La plus grande histoire jamais contée

Des origines de l’univers à la vie sur Terre

Note de Philippe Le Vigouroux- SPS n°324, avril / juin 2018

La plus grande histoire jamais contée
Des origines de l’univers à la vie sur Terre
Muriel Gargaud (dir.)
Belin, 2017, 219 pages, 28 €

Ce beau livre pluridisciplinaire1 présente les jalons du grand récit de l’évolution de notre univers, ou plutôt de ses évolutions, complexes et imbriquées, à toutes les échelles. Des changements touchent aussi la science, nous est-il expliqué dans l’avant-propos : d’abord « science simple », l’étude de systèmes relativement isolés, devenue « science complexe » du XXIe siècle, caractérisée par une approche plus globale des interdépendances à l’œuvre. L’ouvrage est magnifiquement illustré, souvent de photographies ou, quand le sujet ne s’y prête pas, de reconstitutions et de « vues d’artistes ». La mise en page associe, face à l’illustration, un court texte explicatif, accessible, décrivant l’importance de l’étape considérée.

Le récit commence il y a 13,8 milliards d’années, 10-43 secondes après le temps de Planck, «  début du récit que la physique et la cosmologie sont capables de reconstituer » (p. 11) : avant, c’est l’inconnu, après, les modèles de Big Bang ont des scénarios à proposer. Il s’achève avec un rapide état des lieux sur la découverte récente des exoplanètes et une ouverture sur l’avenir de la vie sur Terre, de la Terre et de l’Univers. Entre ces deux termes de « la plus grande histoire jamais contée » sont évoqués près de 90 événements-jalons qu’on ne peut tous citer ici. Après diverses étapes de la formation d’étoiles et de galaxies, ce sont celles de la formation du Soleil, du système solaire, de la Terre, de la Lune, de la matière organique et du vivant sur Terre qui sont présentées. La suite est centrée sur l’évolution, en interaction, de la Terre et de ses habitants. Sont abordés les premiers continents, les premiers microorganismes et leurs traces géologiques, l’apparition des cellules eucaryotes (cellules compartimentées), puis la faune d’Ediacara (il y a entre 635 et 541 millions d’années), l’explosion cambrienne, les « sorties des eaux », les premiers Mammifères et les dinosaures à plumes, les crises dont celle d’il y a 65 millions d’années... et enfin l’apparition du genre humain et son évolution jusqu’à la sixième extinction : «  le phénomène d’extinction est devenu aujourd’hui très massif. Même s’il est difficile à estimer de manière précise à cause de notre connaissance encore partielle de la biodiversité, le taux d’extinction d’espèces semble en accélération constante depuis la révolution industrielle et, surtout, depuis les années 1950 » (p. 193).

L’organisation du livre, sans doute du fait de l’adoption d’un mode de récit chronologique et de la focalisation progressive sur l’être humain, donne l’étrange impression d’une merveilleuse évolution dirigée, au cours de laquelle tout tend vers l’apparition de l’être humain puis vers la destruction de son environnement par celui-ci. Malgré cela, et en dépit de la vision pessimiste de la science « simple »2 – qui a quand même permis d’acquérir l’essentiel des connaissances scientifiques fascinantes distillées dans ces pages –, il s’agit d’un bien bel ouvrage pour qui est curieux des origines de notre monde naturel.

1 L’ouvrage offre les contributions de onze auteurs, astrophysiciens (Sylvain Bontemps, Muriel Gargaud, Marc Lachièze-Rey), chimiste (Grégoire Danger), planétologue (Aurélien Crida), paléontologues (Emmanuelle Javaux, Pascal Tassy), géologue (Hervé Martin), biologistes (Purificación López-García, David Moreira), géomicrobiologiste (Jennyfer Miot).

2 «  Les limitations à nos approches du monde se révèlent être partiellement responsables des crises que nous traversons » [réchauffement climatique, extinction de nombreuses espèces] (p. 9).

Mis en ligne le 11 juillet 2018
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