L’infâme revient !

Inepties et faux arguments contre les sciences du vivant

Note de Philippe Le Vigouroux - SPS n°323, janvier / mars 2018

L’infâme revient !
Inepties et faux arguments contre les sciences du vivant
Claude Lafon
Les Éditions Persée, Coll. L’arbre du savoir, 2017, 101 pages, 12,20 €

Agrégé de biologie, Claude Lafon a été professeur en classe préparatoire aux grandes écoles. Il reprend ici un certain nombre d’idées reçues répandues dans le public, souvent diffusées par les médias, et de pseudo-arguments avancés par les tenants d’une conception créationniste du vivant.

La première partie de son ouvrage corrige les erreurs concernant la science et l’évolution. Par exemple, à ceux qui affirment que l’évolution biologique n’est qu’une théorie parmi d’autres, l’auteur explique : « Une théorie n’est pas une hypothèse (…). Elle est une synthèse explicative, un ensemble cohérent d’idées, de faits, de méthodes, de notions et de principes, de causalités, de lois et même d’hypothèses, qui représente un bilan relatif mais consensuel des connaissances acquises à une époque donnée dans un domaine de la recherche » (p. 11). Il discute aussi la place de la moralité, le finalisme, la notion de progrès et celle d’adaptation dans le contexte de l’évolution.

Dans la deuxième partie, axée sur la place de l’humain dans la nature, il descend celui-ci du piédestal sur lequel les religions l’avaient placé pour le réintégrer au milieu des autres espèces dans une nature qui n’est pas toujours bien faite et qui ne doit pas être idéalisée. Il aborde aussi les différences biologiques entre hommes et femmes, montrant que « biologiquement, la primauté du sexe femelle est indéniable » (p. 34).

La troisième partie du livre est consacrée à la génétique et à l’explication universelle qu’on lui attribue souvent : « C’est dans son ADN ! ». Claude Lafon remet les choses à leur juste place : « l’individu résulte de cette information détenue dans ses gènes, dans des conditions précises, en interaction avec l’environnement et l’histoire individuelle  » (p. 57). Il revient aussi sur un scoop médiatique concernant le cerveau prétendument programmé pour « croire en Dieu ».

Enfin, dans la dernière partie du livre « Sur la vie et le vivant » et finalement sur la mort aussi, l’auteur éclaire par les connaissances biologiques un certain nombre d’affirmations religieuses comme « La vie commence dès la fécondation », « L’embryon est un être humain », « Nous retournerons à la poussière », « Il existe une vie après la mort » : « la vie ne commence pas, elle est transmise, elle se prolonge sans discontinuité, elle ne naît pas à chaque génération » (p. 78). Quelques pages sont aussi consacrées à la signification biologique du vieillissement et son lien avec la reproduction.

Si l’objectif revendiqué de l’ouvrage est de dénoncer les affirmations de l’Intelligent Design en faisant la part entre la croyance et la connaissance, il constitue un outil très utile pour comprendre des concepts qui posent aussi problème en dehors de ce contexte religieux : les notions d’adaptation et de finalisme, de progrès, de théorie, etc., sont reprises souvent, de façon erronée, dans les médias et dans la pensée commune. Et si l’on peut regretter l’absence de référence pour qui souhaiterait approfondir les aspects traités, ce livre permet d’y voir clair en expliquant les processus biologiques en jeu.

Mis en ligne le 27 avril 2018
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