La civilisation des nanoproduits

Note de Kevin Moris - SPS n°323, janvier / mars 2018

La civilisation des nanoproduits
Jean-Jacques Perrier
Belin, 2017, 221 pages, 19 €

Un nanoproduit est un objet – le plus souvent fabriqué par l’être humain – contenant un nanomatériau, c’est-à-dire un matériau constitué de particules ou de fibres dont la dimension est de l’ordre d’une centaine de nanomètres1. Mais où trouve-t-on des nanoproduits dans notre quotidien ? À quelle réglementation sont-ils soumis ? Que sait-on des conséquences sur l’environnement et sur notre santé ? Dans cet ouvrage, le journaliste scientifique Jean-Jacques Perrier fait le tour de ces questions.

En les introduisant par des aspects historiques fort intéressants, il donne de nombreux exemples de nanoproduits déjà commercialisés : le dioxyde de titane (comme additif alimentaire, ingrédient des produits de protection solaire ou photocatalyseur), les nanotubes de carbone (comme additifs pour différents matériaux), le nanoargent (pour ses propriétés antiseptiques), les nanoparticules médicales (nanosphères ou nanocapsules, comme vecteurs de principes actifs de médicaments), etc. Dans chaque cas, les descriptions sont très détaillées : procédés de fabrication, propriétés utiles, aspects réglementaires, toxicologie, impact environnemental...

Globalement, l’auteur se réjouit des nombreuses avancées technologiques qui ont été réalisées grâce à l’utilisation des nanoproduits, mais indique aussi les manques à combler. Ainsi, pour lui, les études ne sont souvent pas assez nombreuses ou détaillées pour déterminer précisément le risque que pose l’utilisation des nanoproduits pour l’environnement ou la santé humaine. En outre, les nanoproduits devraient être impérativement tracés sur toute la chaîne de production, pour le cas où un problème sanitaire surviendrait un jour. Et enfin, il est regrettable qu’il n’existe pas encore de registre européen des nanoproduits commercialisés, mais seulement « un observatoire européen centralisant les informations disponibles sur les nanomatériaux. » (p. 175), les informations étant le plus souvent issues de registres nationaux.

Ainsi, pour J.-J. Perrier, notre société doit encore « inventer une gestion raisonnée, ouverte et démocratique du “flux de nanos” qui permette à la fois de qualifier objectivement les bénéfices sociaux et environnementaux des nanoproduits [...] et les “risques nanos” liés aux particules que ces produits pourraient émettre. » (p. 9).

Le propos est méticuleusement référencé par des études scientifiques et appuyé par des schémas et photographies (en noir et blanc) quand cela est utile. En outre, la lecture des quelques passages un peu plus techniques est facilitée par un glossaire et des encadrés qui proposent des explications complémentaires.

C’est finalement un ouvrage très riche dont je recommande vivement la lecture à ceux que le sujet intéresse.

1 Un nanomètre correspond à 10–9 mètre, autrement dit à un milliardième de mètre.

Mis en ligne le 25 avril 2018
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