Communiquer efficacement la science

par Hervé Maisonneuve - SPS n°321, juillet 2017

La communication de la recherche vers le grand public n’est pas satisfaisante. Pour l’améliorer, nous disposons malheureusement de peu de données factuelles : c’est un domaine où se manifeste l’insuffisance de… la recherche.

Partant de ce constat, un rapport des Académies nationales américaines des sciences, de l’ingénierie et de la médecine, publié début 2017, conclut à la nécessité de mieux comprendre certains phénomènes avant de proposer comment mieux communiquer la science. Les citoyens sont confrontés à un besoin croissant d’intégrer l’information scientifique avec leurs valeurs personnelles et avec d’autres considérations, car ils prennent des décisions importantes dans de nombreuses situations où la science est impliquée. C’est par exemple le cas lors de la vaccination de leurs enfants, la décision de mise en place de soins médicaux, la sécurité des aliments, les mesures à prendre au sujet du changement climatique, etc.

La « communication scientifique » est définie comme l’échange d’informations et de points de vue sur la science pour favoriser une meilleure compréhension de ses résultats et de ses méthodes. Cela inclut une meilleure compréhension des diverses opinions et préoccupations du public à propos d’une controverse. La communication scientifique vise souvent des finalités plus larges, au-delà du simple éclairage sur la science elle-même, et peut affecter des comportements en santé ou encourager un choix politique particulier.

La connaissance seule est souvent insuffisante

Une hypothèse largement répandue considère qu’une communication scientifique « mieux » faite conduirait à des décisions compatibles avec les faits scientifiques. Cette hypothèse n’a cependant pas été entièrement testée. Plus d’informations ou des informations plus claires sont nécessaires, mais insuffisantes.

La recherche sur la communication scientifique montre que si le public peut comprendre les savoirs scientifiques, il peut, pour diverses raisons, ne pas être en accord avec ceux-ci ou avec leurs implications. Les gens prennent rarement des décisions basées uniquement sur ces savoirs ; ils tiennent également compte de leurs propres objectifs et besoins, de leurs connaissances, de leurs compétences, de leurs valeurs et de leurs croyances.

L’éthique de la communication scientifique

Les médiateurs scientifiques doivent-ils aller au-delà de la simple communication de faits et de théories scientifiques ? Peuvent-ils aller jusqu’à chercher à influencer les décisions ? Ce sont des questions éthiques importantes. Les choix sur les faits scientifiques à communiquer, quand, comment et à qui, peuvent être un reflet des valeurs du communicateur. Ceci devient particulièrement important lorsque la science éclaire une décision individuelle ou un choix politique controversé.

Les défis de s’engager formellement avec le public sur la science

Les élus, les organismes gouvernementaux et d’autres organisations des secteurs public et privé cherchent souvent à faire participer le grand public à des discussions avec des scientifiques sur des questions importantes. Une participation publique efficace est difficile, bien que certaines bonnes pratiques puissent être tirées de la politique environnementale et des littératures d’évaluation.

Les controverses liées à la science impliquent généralement des conflits sur les croyances, les valeurs et les intérêts, plutôt qu’un simple débat de connaissances. Le public perçoit souvent de l’incertitude, soit dans la science elle-même, soit dans ses implications, soit du fait des messages différents et parfois contradictoires portés par différents communicateurs. Dans les controverses liées à la science, les voix des intérêts organisés et des individus influents sont amplifiées dans le discours public et peuvent entraver une communication claire sur les faits. La désinformation peut rendre difficile la lecture de voix autorisées de la science.

Un environnement médiatique complexe, dynamique et compétitif

La communication scientifique se déroule dans un environnement médiatique complexe et en rapide évolution. De nouvelles façons de communiquer émergent constamment. Ces changements présentent à la fois des opportunités et des défis pour les communicateurs de la science, que celle-ci soit impliquée ou non dans une controverse publique. Les questionnements sont nombreux sur la place des nouveaux médias et sur les conséquences de leur utilisation. Comment des informations précises sur l’état du savoir peuvent-elles être entendues parmi les nombreux messages et sources d’information concurrents ? Les réseaux sociaux, connus pour affecter les croyances des citoyens, leurs attitudes et leurs comportements, sont de plus en plus utilisés pour diffuser des informations exactes et inexactes.

Quelles sont les approches qui fonctionnent ?

Des efforts sont nécessaires pour identifier les facteurs qui affectent la communication scientifique en fonction des approches et des circonstances. Il faudrait répertorier les études d’évaluation selon des dimensions clés, par exemple sous la forme de registres tels que ceux qui existent dans les sciences de la santé. Il s’agirait d’agréger et de partager l’information des études d’efficacité, de sorte qu’une base de preuves puisse être construite.

Construire une science cohérente de la communication en science

Le rapport insiste, avec quatre principales recommandations, sur la nécessité de construire une science cohérente de la communication de la science :

  • Les chercheurs et les praticiens de la communication scientifique doivent former des partenariats pour tester des hypothèses réalistes et pragmatiques sur la façon de communiquer la science. Les chercheurs doivent s’engager activement avec les différents professionnels et organisations qui communiquent la science et tenir compte de leurs motivations particulières et du contexte dans lequel ils agissent.
  • Les diverses disciplines qui étudient les aspects de la communication scientifique et les controverses liées à la science ne doivent plus être déconnectées. Les chercheurs de ces différentes disciplines ont besoin d’un cadre pour travailler ensemble afin de développer des théories, des concepts et des définitions plus unifiés sur les facteurs impliqués dans la communication scientifique.
  • Compte tenu des phénomènes individuels et sociaux complexes qui sont impliqués, davantage de scientifiques doivent être associés, en particulier dans les domaines des sciences sociales et comportementales.
  • Il est urgent de mettre en place des mécanismes pour l’examen et le financement de projets de recherche en matière de communication scientifique. La nécessité de tels mécanismes devient claire lorsque des crises, telles que l’apparition soudaine du virus Zika, nécessitent que des messages importants de la science soient communiqués.
Référence

Communicating Science Effectively : A Research Agenda”. National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine, 2017, Washington, DC, The National Academies Press. doi : 10.17226/23674. Téléchargeable à sur le site www.nap.edu

Mis en ligne le 1er décembre 2017
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