Qu’est-ce que la science… pour vous ?

50 scientifiques et philosophes répondent

Note de lecture de Gabriel Gohau - SPS n°321, juillet 2017

Qu’est-ce que la science… pour vous ?
50 scientifiques et philosophes répondent
Sous la direction de Marc Silberstein
Éditions Matériologiques, 2017, 288 pages, 15 €

Sans doute est-il délicat de faire l’éloge d’un ouvrage quand on en est co-auteur. Mais lorsqu’on y a contribué pour un cinquantième et qu’il convient surtout de savoir gré à l’éditeur de son heureuse initiative, la chose semble permise. Car Marc Silberstein, qui dirige une maison d’édition dont le slogan est « l’éditeur au service de la connaissance, des chercheurs et des lecteurs férus de savoirs solides », pouvait, en sa septième année d’existence, se permettre de poser cette question à ses auteurs et amis. En la situant dans le cadre du matérialisme, seule ontologie « capable de penser le pluralisme des propriétés sans se contredire ». Et en la formulant comme un exercice de réponse personnelle, intime davantage qu’académique.

Il n’est pas surprenant que les auteurs sollicités y aient réagi de façon fort diverse. En première approximation, les uns, comme Dominique Rojat, inspecteur général (du groupe des Sciences et technologies du vivant, de la santé et de la Terre), sont partis de leurs souvenirs d’enfance (il observait les fourmis qui transportaient toutes sortes d’objets), tandis que d’autres, tel Denis Vernant, philosophe grenoblois, s’efforcent de classer les sciences. L’ensemble est présenté dans l’ordre alphabétique, de l’astrophysicien Jean Audouze, ancien conseiller scientifique de François Mitterrand et directeur du Palais de la découverte, à Bernard Walliser, économiste, professeur à l’École nationale des ponts et chaussées. Parmi les auteurs, quelques-uns ont collaboré à Science et pseudo-sciences : Gérald Bronner, Nicolas Gauvrit, Michel Morange, Hervé This.

L’ouvrage offre une variété de pensées, où chaque lecteur trouvera son miel. Au-delà même de l’inégal intérêt de chacun en fonction de ses goûts et de sa culture, et malgré des contributions parfois difficiles, il peut être passionnant de comparer les différentes approches du problème, entre les deux pôles, le personnel et le classificatoire. Et puis à côté des réponses classiques, où à ma honte se range la mienne, j’ai trouvé des textes plus originaux. Ainsi ces chercheurs, l’un biologiste, l’autre philosophe, Maël Montévil et Matteo Mossio, qui organisent un dialogue autour d’un verre sous les noms de Cinico et Candido. Ou René Reszohazy, autre biologiste, qui fait de la science un acte de création comparable à l’œuvre d’art dans un style très coloré. Et d’autres encore…

Cette variété m’a rappelé la lecture que j’avais faite du livre des Lettres à Alan Turing réunies par Jean-Marc Lévy-Leblond1. L’exercice vaut sans doute d’être renouvelé. Il le sera sur la même question puisque l’éditeur annonce qu’un tome 2 succédera, fin 2017, au présent volume. Bonne idée. À suivre.

1 Voir dans le numéro 198 de Raison Présente (2016), la présentation de Lettres à Alan Turing réunies par Jean-Marc Lévy-Leblond, Éditions Thierry Marchaisse, 2016, 242 pages.

Mis en ligne le 3 novembre 2017
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