« Affaire Maffesoli », l’histoire se répète...

Depuis 1991, un certain nombre d’enseignants-chercheurs sont distingués chaque année par une nomination à l’Institut universitaire de France (IUF) en raison de la qualité de leur activité scientifique. Les nominations sont prononcées par le ministre chargé de l’enseignement supérieur, sur proposition de deux jurys distincts. Les enseignants-chercheurs nommés membres de l’Institut universitaire de France, et placés à ce titre en position de délégation, demeurent dans leur université d’appartenance ; ils bénéficient d’un allègement de leur service d’enseignement et de crédits de recherche spécifiques.1

Un arrêté du 28 août 20082 portait nomination de cent douze enseignants-chercheurs ès qualité de membres de l’IUF de la promotion 2008 pour une durée de cinq ans.

Par une déclaration publique du 24 septembre 20083, des membres des jurys de candidatures « s’indignent » : ayant remis la liste de quatre-vingt dix membres qui leur avait été demandée, ils constataient la nomination de vingt-deux membres supplémentaires sans qu’ils aient été consultés pour l’établissement de cette liste complémentaire.

Interrogée par le quotidien Libération, la ministre de l’enseignement et de la recherche explicitait la décision d’augmenter dès 2008 la taille des promotions ; ainsi, au-delà des quatre-vingt dix premiers noms et afin « d’éviter toute accusation relative au choix », l’ensemble des noms figurant sur les listes préliminaires des sous-jurys spécialisés (sciences de la nature et sciences humaines) avaient été retenus.4

Se confiant au quotidien Libération, certains membres du jury mettaient alors en lumière qu’un des candidats qui ne figurait pas au « premier choix », et ainsi réintégré, se trouve être le professeur Michel Maffesoli, plus connu dans le grand public du public comme étant le directeur de la « non-thèse de sociologie » de Germaine Hanselmann, alias Élizabeth Teissier5, que comme sociologue de la « postmodernité ».

L’histoire se répète donc puisqu’un décret du 5 octobre 20056 portant nomination de Michel Maffesoli au conseil d’administration du CNRS « en raison de [sa] compétence scientifique et technologique » soulevait l’ire de la communauté scientifique. Comme le soulignait le Professeur Bernard Lahire (sociologue, Ecole Normale Supérieure) dans des propos rapportés par Hervé Morin dans le quotidien Le Monde7 : « Que les choses soient claires : Elizabeth Teissier ne peut être tenue pour responsable de ce qui s’est passé à la Sorbonne et elle n’aurait pas même eu l’idée de frapper à la porte de notre discipline pour trouver un lieu de légitimation de ses propres intérêts d’astrologue si celle-ci n’était pas le refuge d’enseignants-chercheurs dépourvus de rigueur et parfois très explicitement anti-rationalistes ».

En ce qui nous concerne, à l’Afis, nous ne pouvons malheureusement que répéter pour l’Institut Universitaire de France ce que nous disions déjà en 20058 pour le Conseil d’Administration du CNRS : la nomination par le gouvernement « de celui par qui, sous couvert de “postmodernité”, l’astrologie a repris pied à la Sorbonne, alors que Colbert l’en avait sortie en 1666…, ne peut qu’affaiblir cette institution essentielle pour la renommée et la qualité de la recherche dans notre pays. »

Voir notre dossier sur la thèse d’Élisabeth Teissier.

Mis en ligne le 14 octobre 2008
2808 visites

Explorer par thème


Valid HTML 4.01 Transitional CSS Valide !