L’exercice de la pluralité des mondes

Note de Hubert Krivine - SPS n°323, janvier / mars 2018

L’exercice de la pluralité des mondes
Sylvie Nony et Alain Sarrieau (dir.) - Préface de Michel Blay
Éditions ADAPT-SNES, 2017, 190 pages, 25 €

Ce livre, extrêmement bien documenté, illustre dans le cas de la finitude et de l’unicité de notre monde, la révolution produite dans la pensée humaine en Europe à l’époque de la Renaissance. C’est le passage des mythes à la démonstration fondée sur des preuves, ce qu’il est convenu d’appeler la démarche scientifique. S’il y a évidemment une caractérisation possible à cette dernière, elle est différente de la caractérisation des pensées mythiques. Néanmoins, nos Anciens disposaient de systèmes de pensée élaborés, difficiles à comprendre aujourd’hui ; le mérite de ce livre est de tenter de nous les restituer, en évitant l’anachronisme. Signalons quelques points qui nous ont le plus intéressés.

La première partie du livre détaille diverses pensées préscientifiques. Sylvie Nony, en particulier, montre comment les philosophes musulmans, abondamment nourris de la pensée d’Aristote, vont tenter de s’en dégager, notamment sur deux questions liées : le mouvement et le vide. Jacques Arnould nous fait comprendre comment, au Moyen ge, une pluralité des mondes remettait éventuellement en cause le rôle salvateur du Christ : les autres créatures seraient-elles également affectées du péché originel ?

La seconde partie traite de la Renaissance. Vincent Jullien, entre autres, spécialiste de Descartes, nous dresse un tableau très clair de la théorie des tourbillons.

Dans la troisième partie, l’article d’Alain Sarrieau donne un aperçu intéressant de la pensée de Voltaire et Jacques Rancière établit un parallèle un peu curieux entre les considérations mécaniques de Blanqui (sur les chocs) et sa compréhension de la révolution en politique.

La quatrième partie traite des conceptions modernes de cette pluralité des mondes, à une époque où l’on sait qu’existent des centaines de milliards de planètes. C’est une partie plus classique, en tout cas pour un scientifique, mais bien faite. Je ne suis pas certain d’avoir compris l’article consacré aux multivers, qui m’a davantage semblé être une explication des probabilités bayésiennes. Mais peut-on vulgariser un sujet aussi délicat ?

Mentionnons enfin l’article final de Charles Malamoud sur l’Inde ancienne. Très concentré et érudit, il met en évidence l’étonnante précision de la cosmologie hindoue, que ce soit sur les durées ou les dimensions des mondes.

On le voit, il est impossible de résumer un livre aussi riche d’informations.

Même si sa lecture est inégalement facile, certains articles nécessitant un peu de vocabulaire philosophique, ce livre est à mettre dans toutes les bibliothèques.

Mis en ligne le 24 avril 2018
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