Einstein - Un siècle contre lui

Alexandre Moatti. Éditions Odile Jacob, 2007, Prix 21,90 €

Note de lecture de Jean Günther - SPS n° 282, juillet 2008

Einstein, le plus célèbre physicien du XXe siècle, a focalisé autour de son nom et de la plus connue de ses réussites, la théorie de la Relativité, des oppositions parfois virulentes.

Après avoir rappelé les aspects scientifiques du problème, l’auteur brosse un large tableau de ces controverses. On peut y distinguer trois épisodes, apparus à des dates et dans des circonstances différentes.

Dans le contexte anti-allemand lié en France à la guerre de 1914-1918, des intellectuels, philosophes, scientifiques (ceux-ci généralement de second ordre) se sont déchaînés contre la science « allemande » et la relativité, qui en serait l’émanation. Citons, pêle-mêle, Émile Picard, Charles Richet, Henri Bergson, Jacques Maritain, Pierre Duhem, Gustave Le Bon, Henri Bouasse ; l’auteur en rapporte bien d’autres. Les motivations de ces divers contestataires, leur modes de raisonnement, sont des plus divers et leur analyses nous semblent maintenant dérisoires et sans fondement. Beaucoup, puissants et respectés en leur temps, ont sombré dans un salutaire oubli. Parmi les rares scientifiques français de cette époque ayant activement soutenu Einstein, remarquons Paul Langevin.

Le régime nazi avait imaginé que face à une science « aryenne » existait une science « juive », qu’il convenait de rejeter, et à laquelle se rattachait bien sûr Einstein. Les plus actifs furent deux prix Nobel de physique Philip Lenard et Johannes Stark, dont on ne relit pas sans frémir les écrits. D’autres physiciens allemands, tel Werner Heisenberg, prirent le risque d’ignorer ces diatribes et d’utiliser les résultats d’Einstein, tout en continuant à servir leur pays pendant la guerre. D’autres s’exilèrent et contribuèrent à l’essor de la science américaine.

En des temps plus récents la floraison des pseudosciences (que l’auteur nomme « altersciences ») a conduit à des propos de scientifiques autoproclamés, se présentant comme persécutés par la science « officielle » (le syndrome de Galilée !), et prenant souvent comme cible Einstein et la relativité. L’un des plus connus est Maurice Allais, prix Nobel d’économie et physicien amateur (voir SPS n° 228 page 34 et SPS n° 255 page 50). Se fondant sur de pseudo-expériences, il remet en cause, non seulement la relativité, mais aussi la mécanique newtonienne. Selon l’auteur, ses références, les positions de ceux qui lui sont proches, et aussi certains de ses choix en matière économique, le rattachent à une mouvance souverainiste, proche de l’extrême droite. Même si on ne peut faire d’amalgame avec ce qui se passait à l’époque nazie, cela laisse un malaise.

Pour terminer, l’auteur plaide pour une meilleure compréhension, par les medias et le public, de la démarche scientifique. Vaste programme, qui est aussi le nôtre.

Mis en ligne le 12 mars 2008
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