Le développement des plantes génétiquement modifiées fait l’objet de vives critiques, accompagnées de l’annonce d’une future catastrophe écologique. L’obscurantisme, la passion et l’irrationnel sont souvent présents. Sur cette question hautement médiatisée, l’AFIS s’efforce d’apporter des informations précises, qui souvent font défaut, afin que le citoyen puisse disposer de tous les éléments utiles pour éclairer ses options.

Faut-il être libéral pour être pro-OGM ?

par Jean-Paul Oury - SPS hors série OGM, octobre 2007 et n° 279, novembre 2007

Lorsque je me présente en public, pour détendre l’atmosphère, j’ajoute sur le ton de la plaisanterie, qu’en plus d’être épistémologue spécialisé sur le sujet des OGM et membre d’Alternative Libérale, j’ai aussi un ex-beau-frère plombier en Pologne. Cette plaisanterie qui n’est pas toujours du goût de tout le monde, résume pourtant bien les préjugés du sens commun. Et les associations d’idées vont bon train : combien de fois m’a-t-on affirmé « vous êtes pour les OGM, parce que vous êtes libéral. » La question qui se pose est donc : est-on pro-OGM pour des raisons politiques ?

Dépasser les clivages

C’est un fait : la querelle des OGM1, n’est pas une simple opposition entre chapelles scientifiques : on trouve des botanistes qui sont « pour » et des biologistes qui sont « contre ». Une vérité qui vaut également en politique où l’opposition entre anti et pro-OGM dépasse le clivage « gauche-droite ». Allègre est pour, Juppé contre. Le vrai clivage idéologique se trouve entre les adeptes d’une pensée progressiste (généralement mécanistes) et ceux d’une pensée naturaliste (les partisans de la Deep-Ecology). Rien, en ce qui nous concerne, ne nous a empêché de collaborer avec le député socialiste Le Déaut, pour commencer de rédiger un nouvel ouvrage. Ceci dit, les OGM font bien l’objet d’une tentative de récupération politique. Mais de là à dire que le nombre de voix récoltées par José Bové coïncide avec les sondages sur lesquels il s’appuie pour justifier sa légitimité, il y a un monde (pour le moins 77 %). En ce qui me concerne, si j’ai décidé de soutenir les OGM au cas par cas, ce n’est pas pour une question d’agenda politique, mais pour des raisons scientifiques.

Démasquer l’idéologie

Ma thèse sur les OGM prolonge un mémoire sur les chimères embryologiques2. Ce sujet à la croisée de l’histoire des sciences et de l’actualité, me permettait de poursuivre mon travail universitaire, tout en mettant à profit mon expérience professionnelle dans la communication. À l’épistémologie et l’étude des médias s’est ajoutée l’histoire des idées. Philosophe de formation, je me suis interrogé sur la nature idéologique du débat. Comme chacun sait, le philosophe aime à « penser par lui-même ». Il démasque les opinions préconçues et les a priori mal fondés. D’où mon idée de parcourir tout ce qui se dit sur le sujet de la transgenèse végétale en mettant au même niveau les « pro » et les « anti », sachant que les arguments des deux camps reposent sur deux visions antagonistes (deux idéologies ?) du monde. Mais si l’on peut renvoyer dos à dos ces visions, ce n’est pas pour autant que tous les discours sur les OGM se valent. D’où ma distinction fondamentale entre les controverses (un discours contradictoire sur les faits) et les polémiques (un discours contradictoire sur les hommes et les valeurs). Distinction qui permet de comprendre que des scientifiques ne soient pas d’accord sur un sujet sans que ce soit une raison a priori pour condamner celui-ci de manière systématique. Or, il est évident qu’un certain courant idéologique a pour objectif de clore le dialogue en imposant sa vérité sans rien démontrer et ce, d’un point de vue dogmatique, ce qui conduit à la violence (les fauchages). Mais en condamnant cette attitude, ne quittons-nous pas l’habit de l’universitaire, pour enfiler celui du militant libéral ?

Libéral et pro-OGM ?

Ceux qui critiquent les OGM comme une technologie ultra-libérale, associent généralement le savant-fou inconscient et l’industriel cupide. Or ces clichés ne correspondent ni à l’image du biotechnicien, ni à la vision que le libéral se fait du marché. Si en tant que politicien « libéral » je suis favorable au développement des OGM, c’est pour de toutes autres raisons. Tout d’abord, rappelons que le libéralisme, n’est pas une idéologie, mais un corpus de principes auxquels se conforme le politique. Ce ne sont donc pas « des idées libérales » qui vont influencer le savant dans son laboratoire, à la manière, par exemple, dont le communisme avait poussé Lyssenko à faire croire que la génétique mendélienne ne jouait aucun rôle dans la sélection des espèces. Un État libéral n’influencera jamais le chercheur puisqu’il a pour seule fin d’optimiser la liberté de chacun en se conformant au célèbre : « ma liberté s’arrête où commence celle d’autrui ». C’est en s’appuyant sur ce principe que, pour laisser libre cours au chercheur, il reconnaît la nécessité du principe de précaution, mais non sa constitutionnalité, qui peut devenir une entrave à la recherche (devoir de recherche). Ensuite, il fera respecter la propriété des agriculteurs qui choisissent de cultiver des OGM autorisés (devoir de développement). En ce qui concerne les agriculteurs bio, ils doivent disposer des conditions qui leur permettent de respecter le cahier des charges auquel ils se conforment (filières et traçabilité). Enfin l’opinion publique doit être en mesure d’effectuer des choix libres et responsables et à ce titre, elle doit bénéficier d’un maximum d’informations (étiquetage, information et lutte contre la désinformation).

En conclusion, on voit qu’il est tout à fait possible de concilier une posture de chercheur et une posture politique et que les deux peuvent tout à fait se compléter sans pour autant se confondre.

1 Voir La querelle des OGM, Oury, PUF, 2006)

2 « Conditions de possibilités, réalisations et significations des chimères embryologiques. », ULP Strasbourg, 95.

Mis en ligne le 4 octobre 2007
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