"L’élevage intensif favorise la grippe aviaire"

Dans La Recherche de décembre 2005

Vous aviez besoin d’un avis compétent, circonstancié, serein, sur cette épizootie qui s’étale à la une des médias et provoque la frayeur ? Lisez l’article de François Renaud,1 dans le mensuel La recherche de décembre 2005.

Densité de population et pauvreté génétique

François Renaud y annonce d’abord que l’épidémie était « prédite et inéluctable ». Non pas que les biologistes soient des extralucides, mais ils savaient que les conditions d’élevage intensif sont « des réacteurs biologiques à microbes ». Les concentrations de volailles répondent aux besoins croissants d’une population en augmentation rapide. Mais la densité de ces élevages va de pair avec une homogénéité génétique favorable au développement de pathogènes. La faible diversité génétique est donc une cause de l’extension rapide des épizooties. Les oiseaux migrateurs, eux, ayant échappé à une sélection par l’homme, conservent leur diversité génétique et y sont moins sensibles. Ils se font pourtant les porteurs sains du pathogène, des réservoirs. Double inconvénient pour l’homme, car sa stratégie de lutte devra passer par une prise en compte fine des diversités génétiques à la fois de l’hôte et de l’agent infectieux.

Densité de population et processus d’emballement

De plus, il existe un processus lié directement à la densité de population de l’élevage. Jusqu’à une masse critique de volailles, « le pathogène s’autorégule ». Il tue jusqu’à extinction complète des victimes et il s’éteint de lui même, faute de combattants. Au-delà d’une certaine masse critique, le processus s’emballe, le pathogène se diffuse efficacement, se multiplie, s’installe, et gagne les autres élevages où la densité des hôtes lui permettra de poursuivre ce même processus. À la question « La connaissance de l’écologie des pathogènes, c’est-à-dire les paramètres liés à leur diversité, [leurs mutations, leur réactions au milieu], peut-elle fournir des clés pour la lutte contre les maladies infectieuses ? », François Renaud répond qu’en supprimant tous les hôtes infectés, l’épizootie peut s’arrêter mais que ce n’est guère compatible avec l’économie des pays pauvres, ni avec leurs besoins alimentaires. Le même problème surgit à propos du riz. Sa variabilité naturelle étant pauvre, l’émergence d’un champignon ou d’un virus est fréquent et catastrophique pour les humains dont c’est l’aliment de base. François Renaud ne le dit pas, mais on se surprend à le penser alors que les manipulations génétiques du riz, en assurant simplement sa diversité, pourraient être une prévention contre les maladies qui affectent le riz.

Pas d’affolement

Les prédictions alarmantes de l’ONU puis de l’OMS ne sont pas à prendre à la lettre. Elles dépendent d’une foule de paramètres liés à son pathogène, comme « son taux de multiplication, son taux de transmission, sa compatibilité avec l’hôte, sa virulence ». Les annonces faites se fondent sur des modèles dont les paramètres sont tous des variables, et par conséquent, donneront des résultats qui seront eux aussi des variables. Pour autant, ces modèles ne sont pas à rejeter, ils sont à prendre pour ce qu’ils sont : des indicateurs caricaturaux, mais des indicateurs tout de même. Par ailleurs l’auteur nous enjoint à relativiser et à ne pas paniquer. « Actuellement on agite un épouvantail » : il y a eu une soixantaine de morts de la grippe aviaire, contre un enfant qui succombe au paludisme toutes les trente secondes dans le monde. Mais la peur a déjà fait des dégâts : la consommation de poulets a diminué de 20%. « Vous avez déjà une crise économique alors que pas un oiseau d’élevage n’a encore montré de symptôme sur le territoire ».

1 François Renaud est directeur de recherche au CNRS, à la tête de l’unité mixte IRD/CNRS de génétique et d’évolution des maladies infectieuses à Montpellier.

Mis en ligne le 12 janvier 2006
2449 visites

Explorer par thème


Valid HTML 4.01 Transitional CSS Valide !