De la création à l’évolution

par Philippe Le Vigouroux - SPS n° 281, avril 2008

Dans son ouvrage Evolution vs. creationism : An introduction (University of California Press, 2004 – l’illustration ci-dessous provient de ce livre, page 57), Eugenie C. Scott, directrice du National Center for Science Education, propose une répartition continue des positions entre créationnisme et évolution, selon le degré de lecture littérale de la Bible.

Au degré le plus fondamentaliste de lecture du livre de la Genèse, on trouve les partisans d’une Terre plate puis ceux du géocentrisme (en France, une association défend cette position géocentriste : le CESHE). Puis, pouvant accepter l’héliocentrisme, on rencontre les créationnistes de la Terre jeune : une création de l’Univers, de la Terre puis, lors d’un acte unique de création divine, des êtres vivants, en 6 jours, selon le récit de la Genèse. Pour eux, la Terre n’a que 6 000 à 10 000 ans et les êtres vivants ont été créés tels qu’ils existent aujourd’hui. Les hommes, les dinosaures et tous les êtres vivants ont toujours vécu en même temps, jusqu’à ce que certains disparaissent. C’est la position d’un organisme américain, l’Institute for Creation Research (ICR), qui rejette les données actuelles de l’astrophysique, de la géologie et bien sûr de la biologie. En France, le CEP, issu du CESHE, défend aussi cette position.

Viennent ensuite, avec un degré moins littéral de lecture de la Genèse et acceptant l’essentiel des résultats de la physique et de la géologie, les créationnistes de la Terre âgée. Depuis le XIXe siècle, ce créationnisme s’est décliné en plusieurs versions. L’une d’entre-elles suppose, entre les versets 1 et 2 de la Genèse, l’existence d’une période pré-adamique disparue, dont il ne reste plus de trace, un « gap », avant une re-création en six jours comme l’indique la Genèse. Une seconde version interprète les journées de la création comme des périodes longues, et non d’une durée de 24 heures. Cette version est cohérente globalement avec les données géologiques et l’origine des fossiles, même si dans le détail, les données paléontologiques ne correspondent pas, dans leur chronologie, au récit biblique. Les Témoins de Jéhovah se rattachent à cette version du créationnisme de la Terre âgée. Le fondamentaliste musulman Harun Yahya s’inscrit aussi dans cette interprétation : il reconnait l’existence des fossiles, mais ceux-ci ne présenteraient, selon lui, aucune différence avec les espèces actuelles. Une autre interprétation, progressive, de la Genèse veut que les êtres vivants fussent créés à plusieurs reprises, successivement au cours du temps. Les adeptes de cette version n’accordent, bien entendu, aucune crédibilité aux données biologiques concernant l’évolution et la formation des espèces. Enfin, il existe aussi une version évolutionniste du créationnisme avec une intervention divine de tous les instants dans l’évolution de la vie : c’est un point de vue que l’on rencontre dans les milieux évangélistes les plus conservateurs.

Dans ce continuum entre la croyance en la création et l’acceptation de l’évolution du vivant, les partisans de l’Intelligent Design peuvent adhérer à l’une ou l’autre de ces différentes versions du créationnisme.

Selon les évolutionnistes théistes, qui acceptent toutes les données de la science, tant dans les domaines de la physique, de la chimie et de la géologie que dans le domaine des sciences du vivant, Dieu intervient sur l’évolution du vivant à travers les lois de la nature qu’il a créées. C’est une position défendue par la plupart des protestants et par l’Église Catholique.

D’autres évolutionnistes, agnostiques, n’accordent aucune importance à la question de savoir si un dieu intervient et comment il interviendrait. Pour eux, les lois de la nature sont telles qu’elles permettent au monde d’être ce qu’il est aujourd’hui. Enfin, la dernière catégorie d’évolutionnistes regroupe ceux qui sont non-croyants : ils sont rattachés au matérialisme philosophique, tel le biologiste Richard Dawkins. Les présupposés matérialistes sont une des accusations adressées par les antiévolutionnistes aux scientifiques évolutionnistes : or, si tous les évolutionnistes ont une démarche scientifique matérialiste (matérialisme méthodologique) tous, cependant, n’ont pas une approche philosophique matérialiste (on parle alors de matérialisme ontologique).

Cette présentation des différentes façons de comprendre la vie sur Terre, omet une autre vision : un créationnisme technologique, défendu en particulier par les raëliens et fondé, lui, sur une interprétation évhémériste du livre de la Genèse. Dans cette perspective, la vie terrestre est le résultat d’une création scientifique, en laboratoire, par des êtres extra-terrestres. La plupart des données de la science sont admises, excepté celles relatives à l’évolution des espèces, celles-ci étant le résultat de clonages et de transgénèses réalisés par les scientifiques extra-terrestres. Les récits bibliques sont interprétés dans une perspective technologique : régulièrement, les savants extra-terrestres créateurs de la vie sur Terre sont intervenus et ont favorisé l’apparition et le développement de la culture au sein de l’espèce humaine.

Mis en ligne le 7 juillet 2008
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