Agriculture durable et nouvelle révolution verte (2e note)

Gérard Kafadaroff. Édition le Publieur, 2008, 296 pages, 20 €.

Note de lecture de Martin Brunschwig

Disons-le d’emblée, ce livre va à contre-courant de l’habituel discours anxiogène sur les OGM. Mais à ceux que cette première phrase ferait bondir (et aux autres), je ne saurais trop recommander la lecture attentive de cet ouvrage, car c’est en réalité à un survol complet de tous les problèmes agricoles d’aujourd’hui et de demain que nous convie Gérard Kafadaroff. Le livre, extrêmement clair et complet, lisible par tout un chacun désireux d’étendre ses connaissances sur un sujet pas si familier aux habitants des villes que nous sommes pour la plupart, est construit en trois parties.

La première, la meilleure, est un état des lieux de la somme considérable des enjeux cruciaux posés par l’agriculture : la suffisance alimentaire des 6 milliards d’hommes d’aujourd’hui, mais surtout des 10 milliards demain, les pollutions des eaux ou des sols (érosion, acidité grandissante, ou tout simplement perte de surface des terres arables due à l’urbanisation ou la désertification), les bio-carburants, les dégâts considérables dus au parasitisme (saviez-vous que l’on estime à plus d’un tiers la proportion de récoltes détruites ? !), tout cela devant être désormais mesuré à l’aune d’un développement qui ne peut plus être que durable, depuis que l’humanité a pris conscience de son impact sur la planète. Cela nécessitera sans aucun doute, et Kafadaroff nous y invite, une « nouvelle révolution verte ». Les problèmes sont posés clairement, sans catastrophisme, mais avec lucidité, et si l’on n’en parle pas tous les jours au « vingt heures », ils n’en sont pas moins aussi urgents et primordiaux que d’autres sujets plus « à la mode » (réchauffement climatique, par exemple).

On y apprend beaucoup de choses, parfois étonnantes, comme le rôle fondamental du sol et de sa qualité, qui mériterait semble-t-il un effort bien plus soutenu. Plus surprenant encore : si Sully avait raison sur le « labourage et pâturage, les deux mamelles de la France », alors notre pays souffre d’un cancer du sein ! Kafadaroff nous démontre que le labour est une pratique quasi nuisible, en tout cas superflue, et que les expériences menées pour trouver d’autres solutions moins « violentes » et moins coûteuses en énergie sont extrêmement encourageantes ! Une petite révolution dans les esprits reste à faire...

La deuxième partie est la meilleure, car elle expose sans faux-semblants mais sans arrogance une chose dont on parle bien peu : les avantages des OGM. Fantasmés ou non, les risques sont mis sans cesse en avant, de sorte qu’on ne parle que de cela. Mais l’auteur fait ici œuvre pédagogique et salutaire quand il explique qu’au vu des avantages environnementaux, il serait logique de promouvoir les OGM, et même avec d’autant plus de vigueur si le souci écologique nous est précieux (« Pourquoi tous ces bénéfices environnementaux restent rejetés par la plupart des ONG écologistes qui, avec un entêtement aveugle, livrent aujourd’hui encore un combat d’arrière-garde contre une technologie qu’ils devraient en toute logique promouvoir ? » ; les exemples ne manquent pas : réduction des pesticides d’environ 15 %, réduction de la consommation de carburant (équivalent pour 2005 à 13 % de la consommation annuelle de tout le parc automobile français). De nombreux avantages sont moins « environnementaux », mais sont si souvent mis en avant à tort qu’il est intéressant de remettre les pendules à l’heure : saviez-vous que le soja transgénique « aurait largement contribué au remboursement anticipé de la lourde dette brésilienne » ? Que les profits réalisés ont rapporté 77 % aux agriculteurs, 14 % à l’État, et 9 % seulement aux « vilains semenciers » ? Que le développement du soja tolérant au glyphosphate aurait permis la création d’un million d’emplois ? Bref, Kafadaroff nous invite à juger des faits et non des rumeurs médiatiques.

Cependant, dans une troisième partie (la meilleure !), il répond aux inquiétudes légitimes que se pose tout un chacun face à ces nouvelles technologies. Il était important de rétablir l’équilibre entre avantages et inconvénients dans la partie précédente, mais il n’est pas inutile de s’arrêter un peu sur les craintes mises en avant. Gérard Kafadaroff n’élude aucune question, répondant en détail, et parfois avec des exemples précis, à chaque point litigieux. Il permet ainsi au lecteur de se forger sa propre opinion, pesant le pour et le contre comme nous devrions le faire bien plus généralement : penser que tout risque ou toute inquiétude doit aussi être mise en balance avec les avantages escomptés, ou avec le risque « de ne pas faire ».

Il montre ainsi que les grands médias font bien mal leur travail d’éducation de la population, et qu’il faut des livres comme celui-ci pour nous aider à faire sereinement le tour de cette question de l’agriculture, dont nous ne mesurons sans doute pas pleinement l’importance.

Comment ? Trois parties, toutes les trois « les meilleures » ? Ah, désolé, c’est que je n’en ai pas trouvé de moins bonne...

Un petit regret tout de même : Gérard Kafadaroff prend le temps, dans des notes bien documentées, d’expliquer en détail le fonctionnement des organismes dont il parle, avec notamment le budget de fonctionnement, le nombre d’employés, toutes informations très intéressantes qui donnent une bonne idée de l’importance de l’organisme en question ; que ne l’a-t-il fait pour toutes les notes ? Certains organismes ont échappé à son souci explicatif...

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