Le créationnisme est un concept créé aux USA par des fondamentalistes religieux qui voudraient voir la Bible prendre place au cœur de l’enseignement. Plusieurs étapes ont jalonné son histoire, avec des procès retentissants. Actuellement, le créationnisme revêt un caractère discret et dangereux. Sous couvert d’ouverture d’esprit, d’œcuménisme, des institutions comme l’UIP diffusent jusque dans les sciences une spiritualité pernicieuse. Des scientifiques comme Dambricourt prêchent un moteur interne au vivant en lieu et place d’évolution. Un concept de dessein intelligent a émergé récemment, acceptant le fait évolutif « encadré » par un programme, manière détournée d’imposer une entité architecte de notre avenir. Les méthodes du créationnisme s’affinent, jouent sur les ambiguïtés et sur le langage, et avancent sans heurt majeur, avec l’aval du président Bush aux USA. Vous trouverez dans ce dossier quelques textes sur ce concept qui n’avance pas toujours à visage découvert et qui réclame notre vigilance.

L’Université Interdisciplinaire de Paris

par Guillaume Lecointre - SPS n° 244, octobre 2000

La communauté scientifique nationale montre bien peu de vigilance face aux offensives spiritualistes d’allure respectable. Pour un réarmement intellectuel, les chercheurs scientifiques devraient retourner aux racines épistémologiques de leur métier.

Beaucoup de sectes rejettent la démarche rationnelle de la découverte du monde pour revendiquer des solutions spirituelles à tous nos problèmes scientifiques, sociaux, économiques et politiques. Un mariage science-religion serait garant de l’accroissement d’humanisme et de morale dont aurait besoin une gestion froidement rationnelle de nos sociétés. Comme si la religion avait le monopole de l’humanisme et de la morale ! Comme si notre économie libérale était rationnelle ! Cette erreur très courante résulte simplement de la confusion bien entretenue entre, d’une part, la science comprise comme démarche rationnelle et matérialiste de l’explication du monde, et, d’autre part, la science vue à travers ses applications directes (la technoscience), donc une science distordue par de multiples pressions politiques et économiques. Un véritable engagement politique digne des Lumières consisterait à s’emparer de la raison pour se battre sur le terrain politique et économique afin de trouver des solutions à nos problèmes, y compris pour injecter davantage d’humanisme et de morale dans nos rapports sociaux, économiques, et dans la vie publique. L’autre engagement, qui semble en vogue depuis qu’on parle de dépolitisation des masses, est d’attribuer la responsabilité de toutes les misères du monde à la démarche rationnelle de la découverte de ce monde. Pour sauver le monde, il faudrait que les scientifiques (et les décideurs qui les consultent) laissent un peu leur froide rationalité de côté pour s’ouvrir aux sagesses de la spiritualité, à l’inconnu, voire pour laisser parler leur foi. Un doigt de spiritualité dans la démarche scientifique résoudrait nos problèmes scientifiques et socio-économiques. C’est le degré zéro de l’épistémologie.

« Réconcilier » science et religion

Sans que notre communauté scientifique ne s’en émeuve, une organisation grassement financée par des fonds privés, l’Université Interdisciplinaire de Paris (UIP), se fait championne de ce discours avec l’appui de scientifiques renommés et prix Nobel (la renommée ne garantit pas la vigilance épistémologique). Sous l’impulsion de Jean-François Lambert et de Jean Staune, l’UIP a organisé depuis 1995 une dizaine de colloques, dont le dernier s’est tenu en Mars 2000 sur le thème « les limites de la sélection naturelle ». Cette organisation milite en fait pour un « nouveau paradigme », celui d’une réintroduction de la spiritualité dans le champ de la découverte scientifique. L’UIP est donc fondamentalement anti-matérialiste (normal, pour une organisation ayant reçu une bourse de 10 000 dollars de la fondation Templeton « pour le progrès de la Religion »), et donc anti-darwinienne. Mais pas créationniste : elle se veut évolutionniste, mais d’un évolutionnisme compatible avec la foi religieuse, où l’homme reviendrait au centre d’un Univers ayant évolué vers lui, et dont il est le dessein, ce qui permettrait « d’approcher rationnellement la croyance ». Pour que la « quête de sens » aboutisse, il faudrait réintroduire la spiritualité comme objet d’étude et comme outil permettant l’explication évolutionniste du monde. Dans ces conditions, l’ennemi à abattre, c’est Darwin et son matérialisme scientifique.

La fin de la mauvaise science
Mae Wan Ho, conférencière vedette cette année à l’UIP :

« Le paradigme mécaniste a dominé les sciences durant des siècles. Il a projeté une vision darwinienne à travers laquelle des entités égoïstes et isolées se bousculent et se concurrencent les unes les autres pour un combat pour la survie du plus fort. En donnant de mauvaises indications à des responsables politiques, il a créé et renforcé un régime social dysfonctionnel qui détruit notre planète et échoue à servir les besoins physiques et spirituels de la plus grande partie de l’humanité. Le débat autour du génie génétique a mis en lumière les dangers d’un courant scientifique dégénéré et discrédité qui est devenu l’instrument d’un système corporatiste. Une révolution organique est sur le point de mettre un terme à la mauvaise science et aux intérêts économiques qu’elle génère, et de restaurer les modes de vie holistiques qui peuvent régénérer notre planète et revitaliser l’esprit humain ».

L’UIP entretient donc un amalgame classique qui consiste à attribuer à Darwin les élucubrations sociologiques de l’évolutionnisme philosophique d’Herbert Spencer (voir le livre de Patrick Tort, 1996*), et donc de dénoncer le « darwinisme social » (qui n’est pas un darwinisme ! Voir Patrick Tort, 1999) pour recruter des adhérents sur une base humaniste. Qui irait contre plus d’humanisme ? Le plus drôle, c’est que les dysfonctionnements sociaux engendrés par le libéralisme économique sont attribués par l’UIP au darwinisme qui, selon elle, imprégnerait nos sociétés (voir l’encadré « La fin de la mauvaise science »), alors que, bien au contraire, Darwin avait pensé l’émergence, par voie de sélection naturelle, des mécanismes anti-sélectifs d’entraide au sein même des sociétés humaines, et par là posé les origines matérialistes de la morale (Darwin, La filiation de l’Homme et la sélection liée au sexe, 1871, traduction française 1999, ainsi que les livres de Patrick Tort). La « survie du plus apte » bêtement transposée au sein de nos économies et dans la société, ce n’est pas l’œuvre de Darwin, comme essaie de le faire croire l’UIP, mais l’œuvre de Spencer. Et c’est le libéralisme économique dans lequel évolue Staune dans ses activités de consulting et de conseil auprès des « managers » qui cause les dégâts sociaux dénoncés par l’UIP.

Un autre amalgame entretenu est de faire passer le matérialisme méthodologique qui est depuis la Renaissance la condition méthodologique de la science pour le matérialisme dialectique qui accompagne le marxisme. La ficelle est un peu grosse et surtout archi usée, mais elle permet au juriste américain Philipp Johnson de faire passer le darwinisme contemporain comme le pur produit d’une idéologie.

Parler biologie aux physiciens et physique quantique aux biologistes

On peut se demander si ces amalgames sont calculés ou s’ils résultent d’une ignorance pure et simple des questions historiques, scientifiques et épistémologiques traitées.

Il suffit à n’importe quel évolutionniste professionnel de lire le dossier de Jean Staune et Yves Christen sur l’évolution (Figaro Magazine du 26 Octobre 1991, voir l’encadré « Le Coelacanthe contre Darwin »), ou le livre de Michael Denton (L’Évolution, une théorie en crise, Flammarion), celui de Rosine Chandebois (qui veut « en finir » avec le darwinisme !), ou encore les publications d’Anne Dambricourt-Malassé (voir plus loin) ou de Philipp Johnson, pour s’apercevoir que la majorité des auteurs sont dans le second cas. Par contre, la biologie de Christen et Staune atteint de tels sommets qu’on se demande si le contenu ne serait pas calculé, comme semblent l’être les amalgames de Johnson entre matérialisme scientifique et idéologie.

Le Coelacanthe contre Darwin ?

Prenons l’exemple risible du Coelacanthe qui réfuterait Darwin parce qu’il aurait cessé d’évoluer. Dans le dossier de Jean Staune du Figaro-Magazine intitulé « L’évolution condamne Darwin » du 26 Octobre 1991, au dessus d’une photo de coelacanthe, on lit : « Le coelacanthe : en 1938, la première mauvaise nouvelle pour les darwiniens. C’était l’ancêtre de tous les vertébrés. On le croyait disparu depuis des millions d’années. On l’a retrouvé voici cinquante ans, bien vivant, au large des Comores. Il n’avait donc pas évolué depuis ses très lointains ancêtres : contrairement à ce qu’aurait voulu la théorie ».

Plusieurs stupidités se superposent ici :

1. Le coelacanthe n’est pas l’ancêtre de quelque chose puisque c’est une espèce actuelle. Il ne peut être que groupe-frère de quelque chose. Les évolutionnistes ont cessé depuis longtemps d’utiliser le mot « ancêtre » à propos d’un animal identifié, ils utilisent le mot « groupe-frère de... » pour situer un animal dans l’arbre des êtres vivants. Le terme d’« ancêtre » est réservé à un animal abstrait.

2. Le coelacanthe n’est pas l’ancêtre des vertébrés, mais le groupe-frère d’un groupe comprenant les animaux à quatre pattes (les tétrapodes) et les poissons pulmonés appelés dipneustes. Les vertébrés sont apparus bien avant la lignée du coelacanthe.

3. La morphologie du coelacanthe actuel est presque identique à celle de fossiles du Crétacé. Si les cinq pour cent des gènes du génome qui contrôlent la morphologie restent stables sur de grandes périodes de temps, le reste peut très bien continuer à évoluer car le génome comprend une multitude de gènes aux fonctions très diverses dont les vitesses d’évolution sont très inégales. Le coelacanthe n’a donc pas cessé d’évoluer. Et même si l’on ne s’intéresse qu’à la stabilité morphologique, le néodarwinisme a incorporé les stases, périodes de relative stabilité évolutive.

4. La « théorie » n’a jamais « voulu » qu’un animal évolue à tout prix, ou même cesse d’évoluer. La théorie n’impose rien là dessus. Une partie des gènes peut rester stable un certain temps, tandis qu’une autre partie peut accélérer sa vitesse d’évolution. Ceci est connu sous le nom d’hétérobathmie des caractères.

Une foule de naïvetés et de données mal digérées, de critiques vaines ont été également véhiculées dans le livre de Michael Denton (L’évolution, une théorie en crise, Flammarion) que nous n’avons pas la place de reprendre ici. Pour une mise au point de ce que comprend Denton en évolution biologique, on se reportera à la section III du livre intitulé Pour Darwin (Sous la direction de Patrick Tort, PUF, 1997).

Mais il en va de même sur le terrain de la physique quantique, l’autre terrain de chasse des anti-matérialistes. Staune parle de physique quantique aux biologistes et de biologie aux physiciens. Mais les physiciens conscients ne s’y trompent pas. Voici ce que nous écrit Jean Staune dans Convergences, feuille de chou de l’UIP :

« Il y a un niveau de réalité qui échappe au temps, à l’espace, à l’énergie et à la matière, mais qui pourtant peut avoir dans certaines expériences une influence causale sur notre niveau de réalité. Cela ne constitue pas une preuve de la validité d’une vision « spiritualiste » du monde mais cela lui donne une crédibilité nouvelle tout en rendant le matérialisme plus difficile à penser. Le matérialisme est encore possible, mais il doit se transformer en matérialisme de Science-fiction, capable d’intégrer la déchosification de la matière ».

La physique quantique est donc lourdement mise à contribution pour servir le nouveau paradigme. C’est la stratégie des églises et des sectes : utiliser les frontières actuelles de la science, les difficultés temporaires et locales du front d’émergence des connaissances où tests et réfutations s’opèrent, pour proclamer la mort du matérialisme, du déterminisme et la naissance d’une nouvelle « science » spirituelle où une autre dimension jusque là imperceptible aux scientifiques (Dieu ?) aurait sa place. Le prêtre catholique Thierry Magnin nous explique d’ailleurs dans Convergences n° 5 (p. 4) qu’il y a des trous dans nos connaissances et qu’au bord, il y a le Christ. Pour finir, Michael Denton dans une interview qu’il donne à Nouvelles Clés, journal d’ésotérisme, à l’occasion de la traduction de son livre chez Fayard, L’évolution a-t-elle un sens ? regrette le moyen âge, époque harmonieuse où l’homme était au centre de toute la cosmologie et la science soumise au pouvoir théologique. Et dans son dernier livre, il défend franchement la pensée téléologiste selon laquelle le but ultime de toute l’évolution cosmique et biologique, l’homme, était inscrit dès le départ. Cette évolution réaliserait un dessein.

L’Université Interdisciplinaire de Paris

L’UIP laisse de plus en plus entrevoir son paradigme. Des séries de conférences constituent des « modules » dont les titres pour l’année 2000 sont édifiants : « Science et religion, une discipline émergente ? », où, entre autres, un moine thibétain cause du « Big Bang à l’éveil : science et bouddhisme ». Une table ronde s’intitule « Physique quantique et valeurs humaines ». Le module « science et société », au titre passe-partout, fait intervenir scientifiques, philosophes et théologiens pour servir le nouveau paradigme. En 1999, les intitulés étaient d’un ton plus pastel. Un programme de conférences s’intitulait « Science, conscience et sens » (on ratisse large), où intervenaient sept membres de l’Académie des sciences dans les locaux de l’Eglise Réformée de France et ceux de la Sorbonne. Sous le haut patronage de Jacques Chirac et sous la présidence de Federico Mayor, Directeur général de l’UNESCO, le congrès de 1999 s’intitulait « Un siècle de Prix Nobel : science et humanisme ». Un titre passe-partout bien banal, pour qui n’a pas connaissance du passé et des écrits des membres de l’UIP.

En fait, l’UIP est une reprise en mains de l’Université Européenne de Paris, elle-même anciennement Université Populaire de Paris qui organisait il y a plus de vingt ans en des lieux luxueux des conférences publiques sur le paranormal, la parapsychologie, l’astrologie, l’ésotérisme, etc. (Lecointre, 1997). L’UIP est actuellement financée - entre autres - par Assystem, Auchan, Nature et Découverte, France Télécom, Salustro Reydel (Audit et Conseil) et a bénéficié de certains appuis dans les media. Libération, sous l’action de la journaliste Dominique Leglu, a longtemps fait de la publicité pour les colloques de l’UIP jusqu’au printemps 1999 où le journal mit un terme à son partenariat. La Recherche, sous l’impulsion d’Olivier Postel-Vinay, directeur de la rédaction, a publié depuis 1995 un nombre impressionnant d’articles portant sur les chercheurs membres permanents de l’UIP ou sur leurs recherches (Bernard d’Espagnat, Christian de Duve, Marcel-Paul Schutzenberger, Ilya Prigogine, Anne Dambricourt-Malassé, Trinh Xuan Thuan, Jean-Marie Pelt...). Plusieurs de ces personnes signent des articles dans le journal d’ésotérisme Nouvelles clés de Patrice Van Eersel et Marc de Smedt, des spécialistes d’ésotérisme anciens compagnons de route du Planète de Louis Pauwels (voir encadré). La Recherche, en offrant ses pages au relativisme cognitif et aux membres de l’UIP, est maintenant très loin du rôle qu’il tenait jadis auprès des professeurs de la République. Pour finir, Staune répand la bonne parole dans les entreprises en donnant des conférences ou des articles intitulés « Les fondements scientifiques du changement dans l’entreprise. A la recherche d’un lien inattendu entre l’astrophysique et l’entreprise », « Manager dans la complexité », « Sens et management : comprendre la quête de sens des consommateurs et des salariés pour mieux y répondre ». A l’aide de l’astrophysique, Staune arrivera-t-il à donner au capitalisme un visage humain ?

L’UIP enrôle en douceur. Staune va chercher aux USA des professeurs d’universités et des Nobels ayant des choses à révéler sur Dieu (l’UIP est le principal partenaire du Center for theology and natural sciences à Berkeley, Californie). On imagine mal à quel point ils sont nombreux, dans un pays où le fondamentalisme protestant est un des plus puissants au monde et où son militantisme est actif jusqu’au coeur des universités. Staune prend pour un signe des temps les errements de l’association américaine pour l’avancement des sciences (celle qui édite le journal Science) qui organise des colloques sur les « questions cosmiques » et fait ses unes sur le « réchauffement science-religion ». S’est-il seulement demandé s’il fallait importer en France les conséquences sociales d’une Amérique non laïcisée ? Fort de l’argument d’autorité du grand-frère américain, et accompagné d’une brochette de Nobels, Staune ira inviter les scientifiques vedettes de notre hexagone, pour causer humanisme. On vous flatte, et vous vous trouvez pris au piège sur la « photo de famille ». Votre nom servira au crédit que d’autres porteront au prochain colloque. En 1992, André Adoutte et Pierre-Henri Gouyon, tous deux alors Professeurs à l’Université de Paris XI, se sont fait piéger en allant contre-argumenter les propositions de l’UIP au Sénat. Ils ne sont pas particulièrement enchantés de voir figurer leur nom sur la cassette vidéo. La formule semble bien fonctionner. Le colloque du mois d’avril 1999 était honoré de la présence de nouvelles personnalités comme le Directeur du Muséum National d’Histoire Naturelle de l’époque, Henry de Lumley, et la série de conférences « Science, conscience et sens » de Jean-Didier Vincent, Antoine Danchin et Jean-Marc Lévy-Leblond.

Parmi ceux-ci, les deux derniers ont témoigné de leur surprise lorsqu’un article (Lecointre, 1999a) relata leur participation, et dirent s’être fait piéger. L’UIP piège donc, mais certainement pas tout le monde. Les nouveaux-venus ou les occasionnels côtoient ainsi les scientifiques permanents de l’organisation, Bernard d’Espagnat, Christian de Duve, Jean-Pierre Luminet, Ilya Prigogine, Anne Dambricourt-Malassé, Trinh Xuan Thuan, Jean-Marie Pelt... Les nouveaux scientifiques (ou assimilés comme tels) français du cru 2000 sont Jacques Vauthier, Bruno Guiderdoni, Dominique Laplane, Philippe Pignarre, Basarab Nicolescu, Antoine Andremont, Tobie Nathan, Philippe Queau. Dans le milieu de la philosophie et des sciences humaines, l’UIP va ratisser dans le camp opposé à celui de Alan Sokal et Jean Bricmont. En philosophie, elle importe ce qu’il y a de plus médiatique, Luc Ferry et André Comte-Sponville (pour plus de détails, voir le livre récent de Jean-François Raguet : De la pourriture, Ed. L’insomniaque). Bruno Latour viendra porter la lumière relativiste sur tout ça. Dans une société où s’épanouissent les sectarismes religieux, un relativisme absurde en philosophie et en sciences sociales et les rayons d’ésotérisme à la FNAC (laquelle vend aussi l’abondante avalanche de livres des membres de l’UIP), fallait-il que la science soit contaminée ? Les repères épistémologiques s’étiolent y compris chez les scientifiques. L’Académie des sciences a perdu toute vigilance (Lécuyer, 2000). Elle publie les travaux de A. Dambricourt, dont « l’attracteur harmonique » n’est formalisé dans aucune de ses publications (voir encadré page 10), et de J. Chaline dont le programme de recherche complètement téléologiste (Lecointre, 1999b) est soutenu par les académiciens Dorst et Dercourt (Dorst qui participait en 1991 au dossier de Staune). Le secrétaire perpétuel de l’Académie, François Gros, présida même à l’automne 1997 une rencontre à Houlgate réunissant tout le gratin de l’UIP !

Lorsque la pertinence des propos se mesurent à la cote médiatique, où le vrai et le faux est affaire d’opinion personnelle et où réfuter une thèse est une atteinte à la liberté de penser, il est normal que l’intrusion spiritualiste rencontre peu d’obstacles. La conscience et le courage des scientifiques sont souvent limités par les nécessités de carrière (publications et visibilité). La conscience et le courage éditoriaux des journaux se déterminent bien plus en fonction de ce qu’écrivent les collatéraux et en fonction de la rentabilité et de l’image qu’ils se font de leurs lecteurs qu’en fonction de réelles convictions. Il est donc peu surprenant que Staune ait pignon sur rue, tant il est passé maître dans l’art de communiquer et sait, par la contamination qu’il produit, se donner des allures respectabilité.

Mis en ligne le 3 juillet 2004
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