Les fraudes au peer review traduisent la pression sur le système de publications

par Hervé Maisonneuve - SPS n°321, juillet 2017

Le génie des chercheurs n’a pas de limite quand il s’agit de trouver des failles dans le système des publications. Objectif des indélicats : améliorer l’acceptation de leurs manuscrits soumis à une évaluation par les pairs (peer review).

Le peer review permet à une revue d’évaluer et de sélectionner les manuscrits à publier. C’est sur ce système que repose la crédibilité des publications scientifiques. Mais identifier de bons relecteurs (reviewers) et obtenir de bons avis de lecture dans des délais demandés est une tâche difficile. Souvent les relecteurs ne répondent pas aux sollicitations, et ceux qui acceptent doivent être stimulés pour produire leur évaluation en six semaines.

Des rédacteurs de revues en viennent à demander aux auteurs eux-mêmes des suggérer des relecteurs à leurs propres travaux, avec des instructions parfois précises et détaillées. Chemosphere, une revue prestigieuse dans le domaine des sciences de l’environnement, demande ainsi de communiquer six noms de relecteurs potentiels, avec adresses email. Ils ne doivent pas appartenir à la même institution que les auteurs, ni au comité de rédaction de Chemosphere. Parmi les relecteurs suggérés, un seul au plus doit habiter le pays de l’auteur, et ceux qui vivent dans un autre pays ne doivent pas avoir sa nationalité. Des revues demandent même de citer des relecteurs dont l’auteur ne veut pas.

Les premiers cas de fraude au peer review ont été décrits entre 2012 et 2014. Un rédacteur en chef, qui s’était étonné de recevoir des avis de lecture très vite après sollicitation, finit par découvrir que l’avis avait été rédigé par l’auteur de l’article lui-même ! En proposant des noms de pairs, celui-ci avait créé une boite email au nom d’un relecteur fictif. Il n’avait alors plus qu’à rédiger un commentaire plutôt flatteur sur son propre travail et à l’envoyer au rédacteur en chef en suggérant d’accepter l’article.

Le site RetractionWatch a publié des articles sur ces pratiques et estime que 498 cas auraient été identifiés (mai 2017). Est-ce la partie émergée d’un iceberg ? Des revues ont identifié de nombreux cas, comme par exemple la revue Tumor biology (Springer) qui a dû rétracter 107 articles pour fraude au peer review. Il s’agissait là d’une fraude massive, orchestrée par des sociétés de service qui proposent de soumettre des articles à la place de leurs auteurs.

D’après RetractionWatch, les pays les plus concernés sont la Chine (276 cas), Taiwan (73), l’Iran (65), la Corée du Sud (33), le Pakistan (19), l’Inde (13), l’Australie (7) et la Malaisie (5). De nombreux pays sont concernés par un seul cas, et aucun n’a été identifié à ce jour pour des chercheurs français.

Le groupe Springer, parmi les plus impactés par ces méthodes douteuses, décourage désormais ses rédacteurs en chef de demander aux auteurs des noms de relecteurs. D’autres revues refusent tout simplement cette pratique.

Références

Ferguson C., Marcus A., Oransky I. “Publishing : the peer-review scam”, Nature, 2014, 515:480–482.
Huang E. “China publishes more science research with fabricated peer-review than everyone else put together”, Quartz, May 2017.

Mis en ligne le 19 décembre 2017
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