Introduction

Homéopathie : Sa popularité n’est pas preuve d’efficacité

Jean-Paul Krivine - SPS n°324 - avril / juin 2018

Vieille de deux siècles, l’homéopathie reste très populaire, en particulier en France. Pour autant, cette popularité ne constitue en rien une quelconque preuve d’efficacité. Depuis près de deux cents ans, alors que la science a progressé et que la médecine moderne s’est constituée sur la base de protocoles de validation de plus en plus précis (ce qu’on appelle l’evidence based-medicine, ou médecine fondée sur les preuves), l’homéopathie en est restée à des concepts préscientifiques. Mais surtout, les évaluations entreprises de façon systématique ces dernières décennies concluent toutes à l’absence d’efficacité comparée à un placebo. Citons l’une des dernières en date, celle conduite en 2015 par l’Institut australien de la santé qui a examiné 57 méta-analyses (une méta-analyse étudie l’ensemble de la littérature sur un traitement donné, un médicament donné) et qui conclut ainsi : « Aucune preuve fiable d’une efficacité de l’homéopathie chez l’Homme n’a été trouvée pour le traitement de l’une des maladies considérées dans les différentes études » [1].

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Dans ce dossier de Science et pseudo-sciences, nous revenons sur ce sujet avec trois contributions. Tout d’abord, un entretien (réalisé pour le JIM.fr) avec François Chast, président honoraire de l’Académie de pharmacie, qui revient sur la place de l’homéopathie en France.

Ensuite, nous relatons le parcours de Natalie Grams, homéopathe allemande qui, en voulant prouver le sérieux de sa discipline à la lumière de la connaissance scientifique, a en réalité découvert… son absence de fondement.

Enfin, nous reproduisons un appel récent de 124 professionnels de santé dénonçant la reconnaissance officielle de certaines « fake medecines » et appelant à une séparation claire entre médecine fondée sur les preuves et pseudo-sciences. Cette tribune a suscité de très nombreuses réactions. Sans surprise, le Syndicat national des homéopathes de France (SNMHF) a dénoncé la « nature diffamatoire de cette attaque ». S’il a jugé « inutile » de répondre aux arguments médicaux, il met en avant trois éléments en défense de la pratique de ses membres : les millions de patients en France qui ont recours à l’homéopathie, le nombre de prescripteurs et l’affirmation que cette pratique évite l’usage de médicaments plus invasifs et plus coûteux.

La popularité d’une discipline n’a jamais constitué la preuve de son efficacité, et le nombre de praticiens peut aussi s’expliquer par une forte demande. En médecine scientifique, c’est d’abord l’efficacité évaluée qui compte. Quant aux économies alléguées, elles sont largement discutables. D’une part, il n’a jamais été question d’interdire l’homéopathie et ceux qui souhaitent y avoir recours pourront toujours le faire. Mais, d’autre part, pourquoi son non-remboursement pousserait-il des personnes adeptes d’une thérapeutique qu’ils estiment plus douce ou plus naturelle vers des médicaments souvent perçus par eux comme inutilement agressifs ? Le problème d’une utilisation adaptée et raisonnée des médicaments passe probablement plus par une éducation des patients et des praticiens que par de belles fables sur les dilutions infinitésimales. Là aussi, explication, confiance et transparence sont des éléments clés d’une relation médicale où le respect des patients suppose d’abord de lui donner accès aux prises en charge adaptées et validées, ainsi qu’à l’information complète sur ce qui lui est proposé.

Jean-Paul Krivine

[1] « Selon l’agence australienne de santé, l’homéopathie : pas mieux qu’un placebo » traduction de la déclaration du NHMRC australien (mars 2015), sur afis.org,

Dans un appel initialement publié dans Le Figaro (18 mars 2018), 124 professionnels de santé s’inquiètent du développement des pseudo-médecines et de ses conséquences dans le domaine de la santé (par exemple, avec les mouvements anti-vaccins). Ils dénoncent la passivité des institutions (Conseil national de l’ordre des médecins, certaines facultés ou hôpitaux et pouvoir législatif) qui leur accordent une place croissante dans le système de soin et leur font bénéficier de statuts dérogatoires

Nous reproduisons ici le texte dans son intégralité. Il peut être consulté sur le site du mouvement

(fakemedecine.blogspot.fr).

Le serment d’Hippocrate est l’un des plus anciens engagements éthiques connus. Il exige du médecin d’offrir les meilleurs soins possibles et de la façon la plus honnête. Ces deux exigences lui imposent de chercher sans cesse à améliorer ses connaissances, et d’informer ceux qui font appel à ses soins sur ce qu’il peut raisonnablement proposer, ainsi que sur ce qui est inutile ou contre-indiqué.

Il est facile et valorisant d’afficher son savoir. Il est bien plus difficile d’expliquer et d’accepter ses limites. La tentation peut alors être grande de pratiquer des soins sans aucun fondement scientifique. Cette tentation a toujours existé. Elle a été, et est toujours, nourrie par des charlatans en tout genre qui recherchent la caution morale du titre de médecin pour faire la promotion de fausses thérapies à l’efficacité illusoire.

L’obligation d’honnêteté est inscrite dans les codes de déontologie des professions médicales et le code de la santé publique (article 39 du code de déontologie, article R.4127-39 du code de la santé publique) :

• ils interdisent le charlatanisme et la tromperie, imposent de ne prescrire et distribuer que des traitements éprouvés ;

• ils proscrivent aussi l’usage de remèdes secrets ou ne mentionnant pas clairement les substances qu’ils contiennent.

Le Conseil de l’ordre des médecins est chargé de veiller à ce que ses membres n’utilisent pas leur titre pour promouvoir des pratiques dont la science n’a jamais pu prouver l’utilité, voire qui présentent une certaine dangerosité. Il doit veiller à ce que les médecins ne deviennent pas les représentants de commerce d’industries peu scrupuleuses. Il doit sanctionner ceux ayant perdu de vue l’éthique de leur exercice.

Pourtant en 2018, l’ordre des médecins tolère des pratiques en désaccord avec son propre code de déontologie et les pouvoirs publics organisent voire participent au financement de certaines de ces pratiques.

Face à des pratiques de plus en plus nombreuses et ésotériques, et à la défiance grandissante du public vis-à-vis de la médecine scientifique, nous nous devions de réagir avec force et vigueur.

L’homéopathie, comme les autres pratiques qualifiées de « médecines alternatives », n’est en rien scientifique. Ces pratiques sont basées sur des croyances promettant une guérison miraculeuse et sans risques. En septembre 2017, le Conseil scientifique des académies des sciences européennes a publié un rapport confirmant l’absence de preuves de l’efficacité de l’homéopathie. Dans la plupart des pays développés, les médecins se voient interdire de prescrire des produits homéopathiques.

Les thérapies dites « alternatives » sont inefficaces au-delà de l’effet placebo, et n’en sont pas moins dangereuses.

• Dangereuses, car elles soignent l’inutile en surmédicalisant la population et en donnant l’illusion que toute situation peut se régler avec un « traitement ».

• Dangereuses, car elles alimentent et s’appuient sur une défiance de fond vis-à-vis de la médecine conventionnelle comme le montrent les polémiques injustifiées sur les vaccins.

• Dangereuses enfin, car leur usage retarde des diagnostics et des traitements nécessaires avec parfois des conséquences dramatiques, notamment dans la prise en charge de pathologies lourdes comme les cancers. Ces pratiques sont également coûteuses pour les finances publiques.

• Des formations sont assurées dans des structures recevant de l’argent public.

• Des consultations sont ouvertes dans des hôpitaux, aux dépens d’autres services. Certains de ces traitements sont pris en charge par l’assurance maladie largement déficitaire.

• Ainsi, les produits homéopathiques peuvent être remboursés à 30 % (et jusqu’à 90 % en Alsace-Moselle) avec un statut dérogatoire les dispensant de prouver leur efficacité.

• Ceci finance une industrie prospère dont les représentants n’hésitent pas à insulter gravement ceux qui les critiquent (« Il y a un Ku Klux Klan contre l’homéopathie » accusait le président du leader mondial du secteur, Christian Boiron, dans le journal Le Progrès du 15 juillet 2016) ou à balayer d’un revers de main les exigences de preuves scientifiques.

De ces pratiques qui ne sont ni scientifiques, ni éthiques, mais bien irrationnelles et dangereuses, nous souhaitons nous désolidariser totalement.

Nous demandons instamment au Conseil de l’ordre des médecins et aux pouvoirs publics de tout mettre en œuvre pour :

  • ne plus autoriser à faire état de leur titre les médecins ou professionnels de santé qui continuent à les promouvoir ;
  • ne plus reconnaître d’une quelconque manière les diplômes d’homéopathie, de mésothérapie ou d’acupuncture comme des diplômes ou qualifications médicales ;
  • ne plus faire produire en Faculté de Médecine ou dans les établissements de formation de santé des diplômes appuyés sur des pratiques dont l’efficacité n’aura pas été scientifiquement démontrée ;
  • ne plus rembourser par les cotisations sociales les soins, médicaments ou traitements issus de disciplines refusant leur évaluation scientifique rigoureuse ;
  • encourager les démarches d’information sur la nature des thérapies alternatives, leurs effets délétères, et leur efficacité réelle ;
  • exiger de l’ensemble des soignants qu’ils respectent la déontologie de leur profession, en refusant de donner des traitements inutiles ou inefficaces, en proposant des soins en accord avec les recommandations des sociétés savantes et les données les plus récentes de la science, en faisant preuve de pédagogie et d’honnêteté envers leurs patients et en proposant une écoute bienveillante.
Mis en ligne le 5 juin 2018
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