De l’origine de l’Univers à l’origine de la vie

Une virgule dans l’espace-temps

Note de Christine Mourlevat-Brunschwig

De l’origine de l’Univers à l’origine de la vie
Une virgule dans l’espace-temps
Sylvie Vauclair
Éditions Odile Jacob, 2017, 188 pages, 22,50 €

Le vertige nous saisit devant toutes les découvertes actuelles. Quelle est l’importance de l’Homme dans cet Univers si vaste, s’offrant désespérément à portée de télescope ? Chacun doit affronter cet immense malaise : qui sommes-nous, quel est le sens de la vie sur Terre, de notre vie ? Sommes-nous une virgule, une respiration, une ponctuation active ? Sylvie Vauclair, astrophysicienne à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie, tente de faire le point dans cet ouvrage avec une synthèse du parcours de la matière, de sa formation dans les étoiles à son implication dans la constitution du vivant. Les nouvelles connaissances nous conduisent à repenser notre existence dans le cosmos, au sein du gigantesque espace-temps dont nous faisons partie. Le temps lui-même n’est que partiellement saisissable selon les échelles que l’on adopte. En suivant la piste donnée par Carlo Rovelli – l’émergence du temps se produirait lorsque commence l’évolution irréversible d’entités de plus en plus complexes –, Sylvie Vauclair compose son ouvrage autour du concept de temps, le temps de l’Univers, le temps des planètes, le temps de la vie, avec de passionnantes réflexions sur ce que pourrait être la nature du temps. Les équations qui régissent la description d’un proton n’ont pas de variable temps, mais d’autres l’ont, comme celles décrivant une molécule qui appartient à une organisation et se trouve donc soumise aux lois de la thermodynamique et à des états statistiques. Le temps interviendrait alors comme phénomène émergent à partir de la mécanique quantique et de la thermodynamique. Le temps de l’Univers ne dure pas plus d’un quart d’heure, de sa naissance à la fin de la nucléosynthèse primordiale. C’est déjà le début des processus nucléaires qui conduiront à la composition de la matière qui est la nôtre. La matière d’une galaxie s’enrichira alors en éléments lourds, grâce aux étoiles qui s’y forment et y meurent en permanence. Viendra ensuite le temps des planètes, la Terre saupoudrée d’eau par les comètes, le temps de la vie, avec toujours ce défi intact pour nous de comprendre le passage de l’inerte au vivant. En biologie, on constate l’existence du vivant, on l’étudie, on le caractérise, sans le définir complètement. L’auteur nous plonge alors dans le microcosme des structures, l’ADN avec ses deux brins qui s’apparient grâce à ses bases azotées, l’ARN, stupéfiant messager qui s’organise comme une réplique d’un gène en négatif. Nous voilà à nouveau pris de vertige devant ces constructions moléculaires à l’efficacité redoutable. Les viroïdes, plus petits éléments pathogènes de la Terre, sont des portions d’ARN nu, sans protéines ni membranes, peut-être les vestiges d’un monde ayant précédé celui du vivant. La vie aurait pu émerger dans une sorte de combat qui continue avec nos maladies virales. Comme pour la recherche de l’origine de l’Univers, nous atteignons la limite de nos connaissances actuelles. Nous ne sommes donc pas que des poussières d’étoiles, mais des organismes très structurés, construits, certes, à partir de poussières, mais infiniment plus complexes. C’est l’organisation extrêmement sophistiquée des éléments chimiques qui nous confère toutes nos caractéristiques. La qualité des informations choisies, le style limpide et entraînant de Sylvie Vauclair permettront à tous de s’initier, avec un vrai plaisir intellectuel, à cette exploration captivante des frontières de notre savoir.

Mis en ligne le 26 juin 2018
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