Les textes publiés dans cette rubrique ne reflètent pas nécessairement la ligne éditoriale des publications de l’Afis mais visent à informer plus complètement nos lecteurs en leur proposant divers éclairages sur des questions particulièrement controversées.

Brève présentation des OGM

par Louis Cosson

Préalable
Le « problème » des OGM est très artificiel, créé de toutes pièces pour des raisons différentes par la « droite » et la « gauche ». À droite, il s’agit de rester dans « l’ordre des choses » voulu de toute éternité...À gauche et à l’extrême gauche, on met surtout en avant le fait que les OGM renforcent la puissance des multinationales de « l’agro-business » ! Tout cela est excessif. Par ailleurs, il est hypocrite de dire qu’il faut faire des recherches sur les OGM en milieu confiné. Il y a longtemps qu’elles sont faites. Le moyen le moins coûteux pour cultiver les plantes étant toujours en plein champ, on ne voit pas comment mettre nos OGM végétaux sous cloche ! ! ! Gauche et droite se retrouvent en essayant par toutes les manipulations possibles de montrer un danger et cela est efficace, il s’agit de l’alimentation et on est en France... Pour terminer sur ce chapitre voici une anecdote : j’avais fait venir, dans le courant des années 90, un biologiste, généticien des végétaux, plus spécialisé que moi, pour faire un exposé en amphi, à mes étudiants en pharmacie, sur ce sujet des OGM. Car il y avait déjà quelque temps que la première plante alimentaire OGM, une tomate, était vendue et consommée aux États Unis. C. Lepage récemment sur FR2, a eu ce mouvement (fréquent) de mauvaise foi en disant « il n’y a pas d’étude épidémiologique sur la toxicité à long terme des OGM ». Comment voulez-vous qu’en tant que scientifique j’approuve cela ? Depuis 15 ou 20 ans, cette tomate est consommée !

Mon inquiétude va bien au-delà des OGM. En effet, nous assistons actuellement à une remise en cause généralisée de tous les aspects scientifiques et techniques par un ensemble de personnes qui rendent les scientifiques responsables des malheurs récents tels que SIDA, vache folle, sang contaminé, hormone de croissance, nanotechnologies, agrochimie, engrais, etc. L’amalgame étant le socle du raisonnement !

Certes, il convient d’être prudent, d’évaluer nos découvertes à chaque étape du travail, mais de grâce ne retournons pas vivre dans la Grotte Chauvet, même si nous la trouvons splendide !

Quelques repères concernant les OGM

Une remarque
On emploie le terme d’Organismes Génétiquement Modifiés alors qu’il s’agit de PGM, de Plantes Génétiquement Modifiées, ce n’est pas très grave. En effet le génie génétique, technique qui produit les OGM, sait le faire sur tous les organismes vivants : animaux, plantes, bactéries...Depuis de très nombreuses années (30 à 40 ans ?) certains types d’insuline, nécessaires aux soins de nombreux diabétiques de par le monde, sont issus des biotechnologies. Ce sont des Bactéries Modifiées Génétiquement, cultivées dans des « fermenteurs », qui la produisent. Avant on était obligé d’extraire l’insuline de certains organes d’animaux avec les risques qu’on connaît à notre époque... de plus les procédés de purification étaient longs et coûteux.

Définition
Un OGM est donc un organisme vivant dont le patrimoine génétique, héréditaire, a été modifié. Cette modification peut apporter un nouveau gène, c’est le cas du maïs Bt et des plantes résistantes aux insectes ravageurs des cultures ou résistantes à des herbicides. Cette modification génétique peut être aussi la suppression ou l’inhibition d’un gène, sa mise en sommeil. C’est le cas de la première plante alimentaire qui ait été modifiée génétiquement. C’est une tomate qui, suite à son mûrissement, ne se dégrade que très lentement car le mécanisme de destruction de ses parois est très ralenti. Elle se conserve donc plus longtemps.

Les OGM à notre époque

À l’heure actuelle les OGM végétaux ne concernent, à part la tomate, que des plantes de grande culture. Ce sont principalement le soja (57 %), le maïs (25 %), le coton (13 %) et le colza (5 %) des surfaces mondiales cultivées en OGM, la totalité de ces surfaces dépassant 100 millions d’hectares. Ces plantes présentent surtout des avantages agronomiques de résistance aux ravageurs ou aux herbicides. Les semences sont produites par les grandes sociétés multinationales.

Un exemple, le maïs insecticide tant décrié. Ce maïs OGM est insecticide contre un insecte qui dévore le maïs. Lorsqu’on cultive le maïs non-OGM, on pulvérise dans les champs une suspension de Bacillus thurigiensis (une bactérie) plus couramment appelée Bt. C’est un insecticide biologique de faible rémanence (il ne s’accumule pas) et très sélectif, n’étant pas toxique pour les insectes pollinisateurs. Il est donc préférable, pour la sauvegarde environnementale, aux insecticides chimiques. Le maïs OGM est tout simplement du maïs Bt, c’est-à-dire qu’il comporte, dans sa tige et ses feuilles la protéine du Bt. Pourquoi admettre comme « bio » des pulvérisations abondantes du Bt et refuser le même Bt situé dans le maïs OGM grâce au génie génétique ? Soyons logiques. Ajoutons que Bt est toxique pour les larves de lépidoptères (= papillons) et sans effet pour les insectes pollinisateurs, les abeilles par exemple. C’est évidemment une des raisons de son emploi en agriculture biologique.

Par contre, il est nécessaire d’aller plus avant en recherche, sur des sujets plus difficiles. Il serait fort utile par exemple d’obtenir des plantes OGM qui résisteraient naturellement à la sécheresse. Sur le plan recherche ce sera plus difficile à obtenir, c’est pour cela qu’on rentre dans le domaine politique. Il faut une décision politique pour inciter les organismes de recherche publique (européens et français) à travailler dans des domaines dont les retombées ne sont pas « économiquement » rentables immédiatement...Mais attention, ces recherches doivent être menées AUSSI EN PLEIN CHAMP, n’en déplaise à certains. Cela fait longtemps que le travail en éprouvette a été réalisé. Empêcher le travail en champ est de l’hypocrisie ou une méconnaissance des réalités scientifiques expérimentales de la part de notre personnel politique et médiatique. À ce sujet, il conviendrait que « Sciences Po », l’ENA et les écoles de journalisme accueillent un enseignement synthétique scientifique diversifié ! En effet, il est extrêmement frappant d’observer, chez des personnes au bagage culturel important, des réactions de peur : « Mais Monsieur, si je vous ai bien compris, cela ne vous choque pas qu’on introduise le gène d’une bactérie (le Bt) dans une plante, ou un gène animal dans une bactérie ? ». Non, Madame, ai-je répondu, car cela fait des millions d’années que l’évolution mélange les êtres vivants pour aboutir à la nature telle que nous l’observons de nos jours. Actuellement, ce sont les plantes qui sont en débat. Il faut savoir qu’une énorme majorité d’entre elles vit en symbiose avec des bactéries ou des champignons (nos délicieux cèpes sont en symbiose avec les racines des arbres). Pour ces organismes, soit complètement intégrés ou seulement étroitement associés l’un à l’autre, la vie de chaque constituant est impossible isolément.

Chez les personnes sincères, je constate toujours un sentiment de peur, face aux OGM. L’homme jouerait à l’apprenti sorcier !

Il faut savoir que les « variétés OGM » sont des variétés déjà cultivées et consommées et qu’il n’existe aucune raison pour que la transgènèse les rende brutalement toxiques. Il convient d’ajouter que les plantes « naturelles » (il est plus exact de parler de plantes spontanées) peuvent être toxiques. C’est la sélection par l’homme qui a permis, par exemple, de cultiver et de sélectionner nos excellentes aubergines actuelles, ses homologues spontanées contenant des substances toxiques. Les exemples sont nombreux et il est bien connu des historiens que la pomme de terre, rapportée d’Amérique à la Renaissance (en 1540 en France), a attendu Parmentier et la fin du XVIIIe siècle pour faire partie de notre nourriture.1

Une autre critique est souvent émise contre les OGM : ils nuisent à l’environnement, ils vont « polluer » d’autres espèces. Cette remarque est à considérer. Dans nos régions européennes, il n’y a pas de risques de contamination d’autres espèces végétales par du pollen de maïs transgénique, aucune plante (sauf évidemment les autres variétés de maïs) ne peut s’hybrider avec le maïs. On peut dire juste l’inverse pour le colza qui a des « cousins germains » parmi d’autres espèces cultivées et aussi des espèces naturelles, c’est-à-dire spontanées qui peuvent accepter le pollen d’un colza transgénique.

CELA M’AMÈNE À UNE CONCLUSION DE SIMPLE BON SENS : ON NE PEUT PAS ÊTRE POUR OU CONTRE LES OGM, c’est de l’amalgame malhonnête dans les deux cas. Il faut analyser au coup par coup, d’une façon rationnelle et avec la prudence qui convient. Heureusement qu’on a permis à Sir A. Flemming de diffuser sa pénicilline. Cet antibiotique et ses successeurs ont sauvé des millions de vie. Cela n’empêche pas qu’actuellement il soit réellement nécessaire de passer des slogans à la télévision « Les antibiotiques, c’est pas automatique » !

Regardons les faits, les réalités. Fuyons la peur fondée sur l’obscurantisme, les deux éléments sur lesquels s’appuient nos prophètes de malheur. Attention à cette manipulation de la réalité ! Grâce à cette peur ils essaient de nous dominer via certains media. Ils n’ont qu’un but : faire régner leur idéologie qu’elle soit politique ou religieuse. Peu leur importe la Raison ! Les idéologies politiques et religieuses sont parfaitement respectables, mais les imposer par la peur est détestable.

Bref curriculum vitae
Je suis pharmacien, professeur honoraire de biologie végétale à la faculté de pharmacie de Paris XI, la première moitié de ma carrière s’étant déroulée en faculté des sciences (Paris VI) en physiologie végétale. Sur le plan de mes recherches, après m’être intéressé aux plantes entières (d’intérêt thérapeutique) dans différentes conditions d’environnement, j’ai dirigé ensuite pendant 17 ans un laboratoire de culture in vitro de tissus et de cellules de végétaux, une des nombreuses biotechnologies. À peine arrivé en retraite en Ardèche, j’ai été amené à prendre des responsabilités dans une association de lutte contre une plante envahissante, l’ambroisie, dont le pollen est très allergisant (pour 10 à 20 % de la population qui lui est soumise en Rhône-Alpes).

Ceci étant destiné à montrer que j’ai quelque compétence dans le domaine des végétaux, de l’influence de l’environnement sur eux et dans celui des biotechnologies. En tant que pharmacien, les problèmes de santé publique ne me sont pas inconnus !

La discussion est évidemment ouverte et bienvenue.

Mars-avril 2007

Mis à jour en mai 2008

1 Paragraphe modifié en mai 2008.

Mis en ligne le 27 février 2008
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