Zealandia, le septième continent

par Georges Jobert - SPS n°320, avril 2017

Zealandia : jusqu’ici, ce nom était surtout connu comme celui d’un volcan de l’archipel des Mariannes [1]. L’article [2] de plusieurs chercheurs néozélandais, un néocalédonien et une australienne donne des arguments qui permettent de le considérer désormais comme celui du septième continent. Comment justifier cette dénomination ?

De façon générale, elle est réservée à des masses émergées, ou sous mer peu profonde, de roches siliceuses (métamorphiques ou magmatiques) ou sédimentaires. Elles doivent constituer une croûte épaisse d’une trentaine de kilomètres et de vitesses sismiques plus faibles que celles trouvées sous les océans. Elles doivent aussi couvrir au moins un million de kilomètres carrés et avoir des limites bien définies. Ces caractères furent progressivement reconnus à une zone de près de cinq millions de km2 séparée de l’Australie, à l’ouest, par la fosse de Cato. Celle-ci, dans la mer de Tasman, est à croûte océanique et une faille avec un décrochement de 150 km y sépare les deux blocs. Les parties émergées de Zealandia sont les îles de Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie. Elle comporte aussi de nombreux plateaux et hauts-fonds (Kenn, Challenger, Campbell…). La croûte y a en général une épaisseur1 comprise entre 10 et 30 km et une vitesse des ondes P (ondes sismiques longitudinales) inférieure à 7 km/s.

Mais c’est un continent très particulier, sa surface étant immergée à 94 % et sous plus d’un kilomètre d’eau. Comment alors expliquer cette particularité ?

La structure de la partie sud-ouest de l’océan Pacifique est extrêmement complexe. Y sont en présence deux plaques tectoniques principales, l’australienne et la pacifique. Mais sur la Terre, on peut distinguer de nombreuses plaques de moindre extension [3] qui sont plutôt présentes près des zones de subduction. C’est là que sont soumises à de fortes contraintes les sept grandes plaques qui sont associées aux continents et au Pacifique, et à la convection globale dans le manteau. Zealandia serait ainsi l’une d’elles.

La plaque qui porte l’Australie a appartenu au supercontinent Gondwana qui se disloqua il y a environ 180 millions d’années, donnant aussi naissance à l’Afrique, à l’Inde et à l’Antarctique. Par rapport à celle-ci2, elle s’est dirigée vers le nord, plongeant sous la plaque pacifique et vers l’est-nord-est sous les îles Solomon et Nouvelles-Hébrides. Mais elle a été bloquée vers l’est où c’est la plaque pacifique qui plongeait sous elle. Pour expliquer la formation de Zealandia, on admet que la partie nord-orientale de cette ancienne plaque s’en est séparée après un fort étirement provoquant son amincissement. Le déficit de masse dû à la diminution d’épaisseur de la croûte3 est compensé par une remontée du manteau. De deux bouchons de hauteurs inégales, c’est le plus petit qui flotte le moins haut ; la croûte amincie pourra ainsi être immergée4.

Références

[1] www.volcano.si.edu/volcano.cfm?vn=284191
[2] Mortimer N. et al. “Zealandia : Earth’s Hidden Continent”, GSA Today, 2016, 17. Sur www.geosociety.org
[3] Bailly S. « Le puzzle des plaques tectoniques enfin compris », publié le 14 juillet 2016 sur www.pourlascience.fr

1 Mais dépassant 40 km sous l’île sud de Nouvelle-Zélande.

2 Si son inlandsis fondait, la partie ouest de l’Antarctique, dont Zealandia fut voisine au sud-est du Gondwana, serait également immergée par effet isostatique. L’isostasie suppose l’existence dans l’asthénosphère d’un niveau où la pression exercée par la lithosphère qui la recouvre est uniforme.

3 Dont la couche inférieure plastique a pu fluer.

4 D’autres processus, comme la délamination (plongée d’une partie de la base de la lithosphère dans l’asthénosphère), sont aussi invoqués [2].

Mis en ligne le 19 septembre 2017
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