Peut-on vivre sans risque ?

Note de lecture de Jean-Paul Krivine - SPS n°320, avril 2017

Peut-on vivre sans risque ?

Jean-Marc Cavedon

Le Pommier, Coll. Les Petites pommes du savoir, 2016, 128 pages, 7,90 €

Jean-Marc Cavedon est administrateur de l’Institut de maîtrise des risques, un organisme mis en place par une quinzaine de grands groupes industriels français, visant à favoriser une démarche préventive permettant d’« identifier, évaluer, quantifier, hiérarchiser, maîtriser et gérer les événements redoutés » en produisant un socle de connaissances adaptées. Il dirige également la protection et la sûreté nucléaire au CEA. La mauvaise compréhension par le grand public des problématiques liées à la sûreté des systèmes industriels, à la gestion des risques en général et à la différence entre risque et danger l’ont conduit à rédiger cette « Petite pomme du savoir ».

De façon très didactique, l’ouvrage procède à une typologie des principales caractéristiques des risques au-delà de l’infinie diversité apparente de leurs manifestations : est-ce grave ? Est-ce que cela va arriver ? En est-on vraiment sûr ? Qui sera concerné ? Est-ce que cela va durer longtemps ? Est-ce que cela reviendra comme avant ? Est-ce que cela arrivera tout de suite ? Pourquoi dois-je payer pour les autres ? Ce risque est-il supportable ? Y a-t-il en contrepartie des avantages justifiant de courir ce risque ?

Deux dimensions particulières sont croisées : la probabilité d’occurrence et la gravité des conséquences. La mythologie grecque est appelée pour nommer les différentes situations qui en résultent. Ainsi, par exemple, l’« épée de Damoclès » rassemble les risques graves et peu probables (par exemple, les accidents d’avion). Le « cyclope » regroupe des événements dont on a du mal à préciser la probabilité, mais dont les risques sont très importants (les tsunamis, les tremblements de terre, l’apparition d’un nouveau virus très pathogène…). Les rayonnements électromagnétiques, dans lesquels nous baignons, sont classés dans la catégorie « Méduse », où c’est la peur du danger plutôt que le danger factuel qui opère en paralysant notre action (illustrée par la problématique des rayons ionisants et des évacuations suite à l’accident de Fukushima). Bien entendu, « vivre sans risque », comme l’interroge le titre du livre, est une chimère. Entre risques naturels et risques industriels, une société sans risque est impossible.

L’objectif de l’ouvrage est de nous montrer comment une politique de gestion des risques vise à transformer un risque intolérable en un risque acceptable au regard des enjeux et des attentes de la société : « Cerner la réalité au plus près ne la rend ni plus belle, ni moins dangereuse ; la voir précisément la rend plus facile à partager car elle devient… réelle  » (p. 71). Pour chacune des situations décrites, l’auteur présente les modes d’action à mettre en œuvre, selon les cas : réduire l’incertitude sur la probabilité, réduire la probabilité d’occurrence elle-même, avancer avec précaution, quand les bénéfices sont importants (le riz doré est cité comme exemple), etc. La fin de l’ouvrage aborde les controverses qui prennent place dans l’espace public, ainsi que notre responsabilité individuelle face à des risques pour lesquels notre comportement joue un rôle clé (conduite automobile, alcool, tabac, rapports sexuels non protégés, accidents domestiques, etc.). L’auteur souligne la nécessaire analyse coûts/bénéfices, qu’il juge même « moral de faire » car « le seul fait de raisonner avec un montant fixe dont on veut optimiser l’usage nous impose de poser clairement la question de nos priorités essentielles » (p. 106).

L’ouvrage est éclairant pour ceux qui veulent s’informer sur la manière dont nos sociétés gèrent le risque (ou devraient le gérer). On peut regretter un prisme de l’auteur dans les catégories retenues pour classer certains risques : ceux issus du nucléaire sont analysés en détail et reposent sur une expertise étayée, alors que ceux qui ne relèvent pas de son domaine de spécialité sont évoqués plus approximativement. Ainsi les OGM sont-ils classés dans le groupe « La pythie », avec des risques « dont on ne sait pas bien ou pas encore s’ils mènent à des conséquences graves et quelle est leur probabilité » (p. 34)sans que ce jugement ne soit appuyé par le même niveau d’expertise.

Mis en ligne le 28 juillet 2017
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