Coïncidences – Nos représentations du hasard

Gérald Bronner, illustré par Charb, Honoré, Riss et Tignous. Vuibert, 2008, 146 pages, 16 €

Note de lecture d’Agnès Lenoire - SPS n° 282, juillet 2008

« Le hasard est généralement un hôte indésirable dans la pensée humaine, inadmissible surtout face au malheur, et les théories du complot sont avant tout un anti-hasard. » Extrait, page 64.

Le petit ouvrage de Gérald Bronner est le bienvenu. Le hasard est effectivement partout ; embarrassant, on voudrait le balayer d’un revers de main. Personne ne réfute pourtant son existence mais sa perception est biaisée. L’auteur s’emploie à nous démontrer comment nous vivons les situations de hasard au quotidien. Pour cela il nous pose quelques problèmes qu’il a déjà soumis à des étudiants volontaires. Le résultat de ces tests montre que nous avons des préjugés sur les coïncidences et le hasard qui les soutient. Un peu de mathématiques le démontre aisément. Nous avons deux représentations magistrales – mais fausses – du hasard : équité et hétérogénéité. Pourtant les situations aléatoires ne se répartissent pas de façon hétérogène dans le temps ; la fameuse loi des séries n’existe pas ! Notre esprit a toujours tendance à trouver les coïncidences étranges parce qu’elles bafoueraient cette répartition équitable et hétérogène des événements. Les psychologues appellent cette tendance de notre esprit « l’attente excessive d’étalement » ou « effet râteau ». Cette croyance nous fait détester les coïncidences déplaisantes parce qu’elles s’opposent à notre sens commun. D’où les théories du complot appelées à la rescousse pour les résoudre, aidant à pointer une cause et des responsables, soulageant notre besoin de logique interne.

La croyance en un hasard bien étalé donne lieu aux théories irrationnelles comme l’astrologie, ou le culte des miracles de Lourdes. Dans ces manières de penser, l’individu utilise le biais de confirmation dans les résultats de ses approches. Gérald Bronner développe un peu le cas des miracles de Lourdes. Il se trouve que des cas de guérisons spontanées se constatent aussi à l’hôpital. Mal étudiés, objets d’indifférence, ils ne suscitent aucune admiration particulière du public. Lourdes révèle seulement que l’organisme humain a des ressources que la médecine n’a pas encore décryptées. L’astrologie utilise aussi le biais de confirmation pour choisir, après coup, dans la montagne de prévisions qu’elle a établies (et qui ne font pas mieux que le hasard !), celles qui vont soutenir sa prédiction. Enfin, cette mauvaise perception du hasard fait son nid des échantillonnages réduits qui sont choisis pour parvenir à les rendre crédibles. La coïncidence est en effet mystérieuse dans notre expérience quotidienne et personnelle ; si on l’étend à un grand nombre, la perception change radicalement et l’étrange se dilue dans le neutre (le non-significatif des statisticiens), ou opère une démonstration inverse. Le choix d’un échantillonnage restreint est un atout majeur dans toutes les disciplines de manipulation mentale.

« Il ne s’agit pas de désenchanter le monde à tout prix, mais de se rappeler que le rêve n’a d’intérêt que s’il n’est pas une duperie faite à soi-même. » Page 7.

Agnès Lenoire

Mis en ligne le 14 août 2008
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