Une influence de l’horoscope sur la santé des Blancs et des Chinois en Californie

par Jean-Paul Krivine - SPS n°206, novembre 1993

L’influence des astres sur le destin individuel de l’homo-sapiens reste à prouver. A l’inverse, nous avons souvent évoqué la possible influence des horoscopes sur le comportement de leurs adeptes. Imaginez un horoscope qui suggère aux Vierges d’être entreprenant en amour cette semaine. Un natif du mois de septembre se sent tout confiant à la lecture de cette prédiction. Hasard, ou bienveillance des astres... la séduction va être au rendez-vous, et justement après une audace peu coutumière chez lui. Voilà une prédiction qui se réalise, jurera notre adepte du zodiaque. C’était dans l’horoscope... Peut-être la lecture de l’horoscope a-t-elle motivé un comportement moins timide : osera avancer un esprit critique. Il est certain d’ailleurs, que si la prédiction ne s’était pas réalisée, tout aurait été oublié.

Cette influence de l’horoscope sur le comportement de ceux qui y croient, alliée à une mémoire sélective de l’être humain qui a tendance à ne se souvenir que de ce qui va dans le sens de ses attentes ou croyances, explique pour une bonne part la bonne foi de ceux qui affirment que l’astrologie marche... Dans une corrélation, il n’est pas simple d’identifier le sens de la causalité, ni même l’existence d’une causalité.

Des chercheurs de l’université de San Diego, en Californie, ont mis ces faits en évidence dans une étude des plus sérieuses, publiée par le prestigieux journal médical Lancet du 6 novembre, et citée en France par Le Quotidien du médecin.

L’étude a porté sur les registres de décès de 28 169 Sino-Américains et 412 632 Blancs entre 1969 et 1990. Le premier groupe est représentatif de la population chinoise de Californie, qui vit souvent dans des communautés relativement fermées, et très attachées à ses croyances. Précisément, l’astrologie chinoise affirme que le destin d’un individu est marqué par son année de naissance, chaque année étant associée à un élément (feu, terre, métal, eau et bois). Certains éléments prédisposeraient à certaines maladies (par exemple, 1907, année de la terre, favoriserait les tumeurs, alors que 1908, année du feu, favoriserait les maladies cardiaques).

Les auteurs de l’article du Lancet ont soigneusement étudié la corrélation de l’année de naissance avec la longévité des patients atteints de la pathologie correspondante. Ils ont mis en évidence que les Chinois atteints d’un cancer du poumon et des bronches sont morts en moyenne à 66,35 ans quand ils étaient nés dans les années « terre » (prédisposant aux tumeurs), et à 67,46 ans pour les natifs d’autres années. De même. les années « feu » sont négatives pour les malades cardiaques, dont l’espérance de vie est inférieure de 1,22 ans en conformité avec les affirmations de l’astrologie chinoise.

Troublant ! Mais que nos adeptes de l’astrologie n’y voient pas une confirmation de leur foi. La même étude faite sur l’échantillon des 412 632 blancs nés dans des conditions analogues à l’échantillon chinois, ne montre aucun effet de l’année de naissance. A moins de prétendre que l’influence des astres s’exerce seulement sur ceux qui y croient, ces résultats confirment bien que c’est la croyance qui est responsable des variations de longévité. Elle souligne la complexité de l’action des facteurs psychologiques sur la maladie, et plus généralement, sur les comportements humains.

Le commentaire accompagnant l’étude publiée par le Lancet s’interroge : « une thérapie dirigée contre le système de croyance aurait-elle pu augmenter la longévité des Chinois ? » Nous ne nous étions pas posé la question, mais peut-être notre modeste revue contribue-t-elle à augmenter l’espérance de vie de ses lecteurs... Une raison supplémentaire pour ne pas oublier de vous réabonner.

Mis en ligne le 27 novembre 2005
5708 visites

Explorer par thème


Valid HTML 4.01 Transitional CSS Valide !