Enseignement critique ou dénigrement : pourquoi ne pas tout dire aux étudiants ?

par AFIS, 7 juillet 2017.

Début 2016, nous avons reçu un courrier de Mikaël Salson nous adressant pour commentaires un texte intitulé « Le rationalisme, ce n’est pas automatique » qu’il comptait utiliser dans le cadre d’une formation à la pensée critique qu’il dispense à des étudiants en journalisme. Ce texte (document n°1 en téléchargement) se concentre sur l’analyse de productions de l’AFIS pour essayer de montrer que, bien que « défendant une démarche rationnelle  », elle serait néanmoins « soumis[e] à [ses] propres biais, à [ses] propres croyances et à [son] idéologie ».

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Document-1
Salson - Le rationalisme, ce n’est pas automatique

Pourquoi pas, en effet, utiliser les écrits de l’AFIS pour procéder à une telle analyse ? Nous avons donc envoyé nos commentaires sur un texte qui, malheureusement, s’est révélé comme procédant à une lecture très sélective et biaisées de nos écrits, et comportant de nombreuses erreurs (notre réponse document n°2 en téléchargement).

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Document-2
Réponse au texte de M. Salson

Les choses auraient pu en rester là : de simples commentaires sur un texte qui relève du libre choix pédagogique d’un enseignant. Et que cet enseignant nous contacte auparavant pour nous demander ce qu’on pense de ses analyses, c’est plutôt à son honneur.

Mais nous avons ensuite découvert de façon fortuite un autre volet qui éclaire le sujet de façon différente.

Sous le pseudonyme de Yannick Nassol, Mikaël Salson est auteur du blog Factsory (blog qui se donne pour objectif : « La chasse aux idées reçues et mensonges éhontés »1) et est très actif sur les réseaux sociaux2 où il s’en prend à l’AFIS et à ses membres en des termes éloignés d’une argumentation posée et rationnelle. L’anonymat qu’il y pratique est revendiqué en ces termes : « Qui suis-je ? Peu importe. Je n’ai pas de lien avec des industries ou ONG. Considérez-moi notoirement incompétent en tout. Jugez sur mes arguments et sources ». Mickaël Salson, sous son pseudonyme Factsory, est ainsi intervenu, avec insistance, pour essayer d’obtenir la suppression de la page Wikipedia consacrée à l’AFIS3, en vain, et ensuite pour tenter d’obtenir la suppression de celle consacrée à la revue Science et pseudo-sciences4. On compte plus de 60 interventions de Factsory sur la page « AFIS »5, avec toujours une volonté de supprimer, au début la page, puis faute d’y parvenir, les sections « Ligne éditoriale » et « Conseil Scientifique et Comité de parrainage ».

Les activités de Mikaël Salson quand il enseigne la « zététique » à des étudiants journalistes sont donc bien complémentaires de celles, anonymes, de Yannick Nassol et de Factsory concernant notre association et visant à empêcher son expression. Elles portent toutes, à leur manière, sur un même sujet : dénigrer l’AFIS. Jamais dans aucun de ses échanges avec nous il n’est fait référence à cette facette cachée.

Contacté par nos soins, Mickaël Salson entretient le flou quant à cette double activité, évoquant « une hypothèse non étayée parmi d’autres » et n’envisage donc pas de la dévoiler à ses étudiants.

Les étudiants n’ont-ils pas le droit d’être informés des diverses activités de leur enseignant au regard des sujets qu’il aborde ? N’est-ce pas, après tout, une sorte de « conflit d’intérêt » qui n’est ainsi pas déclaré, même si cet intérêt est de nature idéologique ?

Nous avons alors décidé de nous adresser à l’école de journalisme afin que cette information soit portée à la connaissance des étudiants (document n°3 en téléchargement).

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Document-3
Lettre à l’ESJ

La liberté d’enseignement est totale. Mickaël Salson / Yannick Nassol l’exerce comme bon lui semble. Pour notre part, il nous semble que ne pas donner toutes les clés d’information aux étudiants transforme un projet présenté comme un exercice d’analyse critique en une opération de dénigrement idéologique.

Chacun se fera son opinion en lisant les documents présents ici.
En complément, nous publions ci-dessous la réponse que Mikaël Salson nous a adressé :

Droit de réponse à l’AFIS

Par son article, l’AFIS cherche à me désonhorer plutôt qu’à répondre à mes critiques. L’article de l’AFIS n’expliquant par le contexte, le voici6 : je suis enseignant-chercheur en informatique et je donne des cours (autoproclamés) de zététique (sans guillemet). Ces cours sont dispensés à des étudiants journalistes scientifiques (dans une formation conjointe avec l’ESJ Lille) et également à des étudiants en 3è année de licence informatique.

Le piège de l’AFIS est redoutable : si je me mets à pointer les incohérences ou erreurs de leurs attaques ad hominem, je me retrouve à ne plus parler du fond de mes critiques. C’est pourtant ces critiques qui m’intéressent. Je reporte d’ailleurs les lecteurs à la version en ligne (et à jour) de mes critiques intégrant les réponses de l’AFIS7. L’AFIS connaissait l’existence de cette page mais a préféré ne pas la mentionner. Peut-être parce qu’elle contient des réponses à leur remarques ? Réponses que l’AFIS se garde bien de mentionner.

Je peux donc rapidement balayer la forme pour en venir au fond, plus intéressant. Je serais Yannick Nassol au prétexte que mon apparaît dans les informations WHOIS d’un blog. Dans ce cas on ne comprend pas bien pourquoi le nom de Y. Nassol y apparaît aussi comme contact technique et administratif si pourtant les deux sont la même personne. On me reproche de m’en prendre à l’AFIS ou à ses membres sans citer un seul exemple. L’association tire des généralités à partir d’exemples soigneusement choisis de contributions Wikipedia.

L’association m’accuse de conflit d’intérêt idéologique. C’est absurde. Nous avons tous des a priori idéologiques, se croire parfaitement neutre et objectif est une illusion. Surtout, si l’association est aussi sensible à l’existence de tels conflits d’intérêt, il est étonnant qu’elle ne dévoile pas ceux (idéologiques ou non) de son conseil d’administration, de son comité de rédaction ou encore des auteurs de sa revue.

L’association a également une étrange conception de la liberté d’expression. Critiquer certains articles de l’association, dans le cadre d’un cours, reviendrait à « empêcher l’expression » de l’association et même à la « dénigrer » ?

Dans sa réponse, L’AFIS n’hésite pas non plus à travestir la réalité. D’un propos général que je tenais « nous sommes néanmoins soumis à nos propres biais, à nos propres croyances et à notre idéologie » (et qui s’appliquait donc autant à l’AFIS qu’à moi), l’AFIS fait croire que je ne l’applique qu’à elle, ce qui est terriblement trompeur.

Revenons au fond. L’AFIS n’a reconnu aucune erreur parmi les critiques que je pointais. L’AFIS n’a pas répondu sur un grand nombre de points. Citons-en quelques-uns :

  • L’AFIS n’a aucun problème à relayer des propos pseudo-scientifiques sur le réchauffement climatique.
  • L’AFIS rejette le travail du groupe 3 du GIEC au prétexte qu’il aurait une « connotation idéologique » et qu’il le reconnaitrait, ce qu’il ne fait pourtant pas. Pourquoi rejeter ses conclusions si ce n’est parce qu’elles ne conviennent pas à l’AFIS ?
  • Sur le DDT, l’AFIS se fonde sur bien peu de sources sérieuses pour accréditer son hypothèse de la responsabilité d’associations écologistes dans les millions de victimes du paludisme. Et quand elle utilise un article scientifique sérieux, elle en déforme le propos.
  • L’AFIS ne traite pas de la même façon un article scientifique critiqué par l’Anses sur les néonicotinoïdes et les critiques que formule l’Anses quelques temps plus tard sur ces mêmes insecticides.
  • L’AFIS publie un article sur les ressources énergétiques, sans aucune source scientifique, d’un négateur du réchauffement climatique. Cet article contient au moins une erreur, et oubli des notions importantes. Mais l’AFIS ne trouve rien à y redire.

Si je n’avais pas contacté l’AFIS pour avoir un retour sur mes critiques et qu’elles étaient restées cantonnées à mon cours, jamais l’AFIS n’en aurait eu connaissance. En conséquence jamais je n’aurais eu à subir le courroux de l’association. Voilà une belle manière d’encourager à la transparence et à l’échange. Transparence et échange dont l’AFIS se garde bien. Jamais elle ne m’a informé de la lettre envoyée à l’ESJ ni ne me l’a communiquée. Contacté, pour connaître la motivation d’une telle lettre, M. Krivine m’avait raccroché au nez. L’AFIS ne m’a pas non plus donné l’opportunité de réagir avant la publication de leur article, contrairement à ce que j’avais fait avec mes propres écrits.

J’encourage donc tous les lecteurs de l’AFIS à aller sur cette page (http://www.fil.univ-lille1.fr/ sals...) pour y consulter mes critiques, les retours de l’AFIS et les compléments que j’y apporte pour se faire un avis éclairé sur le fond.

Mikaël Salson (mikael.salson@univ-lille.fr)

1 http://factsory.org/ Pour le lien avec Mikaël Salson, voir par exemple, au-delà de l’anagramme Nassol / Salson.

2 https://twitter.com/factsory

3 Wikipédia garde trace de toutes les modifications. En consultant la page suivante, on note « 

le 27 mars 2016 à 01:30(diff| hist)..(+45)‎..Association française pour l’information scientifique‎ (Bandeau admissibilité (cf. PDD))

 » qui signifie que Factsory (Yannick Nassol) a introduit un bandeau d’admissibilité sur la page AFIS, qui est une procédure pour signaler que l’on pense que cette page n’a pas sa place sur Wikipédia.

4 https://fr.wikipedia.org/wiki/Discu...

5 https://fr.wikipedia.org/w/index.ph...

6 http://cristal.univ-lille.fr/ salson/

7 http://www.fil.univ-lille1.fr/ sals...

Mis en ligne le 8 juillet 2017
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