Les O.V.N.I., un phénomène socio-psychologique ?

par Jean-Michel Abrassart, SPS n° 254, octobre 2002

Dix raisons de le penser

Cet article présente dix raisons de penser que le phénomène O.V.N.I. (le fait que certaines personnes témoignent voir des « objets » qui volent et qu’elles ne savent pas identifier) est de nature socio-psychologique. En effet, la science classique et plus particulièrement le mouvement sceptique n’accepte pas l’hypothèse défendue par la communauté ufologique1, selon laquelle les O.V.N.I.. seraient en fait des vaisseaux spatiaux extra-terrestres. Nous allons voir dans cet article pourquoi la science classique refuse cette approche. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas tant l’idée d’une visite extraterrestre de notre planète qui est rejetée, mais les « preuves » apportées en sa faveur.

1. La violation de notre expérience quotidienne

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La Guerre des, Mondes film tiré du célèbre roman de H.G. Wells, montre une invasion d’extra-terrestres.

Sortez de chez vous et faites une balade, observez attentivement votre environnement. Comptez : combien d’extraterrestres (E.T.) croisez-vous dans la rue ? Combien de vaisseaux spatiaux voyez-vous dans le ciel ? La réponse est simple et universelle : zéro. Où se cachent-ils ? Vous devriez en voir facilement, au vu du nombre d’objets se baladant dans notre atmosphère selon les ufologues. Nous n’expérimentons pas dans notre vie de tous les jours la présence des E.T. sur notre planète, comme nous le ferions après un premier contact. Si vraiment des E.T. visitent notre planète, pourquoi ne sont-ils pas plus visibles ? Pourquoi ne se posent-ils pas par exemple dans le jardin de la Maison Blanche ou de l’Elysée, voire même régulièrement chez l’un d’entre nous ? Pourquoi l’armée n’a-t-elle pas encore réussi à en abattre un ?

2. L’absence d’événements majeurs donnant raison aux ufologistes

L’ufologie existe depuis plus de cinquante ans. Durant toutes ces années, l’événement majeur qui prouverait que les ufologues orthodoxes ont raison ne s’est pas produit. En fait, chaque année qui passe augmente la probabilité que le phénomène O.V.N.I. soit de nature socio-psychologique. On pourrait, selon nous, en se laissant aller, imaginer trois types d’événements majeurs susceptibles d’apporter la confirmation des thèses ufologistes. Le premier serait qu’un vaisseau spatial, de préférence piloté par des E.T., se pose devant le palais de Buckingham ou le Kremlin par exemple. Les E.T. nous confirmeraient qu’ils survolent la terre depuis très longtemps, qu’un de leurs vaisseaux s’est écrasé à Roswell, qu’ils enlèvent des humains dans le cadre d’un programme d’hybridation, qu’ils ont influencé le développement des civilisations humaines depuis la plus haute Antiquité, ou que sais-je encore... Le second serait que les militaires abattent un vaisseau spatial extraterrestre ou que l’un d’entre eux s’écrase devant témoins, et que celui-ci puisse être étudié par tous les scientifiques de la planète (et pas comme l’élusive soucoupe de Roswell et ses mystérieux occupants). Le troisième serait que le président des Etats-Unis fasse une déclaration publique, avec preuves à l’appui, affirmant que son gouvernement cache la réalité du phénomène O.V.N.I. au grand public depuis des décennies. Si un de ces trois événements se produisait, les ufologues se verraient donner raison, mais nous attendons toujours...

3. L’absence de résultats du programme « Searching for Extra-Terrestrial Intelligence » (SETI)

Si un jour le programme SETI. captait une émission radio E. T., cela ne serait pas véritablement un événement majeur confirmant des croyances soucoupiques, comme nous l’envisagions au paragraphe précédent. Néanmoins, cela apporterait aux ufologues le soutien théorique de la preuve qu’une civilisation E.T. avancée existe dans l’univers. Si l’univers foisonne de civilisations interstellaires comme les ufologues le pensent, il doit logiquement aussi foisonner de signaux de toutes sortes, alors pourquoi les chercheurs du SETI. ne détectent-ils rien ? On peut aisément avancer le fait qu’il faut laisser du temps à SETI avant de conclure quant au foisonnement des civilisations avancées dans notre univers proche. Néanmoins, le temps qui passe sans détection augmente la probabilité que les signaux soient tout simplement rares dans l’espace. Et si les signaux sont rares, c’est sans doute que la probabilité que des civilisations avancées existent est faible et qu’elles puissent nous visiter est encore plus faible.

4. La violation de nos connaissances scientifiques

Il s’agit d’un des arguments les plus souvent invoqués : la physique nous apprend qu’il n’est pas possible de dépasser la vitesse de la lumière. Cette impossibilité rend les distances spatiales gigantesques et difficilement franchissables. Or, les O.V.N.I. semblent pouvoir dépasser la vitesse de la lumière afin de pouvoir venir nous visiter quotidiennement ou presque. De même, les O.V.N.I. peuvent réaliser dans le ciel des manœuvres qui semblent impossibles, que ce soit disparaître en un clin d’œil, accélérer à une vitesse extraordinaire en une fraction de seconde, etc. Lors des « enlèvements », les E.T. font parfois passer un être humain à travers un mur, rendent invisible leur vaisseau au voisinage durant l’enlèvement afin que personne d’autre ne les voie, communiquent par télépathie (alors que l’existence de la télépathie pour les humains n’est pas démontrée aux yeux de la communauté scientifique), etc. Lors des enlèvements, les E. T. forcent parfois les humains à s’accoupler avec eux pour créer des hybrides, ce qui va à l’encontre des lois connues sur l’impossibilité de la reproduction entre espèces différentes. Les lois scientifiques que nous connaissons sont universelles, et s’appliquent jusqu’aux confins du cosmos. Pouvoir les enfreindre relève plutôt des récits mythologiques.

5. L’absence de preuves tangibles

Les ufologues nous parlent toujours des preuves qu’ils possèdent : des témoignages (alors que les recherches en psychologie ont montré le peu de fiabilité du témoignage humain), des photos (mais que vaut une photo quand elle peut être truquée ?), des détections radars (rares, ce qui soulève la question du pourquoi de l’absence de détection de la grande majorité des O.V.N.I.) et des « preuves » physiques (mais le terrain n’étant pas examiné avant la vision d’O.V.N.I., il n’y a pas de comparaison possible et la preuve physique trouvée peut-être là depuis bien longtemps, générée par toute autre chose que le prétendu vaisseau spatial). Les ufologues ne nous parlent pas de ce qu’ils n’ont pas : des preuves tangibles, irréfutables et incontestables ! De véritables preuves seraient par exemple du matériel biologique extraterrestre, de la technologie indubitablement non terrestre ou encore dans le cadre de la Théorie des Anciens Astronautes, la démonstration de connaissances impossibles pour l’époque proposée.

6. L’ensemble des déboulonnages

Depuis le début du phénomène O.V.N.I., les sceptiques ont réalisé un ensemble de contre-enquêtes montrant les faiblesses et les insuffisances des recherches réalisées par les ufologues. De nombreux témoignages ont été démontrés n’être en fait que de mauvaises interprétations de perceptions. Il est facile pour un témoin de confondre des causes naturelles (astres, météores, phénomènes atmosphériques), des engins volants bien connus mais mal identifiés (aéronefs, fusées ou satellites), ou encore des appareils militaires secrets (U-2 après 1955 ou plus récemment les F-17 ou les B-2), avec un vaisseau spatial. Les recherches en psychologie montrent en effet que des mécanismes d’illusions d’optique sont à l’œuvre dans ces interprétations erronées. Le pourcentage important de témoignages prouvés comme étant de nature socio-psychologique soulève le doute quant au caractère réel des cas prétendument solides.

7. L’incohérence des observations

Les témoins d’O.V.N.I. ont décrit des dizaines de vaisseaux et des dizaines d’E.T. différents. Cela suppose que notre planète soit une sorte d’arrêt sur l’équivalent d’une autoroute galactique. A l’inverse, si tous les témoins décrivaient un seul type de vaisseau et plus important encore un seul type d’E.T., nous pourrions plus facilement concevoir qu’une espèce est présente sur notre planète. Ce n’est pas le cas : ce que les ufologues appellent un O.V.N.I. recouvre des descriptions extrêmement différentes, qui vont de la boule de lumière à la soucoupe traditionnelle, en passant par le triangle... Dans le même ordre d’idée, des témoignages d’O.V.N.I. sont liés à d’autres phénomènes paranormaux comme des Big Foot2 ou le Mothman3, ce qui est loin d’accroître la cohérence interne des observations.

8. L’existence des autres phénomènes réputés paranormaux

Le phénomène O.V.N.I. pousse finalement la communauté scientifique à formuler les mêmes réserves que pour l’ensemble des autres phénomènes réputés paranormaux. Si seulement il y avait du matériel biologique ou technologique extraterrestre à étudier... Si seulement nous avions un Big Foot (vivant ou mort) à étudier... La difficulté épistémologique est similaire. Le fait que des personnes prétendent apercevoir des anges, des Mothmen, des fées, des fantômes ou encore le monstre du Loch Ness prouve une fois encore que la perception humaine (et le témoignage qui en découle) ne présente aucun critère de fiabilité. L’être humain a tendance à projeter sa mythologie dans la réalité, au moyen de toutes sortes de mécanismes sociaux et psychologiques.

9. Les E.T. ressemblent à des créatures folkloriques

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Prisonnières des Martiens, film japonais, 1957.

Lorsque l’on examine les témoignages des Rencontres Rapprochées du Troisième Type (RR3) (au lieu de simplement voir un O.V.N.I., le témoin prétend avoir directement rencontré un E.T.), on remarque rapidement le comportement étrange des E.T.. Ils n’agissent pas comme on s’attendrait à ce qu’un être provenant d’une civilisation avancée agisse. Ils ne font pas de révélation scientifique. Au contraire, ils offrent par exemple des biscuits au témoin. On ne peut pas dire que traverser l’espace pour venir offrir des biscuits à un être humain soit particulièrement logique. Ou bien ils demandent sans arrêt au témoin la date du jour. Leurs actions évoquent plus la mythologie féerique que véritablement une espèce extraterrestre technologiquement avancée. A travers les âges, des individus ont témoigné être entrés en contact avec des créatures étrangères à ce monde sans pour autant être extraterrestres : des anges, des démons, des dieux, des fées, des lutins, etc. Tous ces êtres magiques étaient de forme humanoïde, comme toutes les races extraterrestres présentes dans le phénomène O.V.N.I. le sont aussi. Inutile de dire que ce n’est pas vraiment ce que la communauté scientifique s’attend à trouver dans l’espace, en fonction de nos connaissances en exobiologie4 et dans le domaine de l’évolution des espèces sur Terre. Les témoignages de rencontres folkloriques ressemblent fortement aux témoignages modernes recueillis par les ufologues, simplement transposés dans un autre cadre culturel où la science est dominante.

10. L’antériorité de la Science-Fiction

Un des arguments sceptiques les plus souvent cités dans la littérature est l’antériorité de la Science-Fiction. En effet, les historiens ont montré que le phénomène O.V.N.I. a été décrit par les auteurs de S.F. dans les pulps (les revues imprimées sur du mauvais papier du début du XXe siècle aux États-Unis), bien avant la première observation de Kenneth Arnold en 1947. Se pourrait-il que les auteurs de S. F. aient pu voir l’avenir ou n’est-il pas plus simple de penser que leurs histoires ont influencé l’ensemble des témoignages ultérieurs ?

Utilisons le rasoir d’Ockham !

Nous avons fait le tour des raisons qui poussent la communauté scientifique à refuser le phénomène O.V.N.I. comme étant réel. Encore une fois, chacune de ces raisons est suffisante en elle-même pour soulever des doutes quant à son origine extraterrestre. Toutes ces raisons additionnées les unes aux autres justifient l’hypothèse socio-psychologique. A ce propos, les épistémologues parlent du « rasoir d’Ockham5 » : entre deux théories scientifiques, il faut choisir la plus simple. Entre une explication extra-ordinaire, sans preuves dures et violant nos connaissances scientifiques et des explications ordinaires bien documentées par la recherche scientifique (par exemple, des perceptions mal interprétées), il faut choisir la seconde. La communauté scientifique acceptera peut-être un jour le phénomène O.V.N.I. comme étant réel, après un premier contact ou lorsque des preuves véritablement incontestables auront été apportées en sa faveur. La science prend du temps, beaucoup de temps et se doit d’être extrêmement prudente dans toutes ses affirmations. Ce n’est que de cette façon que la vérité est découverte, lentement mais sûrement...

1 U.F.O : Unidentified Flying Object, acronyme anglais désignant les O.V.N.I. De cet acronyme dérive les termes ufologie, ufologique...

2 Il s’agirait d’une créature humanoïde et velue de très grande taille qui aurait été aperçue par divers « témoins » au Canada ou, sous d’autres noms, en Amérique du Nord. (N.D.L.R.)

3 Autre créature humanoïde ailée qui volerait parfois au-dessus des U.S.A. (N.D.L.R.)

4 Exobiologie (ou bioastronomie) : discipline scientifique qui se fixe l’objectif d’étudier les possibilités d’existence de la vie dans l’Univers, en dehors de la Terre.

5 Guillaume d’Ockham, franciscain philosophe de la première moitié du XIVe siècle.

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