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Éditoriaux
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Recherche médicale : le combat contre l’obscurantisme continue
n° 260 - Décembre 2003
Au fil des siècles, c’est dans la lutte constante contre la vision du corps humain comme expression d’un ordre transcendant et la maladie perçue comme punition divine, que l’étude rationnelle du corps a permis l’élaboration de la recherche médicale scientifique. C’est aussi en se dégageant de la pensée religieuse que l’étude concrète et méthodique des faits sociaux alliée au développement de la bactériologie a servi de base à l’élaboration et à l’organisation de l’Hygiène publique chargée de la salubrité. Enfin, c’est grâce aux connaissances accumulées par les sciences fondamentales que la médecine passe dans les années 50 de l’impuissance à l’efficacité thérapeutique, inaugurée par les antibiotiques, les sulfamides, les neuroleptiques et la cortisone. Mais, comme le dit Claude Bernard dans son Introduction à la médecine expérimentale en 1865, « une main habile sans la tête qui la dirige est un instrument aveugle ; la tête sans la main qui réalise reste impuissante » et, sans l’accès aux soins rendu possible par la création de la Sécurité Sociale et de la Médecine du Travail en 1945, qui concrétisent la mutation de la charité en solidarité, cette transformation fondamentale serait restée sans effets. C’est aussi vers cette époque que les structures hospitalières, de lieux d’accueil pour indigents, deviennent des centres de soins et de recherche. Mais si la pratique médicale en est transformée, la confrontation idéologique entre approche rationnelle et pensée mystique continue. Dans les années 50 et 60 la pilule contraceptive déclenche d’âpres affrontements. Pour la première fois, un médicament n’avait pas pour but unique de soigner, mais participait à une nouvelle étape de l’hominisation, la maîtrise de la procréation, ce qui représentait un double scandale : La fin du XX e siècle sera marquée par le développement de la procréation médicalement assistée, l’essor de la biologie moléculaire et l’envol des neurosciences. Le comité d’éthique, où siègent philosophes, juristes et théologiens, est le lieu de débats portant sur la vie, la mort et la filiation à propos de réanimation, d’euthanasie ou de clonage thérapeutique. Si le vocabulaire a changé, le fond persiste et l’on débat sur la définition de la dignité humaine à propos des embryons surnuméraires et de leurs cellules souches, ce qui est assez surréaliste dans un pays où l’avortement est légal jusqu’à douze semaines. Ces embryons constitués de quelques cellules résultent des tentatives acharnées de fécondation qui témoignent du concept purement animal de filiation motivant ceux qui les ont sollicitées [1]. Il est saisissant d’observer que le clonage de la pensée par la manipulation médiatique suscite moins de réactions. Celles-ci viendront peut-être dans les prochaines décennies, dont tout laisse à penser qu’elles verront s’amplifier les recherches en neurosciences. Depuis ses origines, l’étude rationnelle du corps pour en comprendre et maîtriser les dérèglements s’inscrit dans un combat constant contre l’obscurantisme, combat dont l’issue est tributaire du contexte historique. [1] Le débat sur le clonage confirme ce mode de pensée réducteur de l’être humain à ses gènes Jean-Jacques Kupiec et Pierre Sonino, Ni Dieu ni gène, Seuil, 2000.
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