaine14 qui a préparé une levure transgénique, avec 4 gènes de levure invalidés (non fonctionnels) et 14 gènes d’origine animale introduits. Les glycoprotéines synthétisées par cette levure transgénique ont une partie glucidique identique à celle synthétisée par l’homme. L’érythropoïétine humaine, indispensable à la production des globules rouges, produite dans cette levure transgénique est superbement active et a une durée de vie longue. Cette prouesse ouvre des applications thérapeutiques remarquables. L’érythropoïétine aussi connue sous le nom d’EPO est un médicament indispensable au traitement de diverses pathologies dont divers types d’anémie (Figure 4).

2-B-b les OGM animaux et la recherche de nouveaux médicaments

Souris transgéniques

Les modèles animaux (souris) comprennent, d’une part, ceux dont un gène a été invalidé (knock-out) et, d’autre part, ceux qui ont incorporé un gène supplémentaire. Dans les deux cas, les animaux développent des pathologies bien identifiées. Ces souris transgéniques servent à rechercher des médicaments appropriés pour prévenir le développement de la maladie ou pour en ralentir l’évolution. Dans d’autres cas, il s’agit de rechercher la fonction d’une protéine ou d’une séquence d’ADN pour élucider les fonctions biologiques fondamentales. À travers le monde, le nombre de souris transgéniques se compte par centaines. Au niveau européen, l’EMMA (The European Mouse Mutant Archive) est une aide précieuse à la recherche. Plusieurs centres de recherche européens obtiennent des souris transgéniques et les mettent à la disposition des chercheurs. Citons par exemple des laboratoires suédois (Stockholm), britanniques (Harwell, Hinxton), portugais (Oeiras), italien (Monterotondo), allemand (Munich) et français (Orléans). Le CDTA (Centre de Distribution, Typage et Archivage animal) du CNRS à Orléans dispose d’une trentaine de souris transgéniques. Par exemple, les souris qui expriment l’oncogène BCL2 développent une maladie auto-immune connue chez l’homme sous le nom de glomérulonéphrite complexe.

2-B-c Thérapie génique humaine : la transgénèse appliquée aux patients avec un premier succès : la guérison d’enfants souffrant d’une immunodéficience combinée sévère X

Au début des années 1980, le développement du génie génétique sonne le début d’une révolution médicale : la thérapie génique. Celle-ci consiste à utiliser un gène sain comme "médicament" pour faire exprimer une protéine thérapeutique (pallier un dysfonctionnement génétique). En 1999, des premiers essais cliniques15 sont réalisés par l’équipe du professeur Alain Fischer, à l’hôpital "Necker, enfants malades", sur de jeunes patients atteints de déficience immunitaire sévère (ces jeunes patients sont dits "enfants bulle" car ils devaient être maintenus dans une enceinte (bulle), sans contact avec l’extérieur). Une fois le gène malade identifié, il s’agissait de le remplacer par un gène sain.

Techniquement, l’équipe médicale prélève des cellules souches de la moelle osseuse d’un "enfant bulle", pour y introduire un gène fonctionnel (gène sain du chromosome X) en laboratoire, avant de réinjecter les cellules souches transgéniques à ce même patient. Sur les 10 essais cliniques de l’équipe d’Alain Fischer, 9 ont réussi. Ces 9 enfants ont aujourd’hui une vie normale. Cependant, ces essais cliniques ne seront pas appliqués comme protocoles courants, car des effets secondaires graves16 ont été détectés (développement de cancers) chez un enfant. Cet accident est dû à l’absence de maîtrise du lieu d’intégration du transgène. Dans l’avenir, il sera possible d’intégrer un gène de ce type dans un endroit sélectionné du génome, ce qui évitera la dérégulation de gènes du type oncogène et le développement de pathologies.

2-B-d Autres animaux génétiquement modifiés.

Faute de place, nous ne développerons pas, dans le cadre de ce mémoire, les résultats concernant des animaux d’élevage transgéniques obtenus dans des perspectives non médicales : animaux d’agréments tels que des poissons fluorescents, des poissons à croissance rapide ou encore des lagomorphes, des bovins, des ovins et des équins transgéniques.

3° – Précautions et dispositions réglementaires.

Dans une dernière partie, nous évoquerons les nécessaires précautions et les aspects réglementaires fondamentaux. La modification du génome d’un organisme vivant peut à juste titre provoquer de la méfiance et dans certains cas de la peur. Les scientifiques, dans les années 70, dès qu’ils ont obtenu les premières bactéries transgéniques, ont vérifié qu’elles étaient viables et ont considéré que cela représentait un potentiel extraordinaire qu’il fallait encadrer. Le moratoire d’un an décidé en 1975 à Asilomar aux USA a conduit à la mise sur pied de règles de sécurité et de confinement. Les organismes génétiquement modifiés sont depuis soumis à divers contrôles, préalables à toute exploitation. En outre, le développement d’organismes transgéniques est soumis à autorisation préalable. Il s’agit de respecter les lois et règlements français et européens : les directives européennes doivent être prises en compte dans l’élaboration de la réglementation de chaque pays de la Communauté. De façon très schématique, la figure 5 résume les diverses étapes requises pour obtenir l’autorisation de mise en culture d’OGM au niveau national et au niveau européen. En France, la mise sur le marché d’un OGM n’est accordée que lorsqu’une série de vérifications ont été effectuées et validées par l’AFFSA (voyez l’encadré 3).

Il est évident que certains OGM pourraient être dramatiquement dangereux : à titre d’exemple, si l’on produisait des fruits transgéniques synthétisant des toxines de champignons vénéneux ou de venin de serpent ou de bactéries pathogènes, ce serait une catastrophe. Moins dramatique, mais parfaitement préoccupant, des organismes génétiquement modifiés au pouvoir invasif exacerbé pourraient représenter une catastrophe écologique avec destruction des équilibres biologiques et disparition de certaines formes de vie. Fort heureusement, l’obtention et la dissémination des OGM sont bien encadrées et en France la nouvelle loi du 22 mai 2008 précise les conditions d’utilisation des OGM dans le respect de tous. Les principaux éléments de cette loi sont présentés de façon schématique dans l’encadré 4.

Conclusions

Les OGM représentent un formidable espoir dans de nombreux domaines incluant la production agricole, l’alimentation humaine, la production de denrées alimentaires dans des pays où la malnutrition sévit, la protection de l’environnement, la biodiversité, la santé publique et de nouveaux médicaments bon marché, la thérapie de pathologies graves, etc. Il est évident que chaque nouvel OGM doit prouver qu’il correspond à une avancée significative sans danger pour l’environnement et pour les organismes vivants non ciblés. Pour cela, il est donc indispensable que l’autorisation soit accordée au cas par cas sur la base d’une documentation solidement argumentée sur des bases expérimentales. Afin d’éviter des rejets populaires, il convient que l’information soit la plus large possible et proposée en termes compréhensibles par le plus grand nombre. Les contrôles gagneront à être exercés par des équipes de recherche indépendantes qu’elles soient publiques ou privées. Dans tous les cas, il est indispensable que l’expertise scientifique soit collégiale afin qu’une large panoplie d’aspects soit pris en compte. Enfin le "Haut conseil des biotechnologies" devra prendre en compte les aspects sociétal, scientifique, médical, agronomique, économique, nutritionnel, environnemental, écologique, éco toxicologique, etc.

Post scriptum : Vous trouverez sur la toile (internet) de nombreux sites qui vous apporteront des compléments sur les OGM. Le site de l’AFIS (http://www.pseudo-sciences.org, AFIS : Association Française pour l’Information Scientifique 14, rue de l’École Polytechnique, 75005 Paris) est particulièrement intéressant, du point de vue scientifique, car c’est une société strictement indépendante de tous groupes de pression, société qui regroupe des scientifiques de toutes disciplines.

Remerciements : Je tiens à remercier mes confrères et consoeurs de l’Académie d’Orléans et mes collègues de l’Université et du CNRS qui m’ont aidé à construire cet exposé et ont participé activement au débat.

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Figure 5 - Schéma des démarches correspondantes à une demande d’autorisation

DÉBAT

Question : Les plantes OGM sont-elles stériles ? Pourquoi certaines firmes obligent-elles les paysans à acheter chaque année des semences ?

Michel Monsigny : Les plantes OGM commercialisées actuellement ne sont pas stériles. Il est possible effectivement de préparer des OGM stériles, soit en utilisant un OGM contenant un gène de stérilité comme le gène "terminator" qui avait été utilisé au tout début pour éviter toute dissémination. Il est également possible de produire des mâles stériles, etc. Mais le problème en fait est ailleurs. Au XXe siècle, les céréales hybrides — tout comme les fleurs hybrides ou les légumes hybrides — ont été largement développés. Les hybrides sont obtenus par croisement entre 2 variétés suivi par une sélection sur la base de caractères spécifiques (haut rendement, résistance à la verse, résistance aux agressions fongiques, etc.), ils sont donc intéressants ; cependant, la semence issue des hybrides conduit à des résultats moins bons, voire médiocres. C’est pourquoi depuis de nombreuses décennies, les agriculteurs préfèrent acheter des semences aux firmes spécialisées dans la sélection. En ce qui concerne les OGM, les semences sont aussi issues d’une sélection rigoureuse et sont donc utilisées dans des conditions analogues à celles des hybrides.

Question : N’existe-t-il pas un aspect économique dans l’utilisation de semences OGM ? Le problème des brevets ?

Michel Monsigny : Ce qui est breveté, ce n’est pas la plante, mais l’innovation correspondant au caractère nouveau que la plante acquière par le procédé (ici la transgénèse). Le problème des brevets est très général : il n’est pas propre aux OGM. Un brevet est une garantie de la propriété intellectuelle de l’inventeur. Il semble raisonnable qu’une société puisse avoir un retour sur investissement. C’est une condition sine qua non pour assurer les améliorations et ce, dans tous les domaines. Il est à noter que le brevet correspond à une protection limitée dans le temps (20 ans par exemple). En ce qui concerne les pays européens, les variétés végétales ne sont pas brevetées, elles sont certifiées : c’est le certificat qui protège l’obtenteur. Le "certificat d’obtention végétale" est attribué pour une nouvelle variété qui présente des caractéristiques nouvelles et stables. Il existe aussi des accords entre les semenciers qui produisent des semences OGM et des pays en voie de développement pour exonérer les petits producteurs des redevances. En ce qui concerne le round up, le brevet est tombé dans le domaine public, ce qui explique que de nombreuses firmes vendent du glyphosate sous des appellations diverses.

Question : Quel est l’intérêt des poissons fluorescents, si ce n’est qu’économique ?

Michel Monsigny : En effet ces poissons sont été créés pour le plaisir des yeux. Ils ont pu être commercialisés aisément parce qu’ils vivent en aquarium et donc ne risquent pas d’induire une dissémination chez des espèces sauvages.

Question : La batterie des contrôles imposés pour l’autorisation d’OGM est impressionnante. Qu’en est-il du contrôle de la dissémination imposé à l’agriculture ?

Michel Monsigny : En ce qui concerne la dissémination du pollen : (on ne parlera pas de contamination qui est un terme médical qui se réfère à un pathogène, les OGM ne sont pas des pathogènes !), c’est un problème qui est bien maitrisé depuis longtemps par les semenciers, obtenteurs de variétés nouvelles. Il y a des distances à respecter entre parcelles OGM et non OGM pour faire en sorte que la présence d’OGM dans une parcelle non OGM soit inférieure à 0,9 %, plafond réglementaire de l’Union Européenne. La transposition des directives européennes vient d’être mise en place, en France, par la nouvelle loi qui vient d’être définitivement adoptée (22 mai 2008) ; par contre, les décrets ne sont pas encore publiés. Une commission, le "Comité de surveillance biologique", ou comité de biovigilance, est chargée d’élaborer les règlements et de vérifier leur application. Il est probable que des litiges éclateront et qu’il y aura des procès qui feront jurisprudence.

La réponse que vous faites n’est pas technique, mais administrative : on crée une commission ad hoc !

Michel Monsigny : L’interdiction du maïs MON810 en 2008 alors qu’il était cultivé depuis plusieurs années ressort d’une décision politique sans lien avec les données scientifiques. En effet, les conclusions de "l’avis sur la dissémination du MON8 10 sur le territoire français" du "Comité de préfiguration d’une haute autorité sur les organismes génétiquement modifiés" est en opposition avec la grande majorité des scientifiques de cette commission. Cet avis a, en outre, été analysé en détail par Jean-Baptiste Bergé, Directeur de Recherches Inra honoraire et Agnès Ricroch, Maître de Conférences AgroParisTech. Leur document fait état de très nombreux articles et montre que l’interdiction de la culture du MON810 ne repose sur aucune base scientifique. Cette analyse est accessible intégralement (29 pages) sur le site.

Question : Un intérêt majeur des OGM est leur apport pour l’alimentation, humaine en particulier. Mais comment être sûr de l’innocuité des OGM sur le long terme ?

Michel Monsigny : En effet, divers nouveaux OGM sont développés pour apporter un plus dans l’alimentation, voyez par exemple le riz doré. D’autres OGM ont pour but de permettre des cultures dans des conditions environnementales difficiles (sécheresse, présence de sels dans le sol, etc.), ceci afin de permettre des cultures vivrières dans des pays défavorisés. Je ne parlerai pas des OGM fantaisistes évoqués précédemment. Parlons des OGM tels que le maïs Bt ou les plantes round-up ready qui sont les principaux OGM cultivés aujourd’hui. Dans les deux cas, il s’agit de plantes qui possèdent un gène en plus des quelque 10 000 gènes de leur propre génome. Ces protéines ne sont ni des allergènes ni des toxines ; elles sont digérées, dans le tractus digestif des mammifères et de la plupart des autres animaux, en acides aminés, les 20 acides aminés qui rentrent dans la composition de toutes les protéines animales ou végétales. La protéine Bt n’est pas un insecticide du type composé chimique de faible masse moléculaire mais une protéine qui n’agit que dans le cas très particulier de l’intestin de quelques insectes. En ce qui concerne les plantes du type round-up ready, elles résistent au traitement au glyphosate mais le glyphosate n’est pas plus toxique que le sel de cuisine. Il est important de se souvenir que si la concentration des pesticides chimiques classiques dans des aliments dépasse un certain seuil, il peut y avoir, dans certains cas, un danger mais ce n’est pas le cas pour les OGM Bt ou round-up ready.

Question : S’il n’y pas de danger pourquoi la loi prévoit-elle d’obliger les cultivateurs d’OGM de s’assurer ?

Michel Monsigny : L’assurance est une protection de l’agriculteur par rapport à la dissémination de pollen OGM sur des récoltes non OGM. La loi prévoit de permettre la libre culture des OGM et la libre culture des non-OGM dans le respect mutuel. En cas de dissémination, l’agriculteur cultivant des OGM pourra être condamné à réparer le préjudice subi.

Question : Mais y aura-t-il des compagnies d’assurances qui acceptent d’assurer les cultivateurs d’OGM : jusqu’à présent, il n’y en a aucune !

Michel Monsigny : Les compagnies d’assurance ont recours à l’expertise d’actuaires qui calculent le risque et déterminent le montant de la prime en conséquence. Le problème s’est aussi posé, il y a quelques années, pour les médecins et des solutions ont été trouvées.

Question : Quel est l’apport des OGM pour notre santé ? Michel Monsigny : Les OGM du type Bt garantissent des produits dépourvus des toxines qui sont présentes lorsque la plante a été l’objet d’attaques par des larves qui perforent la tige et/ou le grain. Les plantes résistant au glyphosate ne présentent pas de toxicité puisque le glyphosate n’est pas toxique même à haute concentration, et donc encore moins toxique à l’état de traces.

Question : quels risques toxicologiques présentent les OGM ?

Michel Monsigny : Les OGM doivent être considérés au cas par cas, d’où la nécessité des systèmes d’autorisation préalable, systèmes qui sont particulièrement rigoureux au niveau européen et, encore plus, au niveau français ; les autorisations préalables existent aussi dans les autres pays, y compris aux USA. S’il venait à quelqu’un l’idée folle de mettre le gène de la ricine dans des radis ou de la salade, denrées qui se mangent crues, ce serait dramatique : la ricine est une protéine qui se dénature pendant la cuisson, mais dans des légumes non cuits, elle serait parfaitement active : attention danger ! Un autre exemple est celui de l’introduction du gène d’une lectine de bulbe dans une pomme de terre dont les média se sont fait largement l’écho. Fort heureusement, les OGM provoquant des réactions allergiques ou présentant une toxicité ne sont pas et ne seront pas autorisés.

Question : Pourquoi ne parle-on pas de toxicité du round up constitué du glyphosate et de ses adjuvants et seulement du glyphosate ? Je fais allusion aux données que j’ai lues dans les journaux ou qui ont été diffusées à la télévision.

Michel Monsigny : Il s’agit effectivement des interprétations issues de travaux17 d’un laboratoire français, financé par Carrefour et par diverses associations anti-OGM. Les auteurs montrent que le glyphosate est toxique sur des cellules humaines en culture lorsque la concentration atteint 7 g par litre. Le glyphosate n’est pas toxique à 3,5 g par litre. Habituellement la toxicité s’étend sur un domaine de concentration de l’ordre de 1 à 100 ou de 1 à 1 000. Ici ce qui se passe c’est, d’une part, que le glyphosate utilisé est une solution acide (pH 5,6) alors que les cellules requièrent une solution neutre (pH 7,4) et d’autre part que la concentration en glyphosate correspond à une concentration saline considérable (force ionique très élevée) compte tenu que le glyphosate possède 3 fonctions acides. Il s’agit ici essentiellement d’un phénomène physico-chimique mal contrôlé. En ce qui concerne les additifs, il y a effectivement des substances ajoutées pour aider l’absorption du glyphosate par les feuilles. Mais là aussi, en culture de cellules humaines, l’effet est très faible : le mélange est 2 fois plus "toxique" que le glyphosate seul. Il est important de garder à l’esprit que n’importe quel composé chimique présente une toxicité qui dépend de la dose. C’est vrai pour le sucre, pour le sel de cuisine, pour l’aspirine, etc. Mais en dessous d’un certain seuil, parler de toxicité est un abus de langage.

Les conclusions d’un autre article du même laboratoire portant sur des rats alimentés avec du MON863 ne semblent pas scientifiquement convaincantes contrairement à ce que le titre laisse entendre : "Une nouvelle analyse d’une étude sur l’alimentation de rats avec du maïs transgénique révèle des signes de toxicité hépatique et rénale". La commission de biologie moléculaire a analysé cet article et son avis est accessible intégralement sur le site. Les conclusions de la commission sont : "Cette publication n’apporte aucun élément de nature à remettre en cause la conclusion de l’avis du 23 novembre 2004… (à savoir) les informations disponibles ne mettent pas en évidence plus de risque pour la santé animale lié à la consommation du MON863 par rapport à la consommation de maïs conventionnel".

Question : Marius Ptak – Pour rester dans le domaine très spécifique des OGM végétaux à finalité alimentaire, je voudrais poser deux questions :
1° vous avez évoqué le problème de la pérennité des ces OGM. Il y a eu en Grande-Bretagne une expérimentation de longue durée sur des pommes de terre transgéniques qui a montré qu’il y avait au cours du temps une dégénérescence progressive de ces variétés. Dégénérescence qui devenait très importante au bout d’une dizaine d’années. Évolution assez classique pour des espèces végétales modifiées. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?
Commentaire de Jean-François Lacaze : Toutes les variétés améliorées ont une durée de vie courte. Les plantes sont sélectionnées sur la base de plusieurs paramètres dont celui de l’expression d’un gène d’intérêt, apporté par transgénèse (plante OGM). Mais, comme toutes les variétés, la variété OGM subit des dérives : qu’elles soient d’origine génétique, environnementale ou autre. Il ne faut pas oublier que la reproduction sexuée comporte une étape de brassage des gènes, les descendants ne sont pas identiques aux parents. Le phénomène n’est pas propre aux OGM.

Michel Monsigny : Une plante transgénique correspond à une variété qui comporte en général un gène en plus, il ne s’agit pas d’une nouvelle espèce mais d’une nouvelle variété. La nécessité de produire des nouvelles variétés est illustrée par le nombre et la fréquence des nouvelles variétés apparues sur le marché au cours du XXe siècle. Par exemple, les variétés de blé cultivées par les agriculteurs de génération en génération sont toutes différentes. Le mouvement s’est accéléré à la fin du XXe siècle car les techniques d’obtention ont intégrées les données scientifiques et techniques nouvelles.

2° le développement exponentiel des cultures d’OGM ne risque-t-il pas d’amener une extension des monocultures et une diminution de la biodiversité ?
Commentaire de Jean-François Lacaze : Le nombre de variétés d’OGM se chiffre par centaines. Il s’agit de nouvelles variétés qui prennent leur place à côté des autres variétés. Il n’y a pas réduction de la biodiversité : ce n’est pas mieux, ce n’est pas pire.

Michel Monsigny : L’utilisation de plantes résistant aux insectes tels que la pyrale du maïs est au contraire en faveur de la biodiversité. En effet, les insecticides qui sont pulvérisés 2, 3 ou 4 fois dans l’année sont des insecticides à large spectre contrairement à la protéine Cry du Bacillus thuringiensis (plante Bt) qui est spécifique de la larve d’un insecte. Les insecticides classiques tuent une grande variété d’insectes. Si vous allez dans un champ de maïs Bt, qui ne reçoit pas d’insecticides, vous trouverez des coccinelles sur chaque pied ; mais dans un champ traité par des insecticides classiques vous n’en trouverez qu’exceptionnellement.

1 http://www. ogm.gouv.fr/questions/q....

2 Canola-a new oilseed from Canada. J. Amer. Oil Chem. Soc. (1981) 58 : 723A-725A.

3 Watson, J. D. and Crick, F. H. (1953) Molecular structure of nucleic acids ; a structure for deoxyribose nucleic acid. Nature 171 : 737-738.

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9 Gianessi, L. et al. (2002) Plant Biotechnology : Current and Potential Impact for Improving Pest Management in U.S. Agriculture. An analysis of 40 case studies. NCFAP. National Center for Food and Agricultural Policy. Washington, D.C. 1-75

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11 Enserink, M. (2008) Tough lessons from golden rice. Science 320 : 468-471.

12 Pennisi, E. (2008) Plant genetics. The blue revolution, drop by drop, gene by gene. Science 320 : 171-173.

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Mis en ligne le 9 janvier 2009
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