Publications scientifiques : des résumés pour le grand public ?

par Hervé Maisonneuve - SPS n°322, octobre / décembre 2017

Cette question ne peut avoir de réponse univoque. Avec les évolutions technologiques et l’accès gratuit à un nombre croissant de revues scientifiques, l’ouverture au grand public des résultats de la recherche progresse : pour une revue biomédicale comme le JAMA (Journal of the American Medical Association), 60 à 75 % des tweets relatifs à un article proviennent du grand public. Le développement des sciences participatives engage des citoyens dans des expériences. Dans la plupart des domaines de la science, des citoyens peuvent être acteurs, évaluateurs, financeurs, etc. S’ils accèdent plus facilement aux données, ont-ils cependant toutes les compétences pour évaluer le contenu des articles ? D’où l’idée d’ajouter aux publications scientifiques un résumé pour le grand public.

Est-ce réaliste, est-ce souhaitable ? Les auteurs des articles ne sont pas obligatoirement de bons communicants. Ne faut-il pas laisser aux journalistes scientifiques ce rôle de vulgarisation ? Des résumés sont parfois intégrés à l’article, parfois déposés sur des blogs associés à la revue. Avec des noms très variables (lay summary, highlights, patient summary, lay abstract, research digest, plain language summary, general scientific summary, plain English summary), ils ne correspondent en général pas au plan très codifié des articles (introduction, méthodes, résultats, conclusion). Ce ne sont pas non plus des communiqués de presse. Des revues comme eLife ont des rédacteurs dédiés, d’autres donnent des instructions aux auteurs qui se doivent de soumettre ce type de résumé à la revue.

Ainsi, en cinq ans et tous domaines confondus, eLife a déjà publié plus de 2 400 « eLife Digests » (d’une longueur moyenne de 247 mots). La revue justifie cette politique en soulignant que chaque profession a ses jargons, que les mots techniques des articles doivent être traduits en langage simple, que les objectifs et résultats d’une recherche doivent être expliqués aux financeurs qui ne sont pas toujours représentés par des chercheurs du domaine et qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une qualification scientifique pour s’intéresser à une recherche. Ces résumés permettent aux scientifiques de disciplines différentes d’échanger entre eux (un biologiste des plantes n’est pas un expert en neuroscience et inversement). Les auteurs de ces résumés apprennent à s’adresser au grand public et à se focaliser sur l’intérêt de leurs recherches pour le citoyen (quand un citoyen a connaissance d’une recherche, il veut savoir ce qui est utile pour lui). Cette pratique se développe, avec environ 60 revues ou maisons d’éditions (dont des groupes comme PLOS) publiant de tels résumés.

Il s’agit là, cependant, d’arguments provenant des revues qui font la promotion de ces résumés grand public. N’y aurait-il pas des biais inhérents à cette pratique ? Les auteurs ne vont-ils pas défendre leur travail ? Infléchir la portée et la signification de leurs résultats ? Est-ce réellement utile ? Ne faut-il pas limiter cette pratique aux articles de synthèse ? Comment le public peut-il interpréter les résultats d’une expérimentation ?


Références

King SFR, Pewsey E, Shailes S, “Plain-language summaries of research : An inside guide to eLife digests”, eLife, 2017, 6:e25410.
Kuehn BM, “Plain-language summaries of research : The value of a healthy relationship”, eLife, 2017, 6:e25412.
Rodgers P, “Plain-language summaries of research : Writing for different readers”, eLife, 2017, 6:e25408.
Shailes S, “Plain-language summaries of research : Something for everyone”, eLife, 2017, 6:e25411.

Mis en ligne le 9 avril 2018
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