Mécénat scientifique : les plateformes de diffusion des résultats

par Hervé Maisonneuve - SPS n°322, octobre / décembre 2017

L’ancien modèle de revues principalement contrôlées par des sociétés savantes et des comités de rédaction est-il en voie de disparition ? Cette question mérite d’être posée avec l’arrivée de nouveaux modèles de diffusion des résultats associés au mécénat scientifique.

La fondation Bill & Melinda Gates a annoncé pour septembre/octobre 2017 le lancement de Gates Open Research (gatesopenresearch.org). Il s’agit de proposer (imposer ?) aux chercheurs financés par cette fondation de déposer leurs manuscrits le plus tôt possible sur une plateforme, et ceci pour tous les projets quels que soient les résultats.

La gestion des manuscrits est sous-traitée à une plateforme connue : F1000Research (sciences de la vie). Cette plateforme en accès ouvert fonctionne depuis 2013 avec un droit payé par les auteurs (1 000 dollars à partir de 2 500 mots). Le délai de mise en ligne est d’une semaine et le dépôt est accepté sous réserve que les méthodes soient complètes, que les données sources soient jointes, qu’il n’y ait pas de manquement aux règles éthiques et que le texte soit intelligible.

Le manuscrit est soumis à relecture par des pairs proposés par les auteurs et par des pairs volontaires. Tous les lecteurs qui le souhaitent peuvent commenter. La plupart des relecteurs proviennent d’un pool dont certains s’abonnent à des alertes les informant du dépôt d’un manuscrit les intéressant. Les avis sont mis en ligne, et signés, donc tout est transparent. Les auteurs peuvent modifier leur manuscrit en tenant compte des avis et peuvent actualiser leur manuscrit au cours du temps. Il n’y a pas d’intervention formelle d’un comité de rédaction sur les manuscrits qui, tous, restent en ligne, avec toutes les versions successives.

Il ne s’agit pas d’une revue scientifique et aucun facteur d’impact n’est attribué. La politique de F1000Research se résume en quelques points : publication rapide, transparence totale, publication de toutes les recherches, ouverture des données sources.

Ce modèle de plateforme n’est pas nouveau. Une importante fondation de recherche, le Wellcome Trust au Royaume-Uni, l’a adopté (Wellcome Open Research, wellcomeopenresearch.org). Les bénéfices de ce modèle ont été décrits pour les chercheurs (les auteurs et non des rédacteurs décident de publier, les auteurs choisissent les relecteurs, toutes les recherches sont publiées), pour la recherche (changement de la façon d’évaluer qui n’est plus corrélée à un facteur d’impact ou une notoriété de revue, mais sur la valeur intrinsèque des travaux présentés) et pour la société (collaboration facilitée grâce à la transparence et la mise à disposition des données sources, diminution du gaspillage et réduction des biais).

Est-ce une évolution dans la manière de diffuser les résultats de toutes les recherches ? Est-ce un modèle pour les financeurs qui veulent diffuser les résultats de toutes leurs recherches ? En principe, une publication sur ces plateformes ne doit pas être dupliquée par une soumission à une revue scientifique. En cas de co-financement d’une recherche, que vont faire les auteurs ? Est-ce un modèle propre aux sciences de la vie ? L’avenir nous le dira.

Ces plateformes ne doivent pas être confondues avec les archives ouvertes utilisées dans de nombreuses disciplines et qui permettent un dépôt de manuscrits acceptés par des comités de rédaction de revues (ou en attente d’être soumis à une revue). Des institutions ont créé de telles archives, comme par exemple, en France, HAL (Hyper articles en ligne, hal.archives-ouvertes.fr).

Mis en ligne le 11 avril 2018
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