Courrier des lecteurs : janvier à juin 2017

Science et pseudo-sciences n°321, juillet 2017


Nous ne pouvons pas publier tous les courriers reçus, ni les publier dans leur intégralité. Les choix opérés et les coupures faites sont de la seule responsabilité de la rédaction.

Hors du cadre scientifique ?

J’ai toujours apprécié, dans votre revue dont je suis lecteur assidu, le strict respect du cadre scientifique de vos investigations. Dénoncer dans ce cadre, et dans celui-ci exclusivement, les fausses peurs, les rumeurs infondées, les manipulations de toutes sortes est certainement faire œuvre utile. Jusqu’à présent, j’étais heureux de constater que vous ne vous aventuriez pas dans le domaine social et politique qui, disons simplement, a sa propre complexité […]. Or, je considère que l’article de M. Jean Brissonnet, dans votre numéro 319 (janvier 2017), déborde le cadre scientifique strict que je juge nécessaire à l’intégrité de votre revue […].

L’auteur de l’article présente le Pr Guy Vallencien comme un « provocateur », un « révolutionnaire » qui a dû « donner des sueurs froides aux membres du Conseil de l’ordre » […]. Qui notre professeur révolutionnaire accuse-t-il […] de « l’incroyable désorganisation des systèmes de santé » ? […] Les ministres ayant les uns après les autres accablé depuis des lustres notre système de santé en le soumettant aux restrictions budgétaires, en instaurant le forfait hospitalier, en supprimant des milliers de lits, en imposant le numerus clausus qui prépare une pénurie de médecins dont on ne vit que le début, en s’attaquant à la Sécurité sociale, en instaurant la régionalisation, le budget global, en méprisant le manque dramatique de personnels soignants qu’ils ont créé, en fermant les maternités, les hôpitaux et les services… ? […] Pour lui, les responsables, nous dit M. Brissonnet, ce sont, pêle-mêle, « les patients, les médecins, les administrations et les organismes d’assurance maladie » qui ont « perdu leur sens des responsabilités » ! […].

Bien sûr, des choses sont à améliorer dans la médecine elle-même […]. Que l’on soit d’accord ou non avec le « diagnostic » [du Pr Vallencien], il me semble incontestable que son article, loué en termes idolâtres par votre collaborateur, est un article strictement politique qui n’a pas place dans votre revue, à laquelle je souhaite un succès grandissant sur la voie qu’elle suit depuis plusieurs années maintenant.

P. C.

Science et pseudo-sciences a publié la version écrite de la conférence donnée par Jean Brissonnet lors de la table ronde organisée par l’AFIS, le 21 mai 2016. L’objectif était d’éclairer un sujet important, celui de la médecine en général et de la médecine fondée sur les faits scientifiques en particulier. Dans ce cadre, les propos des différents intervenants n’engagent que leurs auteurs. D’un point de vue général, l’AFIS éclaire ce que dit la science en soulignant qu’elle ne dicte pas ce que la société doit faire. Elle se permet cependant de dénoncer des conclusions fallacieuses qui seraient faites en déformant la réalité des faits scientifiques ou en extrapolant sur des résultats faibles ou fragiles. Bien entendu, les avis des uns et des autres sur l’organisation du système de soin, ses forces et faiblesses, ne relèvent pas du strict terrain d’intervention de notre association. Pour autant, il nous a semblé utile de permettre un débat plus général sur les questions de santé dans le cadre d’une conférence publique, et d’en rendre compte dans notre revue. Débat qui se poursuit ici.

Jean-Paul Krivine

La réponse de Jean Brissonnet

Que le système de santé fonctionne mal est une évidence reconnue par tous. La meilleure preuve en est que le Conseil de l’ordre vient lui-même de proposer un « projet de réforme, voulu et attendu par les médecins » qui se « propose de révolutionner l’organisation de notre système de santé en s’appuyant sur les territoires ». Nul ne s’étonnera, je pense, que la « révolution » proposée par cet organisme soit pour le moins limitée et que je puisse lui préférer celle que propose le professeur Vallencien, dont l’ampleur mérite effectivement ce qualificatif.

Il m’est aussi reproché d’avoir fait mienne la phrase : « les patients, les médecins et les organismes d’assurance-maladie ont perdu leur sens des responsabilités ». Il est évident que, prise au premier degré et sortie de son contexte, cette phrase peut choquer. Il n’est évidemment pas question de penser un seul instant qu’il s’agit d’une généralisation à la totalité des acteurs de la santé, mais de prendre acte de comportements qui ne sont pas si minoritaires que cela.

Oui, je pense que beaucoup de patients ont perdu le sens des responsabilités ! Qui ne connaît dans ses proches un couple qui se précipite chez le pédiatre à la moindre toux de son bambin ou un collègue qui vous donne discrètement l’adresse d’un médecin qui délivre sans difficulté des congés de maladie de convenance ou des cures thermales totalement inutiles ? Sans compter celui qui se fait prescrire un transport par VTC de plusieurs dizaines de kilomètres pour faire plusieurs fois par semaine une séance de kinésithérapie alors que son état lui permet parfaitement de conduire ou de prendre un mode de transport en commun.

Oui, je pense que beaucoup de médecins ont perdu le sens des responsabilités, lorsqu’ils pratiquent des médecines farfelues (homéopathie, naturopathie, phytothérapie...) alors que le prix de leurs consultations est attribué à la catégorie des « vrais » omnipraticiens, ou lorsqu’ils font revenir leurs patients chaque mois pour un banal renouvellement d’ordonnance prescrite par un spécialiste. Et que dire de la fraude, des actes multiples, des traitements inutiles, des prescriptions abusives de médicaments pas toujours inoffensifs, des examens redondants, des échographies « trop souvent réalisées banalement, voire systématiquement sans recherche spécifique » et qui peuvent « découvrir des anomalies sans conséquence qui font enchaîner des examens complémentaires potentiellement nocifs », ou encore de « la mauvaise molécule choisie parfois sur le critère de la nouveauté et sur la pression des firmes » dont fait état un rapport de l’Académie de médecine ? [1] Oui, je pense que la Sécurité sociale a perdu le sens des responsabilités lorsqu’elle rembourse tout cela les yeux fermés et, surtout, lorsqu’elle continue d’accepter une rémunération à l’acte qui favorise le stakhanovisme médical qui entraîne une brièveté coupable de la durée des consultations.

Cela dit, il est certain qu’il existe une majorité de patients et de médecins qui utilisent les ressources de la Sécurité sociale de manière parfaitement responsable.

Il ne s’agit évidemment pas d’exonérer l’État de sa responsabilité, encore ne faudrait-il pas regretter la fermeture des petites unités de soins qui est un gage de sécurité pour les patients [2] ni évoquer l’augmentation du numerus clausus dans un pays qui a un nombre de médecins proche de la moyenne de l’Union européenne [3].

Il s’agit moins de reprocher aux pouvoirs publics de ne pas augmenter le financement des systèmes de santé que de lui demander de modifier profondément un système visiblement incapable de résoudre ses propres problèmes sans un changement global des structures et des mentalités.

Ce que j’ai dénoncé, en m’appuyant sur les écrits du professeur Vallencien, n’est pas seulement un problème comptable. C’est surtout un problème humain. Comment faire en sorte de mettre en place un système de santé dans lequel les patients retrouvent leur place et leur responsabilité ? Comment le faire sans changer radicalement les études de médecine, sans restaurer dans le domaine médical un esprit scientifique rigoureux qui s’associe harmonieusement à une relation interpersonnelle fondamentale dans le domaine du soin ? Il est inutile que des moyens supplémentaires soient attribués à un système de santé qui date du XIXe siècle.

Ce n’est pas de la politique politicienne que de déclarer qu’il faut tout reconstruire pour que les patients comprennent qu’ils ont certes des droits, mais aussi des devoirs, que les médecins retrouvent un esprit de « soignants » et que les organismes de gestion fassent appliquer sans concessions des règles qui permettent de valoriser au mieux les cotisations de l’ensemble des citoyens.

Jean Brissonnet

[1] « Améliorer la pertinence des stratégies médicales », rapport de René Mornex à l’Académie de médecine, 8 avril 2013.
[2] Halm E.A., Lee C., Chassin M.R. “Is volume related to outcome in health care ? A systematic review and methodologic critique of the literature”, Ann Intern Med, 2002, 137:511–20.
[3] La France ne manque pas de médecins. Avec une moyenne de 310 pour 100 000 habitants elle est proche de l’UE, supérieure à la Finlande, à la Belgique et au Royaume-Uni et nettement supérieure aux États-Unis, au Canada et au Japon. L’apparente pénurie est due à une mauvaise répartition géographique. (Les dépenses de santé en 2015, édité par la DREES, Ministère de la santé,2016).


La Fleur de vie

Je viens de passer de très nombreuses heures à chercher une critique de ce qui est appelé la Fleur de vie. Je n’ai trouvé que des centaines de sites vantant ses bienfaits et vendant des produits miracles. La Fleur de vie n’est qu’une figure géométrique qui forme un modèle semblable à une fleur avec une structure hexagonale symétrique.

Et pourtant elle est entourée de croyances présentées souvent comme scientifiques. Je cherche donc des arguments contre ce qui est constamment affirmé tels que  : «  Toutes les formes de vie biologiques, toutes les structures cristallines, toutes les formules mathématiques… Tout ce qui existe, à tous les niveaux d’existence, a été créé par un schéma très simple : cette figure. Elle est aussi à l’origine de la structure de la molécule d’ADN. Elle régénère, rééquilibre, harmonise, dynamise et protège. Elle a une action d’harmonisation vibratoire  ». Je vous remercie pour toute réponse.

J.-P. R.

La Fleur de vie est une figure géométrique composée de cercles égaux superposés de manière à faire apparaître des motifs en forme de fleurs à six pétales. Une décoration qui, semble-t-il, était déjà utilisée dans l’Antiquité. De nos jours, certains la voient comme un symbole sacré décrivant l’espace et le temps. Au risque de vous décevoir, je dois vous avouer que la théorie entourant la Fleur de vie, comme tout autre concept ésotérique (l’aura, la bioénergétique, la bioélectronique, etc.), ne peut pas être combattue avec des arguments scientifiques.

L’argumentation scientifique fonctionne à partir d’affirmations réfutables, qu’elle confirme ou qu’elle infirme. « A engendre B par le mécanisme C » est une affirmation réfutable si l’on définit correctement A, B, C, ainsi que le mécanisme qui les relie, et si ce mécanisme peut être testé. Voilà pourquoi une affirmation du type de celle que vous citez (« la Fleur de vie… régénère, rééquilibre, harmonise, dynamise et protège, elle a une action d’harmonisation vibratoire ») ne peut être scientifiquement critiquée. Il faudrait pouvoir objectiver des termes comme par exemple «  harmonisation vibratoire  », qui sont en réalité vides de sens du point de vue scientifique. On ne peut donc pas construire d’argumentation scientifique pour la critiquer.

La seule attitude constructive à adopter est d’insister sur le fait que les galimatias vantant les prétendues vertus de la Fleur de vie n’ont aucun fondement scientifique et ne sont reliés à aucun corpus de connaissance scientifique, qu’en aucun cas les théories développées ne suivent une démarche réfutable et que donc, elles n’ont pas un statut différent de celui d’un conte de fées…

Sébastien Point
Mis en ligne le 17 janvier 2018
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