Biodégradation des matériaux

Quels risques pour la santé et l’environnement ?

Note de Kévin Moris- SPS n°324, avril / juin 2018

Biodégradation des matériaux
Quels risques pour la santé et l’environnement ?
Jean Guézennec (coord.)
Éditions Quæ, 2017, 119 pages, 17,50 €

Jean Guézennec a travaillé longtemps comme chercheur sur les biofilms bactériens et les biotechnologies marines1. Il est coordonnateur et auteur principal de ce petit ouvrage traitant de la biodégradation des matériaux et auquel d’autres chercheurs ou ingénieurs du domaine ont contribué.

L’être humain conçoit et utilise de nombreux matériaux, notamment pour améliorer son confort de vie : métaux et alliages, bétons, plastiques, verres, céramiques… sont utilisés dans les constructions, les moyens de transports, les chaînes de production industrielle, les réseaux de distribution de l’eau et de gaz, etc. La corrosion2 de ces matériaux avec le temps présente un coût certain, de l’ordre de « 3 à 4 % du PIB  » (p. 13), et, si elle n’est pas identifiée et corrigée, peut entraîner des dommages environnementaux ou des accidents industriels.

La dégradation physique des matériaux est assez bien appréhendée, sauf pour ce qui concerne la corrosion induite par la présence de micro-organismes : « cette corrosion reste encore mal appréciée par les ingénieurs et concepteurs de structures  » (p. 21). Les auteurs expliquent alors de façon détaillée comment la colonisation progressive d’un matériau par des bactéries (en grande quantité, elles finissent par former une couche structurée appelé biofilm) peut accélérer sa dégradation : on parle alors de biodégradation.

Tous les types de matériaux sont abordés. D’abord, les matériaux de construction, avec le cas particulier des monuments historiques : « une part importante de notre héritage culturel mondial disparaît, certes lentement mais irréversiblement  » (p. 54). Ensuite, les matériaux plastiques, omniprésents dans notre quotidien3. Et enfin, l’ensemble des matériaux (aciers inox, polymères, bétons, aluminium…) qui sont utilisés dans l’industrie agroalimentaire, le contact avec des aliments induisant des contraintes supplémentaires.

Des recherches sont encore nécessaires pour mieux comprendre tous ces phénomènes afin d’empêcher ou de ralentir cette biodégradation. Les auteurs présentent néanmoins des méthodes qui sont déjà mises en œuvre pour cela : utilisation de biocides, protection par des revêtements de surface, contrôle de la croissance bactérienne ou de la nature des micro-organismes présents, etc.

Pour chacun des chapitres, une liste détaillée de références est donnée, mais les renvois dans le corps du texte sont absents, ce qui est peu pratique pour le lecteur qui voudrait approfondir certains points.

Finalement, cet ouvrage est très riche en informations, mais certains développements techniques4 obligent à recommander le livre pour des lecteurs ayant une bonne culture scientifique.

1 J. Guézennec a publié chez le même éditeur Bactéries marines et biotechnologies en 2014.

2 Le terme « corrosion » est utilisé dans un sens plus large que la seule oxydation d’un métal ou d’un alliage métallique : il s’agit de désigner ainsi la dégradation de n’importe quel matériau.

3 Pour l’anecdote, les rideaux de douche, les éponges et les machines à laver sont trois objets de notre quotidien où le développement de biofilms bactériens est inévitable, dès lors que de l’humidité persiste.

4 Une aide cependant : de nombreux termes sont explicités dans un glossaire à la fin de l’ouvrage.

Mis en ligne le 13 juillet 2018
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