Un monde fou, fou, fou : novembre 2007

SPS n° 279

« Je ne suis pas madame Irma, j’ai un bac+14 »

Le Matin de Genève (2 septembre 2007) publie un entretien avec Élizabeth Teissier où la célèbre astrologue confirme ses déclarations sur le rôle que peut jouer l’astrologie en oncologie : « Dans un thème astral, on peut voir si on a des prédispositions pour le cancer, et la nature du cancer en question. » C’est la réaction de médecins spécialistes s’indignant de tels propos qui conduisent à cette mise au point.

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Les professionnels de la prise en charge des malades du cancer s’inquiètent à juste titre. Le risque est bien réel de voir certains patients se détourner des traitements nécessaires et efficaces en prêtant crédit aux innombrables croyances en vogue et aux affirmations des guérisseurs sachant tirer parti de la crainte de cette maladie et de la détresse qu’elle peut engendrer.

Minimisant la portée de ses déclarations, Élizabeth Teissier précise que, si au bout du compte, elle a poussé quelqu’un à passer un examen pour rien, cela aura été un moindre mal, ajoutant que « l’astrologie n’a jamais tué personne, contrairement à la médecine. Des erreurs médicales, on en a déjà vu ».

Difficile de savoir les dégâts causés par l’astrologie, quand cette dernière aura contribué à détourner quelqu’un d’un traitement, ou d’une prise en charge efficace quand il s’agit des problèmes de tous les jours (sentiments, argent) pour lesquels la majorité des clients vont consulter un astrologue ou un voyant. Mais de façon évidente, la comparaison entre médecine et astrologie est de façon incommensurable en faveur de la première. À son actif, des millions de personnes soignées, des médicaments, des vaccins, qu’Élizabeth Teissier utilise sans aucun doute. Au crédit de l’astrologie ? Dans le meilleur des cas, une écoute empathique de la part de certains astrologues, et de façon plus certaine, de l’argent pris au détriment de personnes pas forcément toutes très fortunées, et pour lesquelles une véritable solution se trouve peut-être ainsi repoussée ou oblitérée.

Une autre astrologue s’en prend aux propos de madame Teissier. Sa consœur Mariella Madonna est installée depuis vingt ans à Paris, a travaillé à la télévision avec Guy Lux, Philippe Bouvard et Patrick Sabatier. Elle passe régulièrement sur les radios françaises et déclare au même journal : « Ce qui me déplaît, c’est que cette dame joue sur sa notoriété pour raconter n ’importe quoi. Elle dépasse les limites. C’est son ascendant Sagittaire qui le veut ! ». Alors, si c’est le Sagittaire qui explique tout…

Enfin, madame Teissier s’insurge contre le fait que « tout le monde s ’arroge le droit de juger l’astrologie ». Elle rappelle pour qui l’aurait oublié : « je ne suis pas Madame Irma, j’ai un bac +14 et un doctorat en sociologie de la Sorbonne ». Michel Maffesoli, son directeur de thèse, s’il avait un doute quant aux conséquences de sa complaisance, peut constater la caution qu’apporte le diplôme accordé au mépris des normes scientifiques d’évaluation d’un travail de thèse.

Jean-Paul Krivine
Sources : http://www.lematin.ch
Dictature et astrologie en Birmanie

Depuis longtemps, l’astrologie et le pouvoir sont liés en Birmanie. Le pays fut dirigé d’une main de fer par le général Ne Win entre 1962 et 1988. Ce dernier, féru d’astrologie et de numérologie, avait plongé l’économie dans le chaos pour avoir introduit des billets de banque de 45 et 90 kyats parce qu’ils étaient des multiples du 9, son chiffre fétiche. Le même, organisait le déménagement vers la nouvelle capitale, Nay Py Daw un jour à une heure précise du calendrier lunaire. Il est probable que la décision de changer de capitale ait été inspirée par les astrologues du pouvoir. Aujourd’hui encore, un point rassemble toute la junte, issue de généraux proches de l’ancien dictateur Ne Win : une foi dans l’astrologie et dans diverses superstitions, le recours à des prédictions par la numérologie.

Jus d’ail et de citron comme remède contre le Sida

Nombreux sont les guérisseurs de toutes obédiences à affirmer détenir une potion pour lutter contre le Sida. Plus rares sont les gouvernements faisant la promotion de tels remèdes. L’Iran, par la voix de son ministre de la santé, avait déjà annoncé un médicament « à base de plantes » appelé Imod, et servant à “contrôler le virus du sida et [accroître] l’immunité du corps” »1. Mais un degré de plus vient d’être franchi avec la décision (15 août 2007) du président sud-africain Thabo Mbeki de limoger son vice-ministre de la santé. Cette dernière, partisane de la mise en place de traitements éprouvés à l’échelle internationale, se trouvait en désaccord avec sa ministre de tutelle préconisant « un mélange de jus d’ail et de citron comme remède aux premiers symptômes de la maladie »2. Dans un pays ravagé par l’épidémie, cette décision est désastreuse. La légèreté de discours banalisant les faux traitements et répandant des illusions se mesure aussi à ce genre de conséquences.

J.-P. K.

Médiums, voyants et disparition d’enfants

La disparition d’un enfant est une cause de désespoir pour les parents. Ils mettent souvent en œuvre, à leur niveau, tout ce qui est en leur pouvoir, et sont prêts à se raccrocher à tout espoir, aussi minime et aussi improbable soit-il. On les comprend. Voyants et médiums l’ont aussi compris à leur manière, qui proposent leurs services, presque toujours contre rémunération. Si certains médias n’hésitent pas à faire la promotion des voyants et des astrologues, les invitent complaisamment sur leurs plateaux, la plus grande prudence semble de mise, en France, à propos des disparitions d’enfants, du moins quand il s’agit de s’exprimer sur un cas précis. Sans doute gardent-ils en mémoire l’intervention en direct sur RTL de l’astrologue Didier Derlich, le 30 mars 1988. Répondant à l’appel angoissé d’une mère dont le fils avait disparu, il entama le dialogue suivant : « Je suis convaincu que votre fils est vivant. Je suis convaincu que votre fils, vous le reverrez […]. Pour moi il n’est pas mort, c’est le B.A.BA du tarot, il n’y a pas de mort, il y a une vie ». « Vous me certifiez qu’il est vivant ? ». « Il est vivant Sylvie, on va le retrouver ». Le petit Loïc F. sera retrouvé noyé dans la Dordogne l’après-midi. Cela n’a pas empêché l’astrologue de continuer à prospérer avec son « métier ». Galilée, qui pratiquait parfois l’astrologie pour arrondir quelques fins de mois, semble avoir su s’arrêter quand il avait prédit une longue vie au duc de Toscane qui devait mourir quelques semaines plus tard.
Mais le « marché » des parents désemparés reste plus que jamais lucratif. On fait courir le bruit que des détectives américains auraient recours aux services de médiums, que même le FBI utiliserait leurs pouvoirs, et avec succès bien entendu.

Cédika est une fillette de 9 ans disparue le 31 juillet dernier à Trois-Rivières au Canada. Personne n’ira reprocher aux parents, dans leur détresse, d’avoir fait appel à la célèbre voyante américaine, Rosemarie Kerr. Et depuis, les offres affluent, reconnaît le grand-père de la fillette3. Le sujet est discuté avec passion sur de nombreux sites Internet. Mais heureusement, la Sécurité du Québec garde la tête froide : « On ne travaille pas avec les médiums, dit Richard Gagné, porte-parole de la SQ, mais aucune information n’est écartée, selon la qualité de la personne qui la donne. »

Pour notre part, nous reprenons à notre compte la déclaration de Pierre Cloutier, porte-parole de nos amis des Sceptiques du Québec : « Ce serait formidable si ça marchait ! Mais si ça marchait vraiment, ça fait longtemps que les services policiers auraient un département de voyance ». En attendant, cette exploitation des enlèvements d’enfants est honteuse pour ceux qui la mettent en œuvre ou lui font de la publicité.

J.-P. K.
L’angoissant problème des disparus au lendemain de la seconde guerre mondiale
À l’origine du « Comité Para » belge

Paul M.G. Lévy est l’un des fondateurs du « comité para Belge », une association sœur de l’AFIS en Belgique. Ayant été détenu à la prison de Saint-Gilles (Bruxelles) puis au camp de détention de Breendonk dirigé par les SS en territoire flamand, Paul Lévy s’est mis, à la fin de la guerre, à la recherche de ses anciens compagnons de résistance et de captivité. Son activité le fit intervenir dans les journaux et sur les ondes radio. De fil en aiguille, il devint l’une des personnes les plus actives pour la recherche des disparus de la guerre en Belgique (et devint même conseiller au Rapatriement pour le compte du gouvernement). Nombreuses étaient les familles qui s’adressaient à lui. Mais plus le temps passait, plus les espoirs s’amenuisaient. Les rumeurs prirent alors le relais, et radiesthésistes et médiums ont joué dans cette tragédie un rôle néfaste, ravivant des espoirs au fur et à mesure que les retours et retrouvailles se raréfiaient.

Ces marchands d’illusions, qui monnayaient parfois fort cher leur aide, étaient un véritable fléau que Paul Lévy entendait dénoncer. Il décida alors de les défier pour prouver l’inanité de leurs pouvoirs et montrer leur nocivité.

Lors d’une émission radiodiffusée, il fit appel à tous les radiesthésistes, assurant que si l’un d’eux pouvait prouver qu’il obtenait des résultats probants, il s’engageait à le faire recruter par le Bureau International de Recherches d’Arolsen (basé en Allemagne). Aucun ne se fit connaître. Mais un représentant du ministère de la Santé publique vint le rencontrer et lui fit part de l’intérêt d’un certain nombre de scientifiques à soumettre les prétentions des partisans des sciences occultes à la critique et l’analyse scientifique. Les autorités judiciaires de l’époque firent également savoir leur intérêt pour une démarche pouvant faire justice des prétentions des occultistes.

C’est ainsi que naquit le Comité belge pour l’Investigation scientifique des phénomènes réputés paranormaux (http://www.comitepara.be/).

Sources : souvenirs de Paul M.G. Lévy, dans La science face au défi du paranormal, seconde édition, 2005. Relie-Art éditeur.

L’étrange logique des laboratoires Boiron

Le projet du gouvernement d’instaurer une franchise de 0,50 euro par boîte de médicaments suscite une vive protestation des laboratoires Boiron, numéro 1 mondial des médicaments homéopathiques. L’argument avancé est le suivant : Cette mesure « contre-productive » risque d’entraîner « un transfert de prescription vers des produits beaucoup plus chers. Elle représenterait non seulement un impôt supplémentaire pour ceux qui acceptent la prescription de médicaments peu chers et très peu remboursés, mais en outre, elle se traduirait par une aggravation du déficit de la sécurité sociale  »4.
L’argument du transfert vers des préparations plus onéreuses est de plus en plus souvent avancé par le lobby homéopathique pour exiger le maintien d’un remboursement de granules au service rendu non validé. L’affirmation d’une efficacité spécifique (c’est-à-dire distincte de l’effet placebo) peine en effet à être démontrée, et il faut probablement enfourcher d’autres chevaux.

Toutefois, concernant l’annonce d’une possible franchise sur les médicaments, cet argument a de quoi surprendre un esprit un minimum logique. Non pas uniquement parce qu’il est très peu probable qu’un patient convaincu par l’efficacité de l’homéopathie se retourne vers des médicaments jugés par lui et par la doctrine homéopathique comme agressifs (antibiotiques, anti-inflammatoires), mais surtout, la franchise s’appliquant aussi à ces médicaments, on ne voit pas quel intérêt financier y trouverait le patient.

Quant à la défense des victimes d’un impôt supplémentaire, revendiquée par les responsables de l’entreprise Boiron, elle gagnerait à souligner que c’est une forme d’impôt injuste, car s’appliquant à tous de la même manière, quel que soit son revenu, plutôt que d’opérer une distinction entre ceux qui seraient favorables à des « médicaments peu chers » (les adeptes de l’homéopathie bien entendu, médecine « douce » aussi pour le portefeuille), et les autres, non partisans de l’homéopathie, donc forcément en faveur des prescriptions onéreuses, agressives pour l’être humain et pour le portefeuille. La franchise est une mesure inéquitable, mais pas pour les raisons invoquées par les laboratoires Boiron.

J.-P. K.

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