C’est quoi la sérendipité ?

80 découvertes dues au hasard qui ont bouleversé le cours de l’histoire

Note de lecture de Hubert Krivine

C’est quoi la sérendipité ?

80 découvertes dues au hasard qui ont bouleversé le cours de l’histoire

Danièle Bourcier et Pek van Andel

Le courrier du livre, 2017, 253 pages, 22 €

Disons que ce livre est bien présenté, bien illustré, facile et agréable à lire. Mais sur le fond, décevant. Malgré une définition juste de la sérendipité : « la faculté de découvrir, d’inventer ou de créer… ce qui n’était pas recherché à l’origine », les auteurs1 empilent une série de petites histoires non contrôlées (voire non-contrôlables) autour de sujets aussi divers et importants que la découverte de la tarte tatin, la mayonnaise, la relativité, le darwinisme…

Pour les deux premiers sujets, je n’ai pas d’opinion, par contre, le traitement de la relativité (vue comme née de la synchronisation d’horloges de gare) ou du darwinisme est pour le moins trompeur pour le lecteur. Des 80 candidats à la sérendipité, je n’en vois qu’une toute petite dizaine digne d’intérêt, comme la découverte de la pénicilline, de la radioactivité ou de l’électromagnétisme. Mais étiqueter par exemple sérendipité la découverte de la grotte de Lascaux, c’est banaliser la chose ; n’importe quoi peut être alors de la sérendipité : est-ce le cas si en cherchant mes lunettes tombées par terre, je trouve un billet de dix euros ? On aurait tort de diluer la sérendipité à de la trouvaille par hasard. Elle suppose de ne pas louper une bifurcation dans un processus conscient de recherche.

En revanche sont absentes bien des découvertes qui ont une autre portée et dont les leçons sont riches. Je citerai pêle-mêle :

  • Arno Penzias et Robert Wilson, par leur acharnement à résoudre le bruit parasite de leur radiotélescope, ont (re)découvert un signal prévu par Gamow en 1948 et qui conforte la théorie du Big Bang. Cela leur a valu un Prix Nobel en 1978.
  • Edward Lorenz a voulu comprendre pourquoi deux calculs ne différant que de quantités apparemment négligeables conduisaient à des résultats très éloignés. Il a ainsi (re)découvert le chaos déterministe (l’effet papillon) déjà prévu cinquante ans plus tôt par Poincaré.
  • Claude Bernard découvre par hasard que l’urine de lapins soumis à une diète est claire et acide, caractéristique d’une urine de carnivore, anormale pour un herbivore. Ceci a ouvert la voie à l’étude de la fonction digestive du suc pancréatique.
  • Luis Alvarez et son fils Walter, en étudiant l’iridium dans les couches géologiques, en découvrent une quantité anormalement élevée dans les roches datées de 65 millions d’années et en comprennent l’origine comme provenant de la chute d’un gros météorite, chute qui aurait été responsable d’un hiver d’impact (équivalent à un hiver nucléaire) provoquant alors la disparition des dinosaures non-aviens.

1 Les auteurs ont publié plusieurs ouvrages sur le sujet, dont un a déjà été présenté http://www.pseudo-sciences.org/spip... : De la sérendipité dans la science, la technique, l’art et le droit – Leçons de l’inattendu, Hermann, 2013 (et L’Act mem, 2008) ; La sérendipité, le hasard heureux, Hermann, 2011.

Mis en ligne le 15 octobre 2017
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