Regards sur la science

Le Conseil scientifique de l’Éducation nationale

Kévin Moris - Science et pseudo-sciences n°324 - avril / juin 2018

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, vient de créer le « Conseil scientifique de l’Éducation nationale », dont le rôle spécifique est d’apporter un éclairage scientifique sur l’enseignement [1]. C’est une démarche fréquente dans certains ministères, sans doute plus rare dans celui-ci, ce qui est donc à saluer. Plus nos hommes politiques se tournent vers les connaissances établies, plus leurs décisions seront, on peut l’espérer, judicieuses. Même s’il est certain que bien d’autres considérations s’invitent dans les décisions à prendre, notamment sur ce sujet !

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Une leçon en classe, Productions Philippe Rossignol

Au-delà des personnalités nommées dans ce conseil1, c’est bien la philosophie du projet qui est notable, puisque la démarche s’affiche résolument comme une sorte d’« EBE » : une evidence-based education, sur le modèle de la médecine basée sur les preuves (EBM). Ce conseil, composé d’acteurs variés et complémentaires (dont l’approche n’est pas majoritairement « neuro-scientifique », comme on l’a dit, puisqu’il comprend aussi des philosophes, économistes, sociologues, linguistes...), fera des recommandations pour aider l’institution scolaire et éclairer les décideurs politiques sur les meilleurs mécanismes d’apprentis¬sage, sur les grands enjeux éducatifs et sur les dernières avancées de la recherche en ces domaines. La France rejoint ainsi les pays (plutôt anglo-saxons, tels le Royaume-Uni, l’Australie ou les États-Unis) ayant décidé de ne pas laisser l’éducation, enjeu crucial de toute société moderne, se débattre dans les batailles idéologiques ou les idées préconçues sans avoir d’éléments tangibles pour trancher entre diverses approches. Bien souvent, les études sont là, et les spécialistes sont au travail (pensons à la fameuse « méthode globale » pour l’apprentissage de la lecture, par exemple, que seule une approche idéologique avait pu défendre à une époque). Mais il manquait une structure comme ce conseil pour réunir et porter au premier plan l’approche pragmatique nécessaire. Nous lui souhaitons succès et efficacité, en espérant bien sûr qu’une amélioration notable de notre système éducatif découlera de son existence et de ses travaux.

Référence [1] « Installation du Conseil scientifique de l’Éducation nationale », mercredi 10 janvier 2018, en ligne sur education.gouv.fr

1 La revue SPS s’honore d’avoir publié des textes de certains d’entre eux.

Mis en ligne le 4 septembre 2018
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