Sous-exposé !

Et si les radiations étaient bonnes pour vous ?

Note de lecture de Jean-Philippe Vuillez - SPS n°321, juillet 2017

Sous-exposé !
Et si les radiations étaient bonnes pour vous ?
Michel Gay
Auto-édition, 2016, 160 pages, 18 €

La synthèse en français du livre Under-Exposed de l’Américain Ed Hiserodt proposée par Michel Gay est pour le moins un ouvrage provocateur, et à ce titre, dérangeant. L’impression est mitigée : tout en se montrant convaincant sur le fond, l’auteur pèche par quelques excès qui pourraient le discréditer et le renvoyer dos à dos avec ceux qu’il dénonce et critique.

Et pourtant, prenons le risque de nous engager derrière lui. Quelle est donc cette théorie qu’il dénonce, quel est le message qu’il assène ? Il s’en prend à cet acharnement, fondé sur une complexe construction historique, à pérenniser une « non-théorie scientifique », la « relation linéaire sans seuil » (RLSS), qui extrapole aux faibles doses d’irradiation les effets délétères constatés aux doses plus élevées en termes de cancérogenèse radio-induite… Or, si la RLSS a été inventée pour les besoins de la radioprotection, permettant la mise en place d’une protection très « précautionniste » (ce qui est déjà contestable en termes de bénéfice/risque), elle est absolument irrationnelle d’un point de vue scientifique, car elle n’est étayée par rien et conduit à des non-sens, comme le calcul du nombre de victimes des faibles doses… qu’on ne voit jamais ! Malheureusement, son caractère dogmatique et validé par l’« Autorité » avec un grand A (on doit plutôt dire LES Autorités), alimente les peurs liées à la radiophobie, et les conséquences psychologiques et sociétales sont nombreuses et non anodines. Or pour des doses faibles (en pratique, inférieures à 100 mSv au corps entier, ce qui pour le lecteur novice peut être traduit par « en dessous de quarante fois l’irradiation reçue en une année »), les meilleures études épidémiologiques n’ont jamais pu mettre en évidence de surincidence de cancers ou leucémies due aux rayons, et la radiobiologie moderne apporte de plus en plus d’arguments, scientifiques cette fois, pour démontrer l’innocuité, voire dans certaines circonstances l’effet protecteur1, des faibles doses de rayonnement – à commencer par l’irradiation d’origine naturelle, ce qui est plutôt rassurant ! Il faut donc pour le moins critiquer, et peut-être dénoncer, les excès infondés qui conduisent à des dépenses élevées et injustifiées, des choix irrationnels et l’entretien de peurs qui n’ont pas lieu d’être, reposant uniquement sur ce malentendu scientifique qu’est la RLSS.

C’est ce qu’entend dénoncer Michel Gay, et il le fait haut et fort, un peu à la hussarde et avec un côté rabelaisien qui n’est pas déplaisant, mais, diront certains, excessif… Oui, mais il s’agit de lutter contre une telle force sociétale et idéologique de dénigrement et de désinformation touchant à des domaines cruciaux comme la santé, la politique énergétique, qu’il faut lui pardonner cet excès, au nom de David contre Goliath.

Excessif, il l’est bien plus, du reste, quand il prend la bannière de l’hormésis, pour vanter les effets bénéfiques des rayonnements à faible dose. Ce qui n’est pas si extravagant que cela, redisons-le. Des études très sérieuses s’accumulent2 rapidement qui vont dans ce sens, et il est d’ailleurs logique que nos organismes exposés en permanence depuis toujours aux rayonnements d’origine naturelle (cosmiques, telluriques, d’origine alimentaire et même à l’intérieur de nos propres cellules) s’y soient adaptés ; un avantage sélectif pourrait même être lié à ce phénomène en maintenant actifs dans les cellules les mécanismes d’élimination des radicaux libres de toutes origines (à commencer par la respiration aérobie utilisant le dioxygène). De là à revendiquer notre dose de rayons quotidienne, sans quoi nous serions en péril, il y a un grand pas que Michel Gay franchit sans doute avec trop d’allégresse. D’autant que dans sa fougue, il se laisse emporter au point de commettre de menues erreurs sans grande importance, comme lorsqu’il parle du traitement chirurgical des lymphomes malins, par exemple (on n’opère pas cette maladie). Mais cela ne remet pas son argumentation en cause sur le fond.

Et donc, en conclusion, un ouvrage militant, partisan, qui cible juste mais plus à la façon des chansonniers et des caricaturistes qu’avec une approche scientifique. Il mérite d’être lu pour en entendre le discours militant et dénonciateur, il mérite d’être critiqué pour ses côtés excessifs et polémiques, il faut donc le lire mais ne pas le prendre pour argent comptant, il faut le lire avec prudence, esprit critique, et le verser au dossier de la délicate question des faibles doses d’irradiation. Comme tout pavé lancé dans une mare, il éclabousse. Mais, globalement et en point final, une fois rejetés les excès, son message principal est un bon message : il faut en finir avec la RLSS.

1 Sacks B., Meyerson G., Siegel J.A. “Epidemiology Without Biology : False Paradigms, Unfounded Assumptions, and Specious Statistics in Radiation Science” (with Commentaries by Schmitz-Feuerhake I. and Busby C. and a Reply by the Authors), Biol Theory, 2016, 11:69–101.

2 Tang F.R., Loke W.K. “Molecular mechanisms of low dose ionizing radiation-induced hormesis, adaptive responses, radioresistance, bystander effects, and genomic instability”, Int J Radiat Biol, 2015, 91:13–27 ; Jaworowski Z. “Radiation hormesis – a remedy for fear”, Hum Exp Toxicol, 2010, 29:263–7 ; Calabrese E.J. “The Emergence of the Dose–Response Concept in Biology and Medicine”, Int J Mol Sci, 2016, 17, 2034.

Mis en ligne le 22 novembre 2017
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