Le début du déclin de deux illusions

269 - Octobre 2005

« L’heure n’est probablement plus [...] à la poursuite de recherches pour perpétuer le débat entre homéopathie et allopathie1 . Désormais, les médecins doivent être honnêtes avec leurs patients sur l’absence de bénéfice de l’homéopathie ». La prestigieuse revue médicale The Lancet s’exprime ainsi dans son éditorial (août 2005). Ce n’est pas une nouvelle étude d’un médicament homéopathique qui pousse les auteurs à cette conclusion, mais une analyse bien plus fondamentale, reconsidérant toutes les expériences antérieures (voir notre article en page xx).

Presque au même moment, un ouvrage majeur est publié aux Editions Les Arènes : Le Livre noir de la psychanalyse. Ce travail collectif rassemble, pour la première fois en langue française, l’ensemble des travaux internationaux sur l’œuvre et la théorie de Freud et de ses descendants, effectuant une synthèse critique allant des neurosciences à l’ethnopsychiatrie (voir notre première analyse en pages intérieures).

En France, les popularités de l’homéopathie et de la psychanalyse restent très importantes, mais il est probable qu’à terme, le nombre d’adeptes devraient souffrir de ces deux publications. Ainsi, le crédit de la psychanalyse a-t-il reculé dans beaucoup de pays où les travaux rapportés dans le Livre noir sont largement mieux connus, et de longue date, que dans l’hexagone (en particulier dans la littérature en langue anglaise).

Alors, qu’est-ce qui change ? Pendant presque un siècle, le statut scientifique de ces disciplines était affirmé haut et fort sans qu’aucune contestation ne soit admise, l’anathème étant souvent jeté sur les détracteurs. Pour l’homéopathie, l’étude publiée par The Lancet va sans doute marquer une rupture encore plus nette entre cette pratique et la réalité scientifique et médicale. Pour la psychanalyse, des vérités acquises pourront être revisitées, de nouvelles fenêtres dans l’étude de l’esprit humain vont s’ouvrir plus largement.

Si on peut donc se féliciter que les arguments scientifiques s’imposent dans la discussion (sur ces sujets, notre revue s’y emploie depuis des décennies), nous savons également que la pratique d’une discipline ne suit pas automatiquement la courbe de sa valeur scientifique. Mais ne nous trompons pas non plus de combat. Nous ne demandons pas l’interdiction des pilules homéopathiques. Nous souhaitons simplement que ces dernières soient ramenées, dans la politique de santé publique et dans la pratique des soins, à leur juste valeur scientifique. En clair, qu’elles soient exclues du champ universitaire et des remboursements de l’assurance maladie, qu’on cesse de faire passer les granules homéopathiques pour des médicaments. Mais la pratique individuelle relève du choix personnel de chacun.

Pour la psychanalyse, libre aussi à chacun d’aller consulter son psychanalyste, s’il est clairement informé des différentes pratiques psychothérapeutiques et de leurs résultats. Mais que soit mis un point d’arrêt à l’invasion psychanalytique dans la vie publique (tribunaux, entreprises, médecine), et qu’une base scientifique avérée soit requise avant l’utilisation d’une quelconque technique ou méthode dans ces contextes. Notons que les progrès en psychiatrie, psychologie scientifique, neurosciences et sciences cognitives font reculer régulièrement la psychanalyse, et avec elle les chimères qui l’aidaient à prospérer.

1 Si l’éditorial du Lancet utilise le terme « allopathie » pour désigner la médecine, l’article auquel il est fait référence se garde bien d’utiliser une expression inventée par les homéopathes et préfère le terme de « médecine conventionnelle ».

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