Que sont les OGM animaux ?

par Louis-Marie Houdebine - SPS n° 268, juillet 2005 et hors série OGM, octobre 2007

On parle beaucoup des OGM qui sont, pour le commun des mortels, des plantes génétiquement modifiées à usage agroalimentaire. Ces OGM ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Il existe en effet au moins autant d’animaux que de plantes qui sont génétiquement modifiés comme le sont également nombre de bactéries et de levures.

Il peut paraître paradoxal que les premiers animaux transgéniques aient été obtenus en 1980 et les premières plantes en 1983 alors que des OGM végétaux sont commercialisés mais non des animaux.

Ce n’est pas qu’il ne se passe rien du côté des animaux mais tout simplement qu’il ne se passe pas tout à fait la même chose. Des animaux transgéniques (donc génétiquement modifiés) sont très couramment préparés et utilisés dans les laboratoires pour définir le rôle des gènes, pour étudier des maladies humaines, pour adapter des organes et des cellules de porc destinés à l’homme, pour préparer des protéines médicaments dans le lait et pour améliorer les productions animales. C’est de cette dernière application dont il est question dans cette rubrique.

Il est logique, comme pour les plantes, d’utiliser la transgénèse pour résoudre des problèmes d’élevage qui n’ont pas pu trouver de solution. C’est particulièrement vrai dans le domaine pathologique. En effet, environ 20 % des animaux d’élevage meurent de maladie. Ceci représente un manque à gagner, une souffrance pour les animaux, un risque pour les troupeaux mais aussi potentiellement pour l’homme menacé périodiquement d’être infecté par des pathogènes animaux comme le virus de la grippe. La recherche dans ce domaine peut faire état de succès expérimentaux intéressants mais, comme chacun sait, pas d’applications concrètes au niveau alimentaire. Les raisons de la relative lenteur des succès de la transgénèse animale sont essentiellement d’ordre technique et financier.

Les principaux projets en cours de développement sont les suivants.

Il existe des vaches sécrétant dans leur lait une protéine antibactérienne, la lysostaphine, qui est un puissant agent capable de tuer la principale bactérie impliquée dans les infections mammaires, le Staphylococcus aureus. D’autres protéines antibactériennes sont également sécrétées dans le lait d’autres animaux transgéniques en cours d’étude.

Des vaches chez lesquelles le gène PrP, indispensable pour le développement des maladies à prion, a été inactivé, ont été obtenues.

Des porcs exprimant un transgène capable de détourner le virus responsable de la maladie d’Aujeszky, qui est très répandue dans le monde, sont en cours d’étude.

Des porcs sécrétant dans leur salive une enzyme bactérienne, la phytase, rejettent jusqu’à 75 % de moins de phosphate polluant dans l’environnement.

Des souris et, potentiellement, des vaches transgéniques, ainsi que d’autres gros animaux ayant un développement musculaire augmenté, chez les mâles seulement, ont été obtenues récemment. Ce transgène pourrait permettre de mieux exploiter les mâles des races laitières.

Des porcs dont le lait est enrichi en protéines nutritives peuvent élever un plus grand nombre de porcelets, ce qui peut réduire les coûts de production et contribuer à diminuer la pollution engendrée par les élevages.

Des vaches dont le lait est enrichi en caséines, peuvent, en principe, produire de plus grandes quantités de fromage par animal : étude en cours en Nouvelle Zélande.

Malgré le grand intérêt que représentent les volailles qui sont une des principales nourritures carnées de l’humanité, elles ne font que commencer à être l’objet d’améliorations génétiques via la transgénèse. Ceci est dû à la difficulté qui a persisté pendant presque deux décennies à obtenir des volailles transgéniques.

Le projet le plus avancé est incontestablement celui qui consiste à accélérer la croissance des poissons et en particulier des saumons grâce au transfert d’un gène d’hormone de croissance. Le développement de ces animaux est effectivement au moins deux fois plus rapide dans ce cas sans que la qualité des produits n’en paraisse affectée. Il y a donc de bonnes raisons de tenter la commercialisation de ces poissons. Celle-ci est bloquée et le restera tant que les pisciculteurs n’auront pas donné la preuve qu’ils sont capables de maîtriser complètement la reproduction de leurs animaux et d’empêcher leur dissémination dans les espaces incontrôlables que sont les océans.

Ces avancées sont loin d’être négligeables et pour autant, les biotechnologistes impliqués dans ces projets sont plutôt moroses car leurs travaux vont trop lentement à leur goût. Il est en effet plus difficile et plus coûteux d’obtenir une vache transgénique que du maïs transgénique. Il est par ailleurs plus compliqué et coûteux de diffuser un transgène dans les troupeaux que dans les champs. Certaines plantes peuvent par contre poser des problèmes de dissémination incontrôlée, ce qui n’est le cas que pour les animaux qui nagent ou qui volent.

La reproduction des gros animaux de ferme est relativement lente et coûteuse même si l’on met en œuvre des techniques modernes de reproduction comme la fécondation in vitro, le transfert d’embryon ou le clonage. Un transgène doit donc apporter un gain économique substantiel pour que son utilisation soit justifiée et puisse entrer en compétition avec la sélection génétique classique.

Des réglementations exigeantes et cohérentes destinées à définir dans quelles conditions des produits issus d’animaux transgéniques pourraient être consommés sans risque ont déjà été mises en place alors qu’aucun produit provenant d’animaux transgéniques n’est sur le marché. Voilà qui ne laisse pas beaucoup de place à l’improvisation et donc au risque.

L’opinion publique, mais bien entendu aussi les biotechnologistes, se posent par ailleurs la question de savoir jusqu’où il est raisonnable d’aller dans l’ingénierie des animaux, que ce soit par sélection génétique classique ou par transgénèse. Ceci a conduit en Europe à une autocensure larvée qui interdit, dans un pays comme la France, d’évoquer publiquement la simple possibilité d’améliorer les conditions d’élevage des animaux domestiques par la transgénèse. Cette situation n’est évidemment pas propice à stimuler l’esprit d’aventure des investisseurs, et elle risque de plus en plus de compromettre l’avenir.

Mis en ligne le 20 octobre 2007
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