La pollution atmosphérique en France

par Gaëlle Guillossou - SPS n°320, avril 2017

Oxydes d’azote, oxydes de soufre, oxydes de carbone, particules, composés organiques volatils, hydrocarbures aromatiques polycycliques, pollens... L’atmosphère est le réservoir d’une multitude de substances d’origine naturelle ou anthropique. La pollution atmosphérique résulte d’interactions entre les composants de ce mélange complexe que le vent, l’ensoleillement ou les précipitations transforment en permanence. Depuis les années 1930, marquées par plusieurs épisodes de pollution ayant eu des conséquences sanitaires importantes, les recherches épidémiologiques et expérimentales concernant les effets sanitaires des substances polluantes de l’atmosphère se sont multipliées. Elles vont toutes dans le même sens : l’exposition à la pollution atmosphérique accroît le risque de développer, voire de déclencher, des pathologies respiratoires aiguës comme les bronchites, mais également des pathologies chroniques tels des cancers du poumon ou des maladies cardio-vasculaires. Ce risque est plus élevé chez les personnes déjà malades et au sein des populations vulnérables (enfants, personnes âgées, femmes enceintes…).

Au niveau européen, les avancées technologiques et le durcissement des normes en vigueur dans les transports, l’industrie, l’énergie ou le chauffage ont réduit notablement les émissions polluantes en général [1], malgré un accroissement important de la demande énergétique et du parc automobile. Cependant, depuis quelques années, les concentrations ambiantes de dioxyde d’azote, de particules fines et d’ozone restent stables dans les grandes agglomérations européennes [1,2]. Les politiques de réduction doivent donc être repensées et l’impact sanitaire de la pollution atmosphérique ne doit pas être sous-estimé. Si les risques, en Europe, sont sans commune mesure avec ceux liés, par exemple, au tabagisme ou à l’obésité, il faut noter que sur ces derniers facteurs, l’individu peut agir. Sur la pollution atmosphérique, il a peu de contrôle : elle est omniprésente. Et même si, au niveau individuel, le risque est faible, toute la population est exposée.

Lexique

Sources :

[1] « Ambient (outdoor) air quality and health », OMS, Aide-mémoire n° 313, 2016. Sur www.who.int
[2] Tableau récapitulatif des principaux polluants. Airparif. Sur www.airparif.asso.fr

Matières particulaires (PM). Les particules en suspension touchent davantage de personnes que tout autre polluant. Les principaux composants en sont les sulfates, les nitrates, l’ammonium, le chlorure de sodium, le carbone, les matières minérales et l’eau. Elles se composent d’un mélange de substances organiques et minérales, sous forme solide ou liquide. Les particules les plus nuisibles pour la santé sont celles dont le diamètre n’excède pas 10 microns (dites PM10) ; elles peuvent pénétrer et se loger en profondeur dans les poumons. L’exposition chronique aux particules est un facteur de risque de maladies cardiovasculaires et respiratoires, et de cancer du poumon [1].

Ozone (O3). Il ne faut pas confondre l’ozone de la couche protectrice dans la haute atmosphère avec celui que l’on retrouve au niveau du sol et qui est l’un des principaux constituants du smog photochimique. Dans ce cas, l’ozone se forme sous l’effet de réactions photochimiques (c’est-à-dire en présence du rayonnement solaire) entre divers polluants, comme les oxydes d’azote (NOx) émis par les véhicules et l’industrie, et les composés organiques volatiles (COV), émis par les véhicules, les solvants et l’industrie, mais aussi la végétation. On observe des pics de concentration pendant les périodes de temps ensoleillé. À des concentrations trop élevées, l’ozone a des effets marqués sur la santé de l’homme. On observe alors des problèmes respiratoires, le déclenchement de crises d’asthme, une diminution de la fonction pulmonaire et l’apparition de maladies respiratoires. En Europe, on considère actuellement que l’ozone est l’un des polluants atmosphériques les plus préoccupants [1].

Dioxyde d’azote (NO2). Les émissions anthropiques de NO2 proviennent principalement de la combustion (chauffage, production d’électricité, moteurs des véhicules automobiles et des bateaux). Les études épidémiologiques ont montré que les symptômes bronchitiques chez l’enfant asthmatique augmentent avec une exposition de longue durée au NO2. On associe également une diminution de la fonction pulmonaire aux concentrations actuellement mesurées (ou observées) dans les villes d’Europe et d’Amérique du Nord [1].

Dioxyde de soufre (SO2). Le SO2 est un gaz incolore, d’odeur piquante. Il est produit par la combustion des énergies fossiles (charbon et pétrole) et la fonte des minerais de fer contenant du soufre. La source anthropique principale de SO2 est la combustion des énergies fossiles contenant du soufre pour le chauffage domestique, la production d’électricité ou les véhicules à moteur. Le SO2 affecte le système respiratoire, le fonctionnement des poumons et il provoque des irritations oculaires. L’inflammation de l’appareil respiratoire entraîne de la toux, une production de mucus, une exacerbation de l’asthme, des bronchites chroniques et une sensibilisation aux infections respiratoires. Le nombre des admissions à l’hôpital pour des cardiopathies et la mortalité augmentent les jours de fortes concentrations en SO2. La réaction avec l’eau produit de l’acide sulfurique, principal composant des pluies acides à l’origine de phénomènes de déforestation [1].

Monoxyde de carbone (CO). Il provient de la combustion incomplète (gaz, charbon, fuel ou bois) d’installations mal réglées (chauffage domestique) et des gaz d’échappement des véhicules. Il participe au mécanisme de formation de l’ozone [2].

Métaux lourds – plomb (Pb), mercure (HG), arsenic (As), cadmium (Cd), nickel (Ni). Ils proviennent de la combustion des charbons, pétroles, ordures ménagères, mais aussi de certains procédés industriels (production de cristal, métallurgie, fabrication de batteries électriques). Le plomb était principalement émis par le trafic automobile jusqu’à l’interdiction totale de l’essence plombée (1er janvier 2000) [2].

Connaissances épidémiologiques

Si chacun des polluants atmosphériques, considéré séparément, entraîne des effets spécifiques (toxicologie), il est en fait délicat d’établir leur nocivité propre en situation quotidienne, puisqu’ils sont présents sous forme d’un mélange complexe évoluant constamment. La confrontation entre données toxicologiques et épidémiologiques est indispensable pour affirmer la réalité d’un effet, car corrélation ne signifie pas nécessairement causalité [3].

Les effets des polluants atmosphériques dépendent de la nature physico-chimique du polluant, de la vulnérabilité des individus exposés, puis, enfin, de la dose inhalée pénétrant dans l’organisme. Certaines habitudes de vie (tabagisme, surexposition professionnelle) accroissent leurs effets sanitaires. L’épidémiologie environnementale observe ces excès de risque, faibles au niveau individuel, mais qui, à l’échelle d’une population, peuvent générer un impact sanitaire plus important.

Les effets à court terme

L’analyse des effets à court terme se fait au moyen d’études de panel (suivi de l’exposition individuelle) et d’études écologiques temporelles (suivi de l’exposition d’une population). Ces dernières ont mis en évidence, dès les années 1990 aux États-Unis, puis en Europe, que des variations journalières de polluants atmosphériques « classiques » (dioxyde de soufre, dioxyde d’azote et ozone, particules – fumées noires ou PM10 –) entraînent des effets sanitaires sur la fonction respiratoire ainsi que sur la fonction cardiovasculaire, la pollution atmosphérique favorisant notamment les manifestations aiguës de pathologies chroniques (asthme, bronchite chronique, pathologies cardiaques, AVC…) [4,5]. Ces effets impactent essentiellement les populations dites vulnérables (enfants, personnes âgées, individus souffrant de pathologies chroniques).

Ainsi, même à des concentrations inférieures aux valeurs limites d’exposition définies par les normes de qualité de l’air, on constate chez ces individus une dégradation de la fonction ventilatoire, une précipitation du décès chez des personnes déjà fragilisées, une augmentation du nombre d’hospitalisations pour cause respiratoire ou cardiovasculaire chez les sujets de plus de 65 ans et pour asthme chez l’enfant [6,7].

Certaines études de panel conduites sur des individus asthmatiques (majoritairement des enfants) ont montré que des polluants atmosphériques peuvent déclencher une crise d’asthme et des symptômes respiratoires, mais les résultats sont hétérogènes et très contrastés selon les polluants considérés [8,9].

En outre, les polluants particulaires et gazeux peuvent favoriser ou aggraver les mécanismes physiopathologiques à l’origine de la rhinite allergique. La fraction ultrafine amplifierait les réactions allergiques, notamment aux pollens (effet adjuvant) [10].

Les effets à long terme

Les études concernant les effets de la pollution atmosphérique suite à des expositions de longue durée sont moins nombreuses. Les types d’études déployées, de même que les méthodes d’évaluation de l’exposition aux polluants considérés (mesures in situ, estimation en fonction de la distance aux principaux axes routiers, modélisation…) sont très hétérogènes. Il en ressort cependant que l’exposition à long terme (chronique) à la pollution particulaire est associée à une augmentation du risque de décès par cancer du poumon et pour causes cardio-pulmonaires [11].

La responsabilité de la pollution atmosphérique dans l’induction de pathologies respiratoires chroniques est encore très débattue. Elle pourrait entraver le développement pulmonaire d’enfants résidant à proximité de routes à fort trafic [12] et diminuer la croissance pulmonaire d’enfants asthmatiques. Les enfants les plus exposés aux polluants de façon continue présenteraient une dégradation significative de certains paramètres de la fonction respiratoire à l’âge adulte [13].

La pollution atmosphérique classée cancérogène avéré

Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé comme « cancérogènes pour l’homme » (Groupe 1) les émissions diesel (en 2012), puis la pollution atmosphérique (en 2013) sur la base d’une littérature abondante et d’un niveau de preuve jugé suffisant (études sur l’animal et l’humain).

Le CIRC identifie les facteurs environnementaux susceptibles d’accroître le risque de cancer chez l’homme, puis les organismes de santé publique utilisent ces informations comme support scientifique dans leur action visant à prévenir l’exposition à ces cancérogènes potentiels. Cependant, les classifications du CIRC sont qualitatives et sont à rapprocher de la notion de « danger » (effet et mécanisme d’action de la substance) en usage chez les évaluateurs de risques plutôt que de la notion de « risque ». En effet, le résultat de la classification d’un agent, sous forme d’appartenance à l’une des cinq catégories de cancérogénicité, n’intègre pas la notion d’exposition des individus, comme le niveau et la durée d’exposition, ni la proximité des sources qui, seule, permet de passer de la notion d’existence d’un danger à la notion de risque de subir la conséquence du danger. C’est là toute la difficulté pour la maîtrise et la gestion effective du risque sanitaire [voir l’article sur la classification du CIRC dans ce numéro de Science et pseudo-sciences].

L’outil statistique est également essentiel pour estimer les corrélations entre indicateurs de pollution et indicateurs de santé. La puissance statistique des super-modèles actuels met en évidence des risques individuels faibles, que ne pouvaient pas mesurer les études épidémiologiques classiques. Revers de la médaille, ces nouveaux outils biaisent l’évaluation, dans la durée, du lien statistique entre polluants de l’air et effets sanitaires. William Dab et Bernard Festy évoquaient, dès 1998, le « passage de la loupe de Sherlock Holmes au microscope électronique, “changement d’optique” qui donne l’illusion que les risques sont aujourd’hui plus élevés qu’ils ne l’étaient par le passé. Ils ne le sont pas. Cela ne veut pas dire qu’il faille s’en détourner complètement et feindre de croire que la pollution n’a aucun impact sur la santé » [14].

De nouveaux dangers ?

Depuis quelques années, les études s’intéressant au lien entre l’exposition in utero et le développement chez l’enfant de troubles autistiques, cognitifs, de perte de QI ou d’hyperactivité, se multiplient. Celles sur l’initiation et l’aggravation des pathologies neurodégénératives également. Les méthodologies employées sont hétérogènes et les résultats inconstants d’une étude à l’autre. Sur le plan biologique, la plausibilité de ces effets et les modes d’action impliqués sont encore débattus [15,16]. Il en va de même pour les effets sanitaires des expositions multiples et des co-expositions, notamment bruit + pollution atmosphérique (effets conjoints sur le système cardio vasculaire).

Interactions entre pollens et polluants atmosphériques ?

Les études permettant de répondre à cette question sont très limitées. L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) indique cependant que « la pollution atmosphérique peut agir à trois niveaux : sur la personne allergique elle-même, sur la plante produisant le pollen et directement sur le pollen »1. Ainsi, certains polluants atmosphériques (ozone, dioxyde d’azote, particules…) influencent la réaction allergique aux pollens, soit en diminuant « le seuil de réactivité bronchique et/ou en accentuant l’irritation des muqueuses nasales ou oculaires chez les sujets sensibilisés », soit en modifiant la structure des grains de pollen. Les fragments résultants de la rupture des parois des grains ont une taille réduite permettant une pénétration facilitée dans le système respiratoire profond. D’autres études2,3, portant sur le changement climatique, montrent également un allongement de la durée de pollinisation et un pouvoir allergisant accru de certains pollens, en lien avec une élévation des températures atmosphériques et de la concentration en dioxyde de carbone.

48 000, 34 000, 11 000, 3 100 ou 11 décès annuels attribuables à la pollution ?

En juin 2016, l’agence Santé publique France (anciennement Institut de veille sanitaire) publiait une étude [17] sur l’évaluation quantitative de l’impact sanitaire de la pollution liée aux particules fines d’origine anthropique en France. Une annonce de 48 000 décès annuels en France attribuables à la pollution atmosphérique a largement été médiatisée. Mais elle repose sur de nombreuses hypothèses, toutes discutables.

Dans le cas du tabac, de l’alcool ou de l’amiante, par exemple, la mortalité attribuable est évaluée en additionnant les estimations séparées des causes de décès dont on a établi que le risque est augmenté par l’exposition étudiée. Ainsi, pour le tabac, les pathologies sont nombreuses : cancer du poumon, des voies aérodigestives supérieures, du pancréas, maladies cardiovasculaires, maladies pulmonaires, tuberculose… Le lien entre l’exposition au tabac et l’augmentation du risque pour chaque catégorie est connu, il est alors possible d’estimer de façon assez précise l’incidence du tabac en terme de mortalité. En France, on arrive ainsi à environ 70 000 décès anticipés par an imputables au tabagisme. La perte de durée de vie serait d’environ dix ans pour un fumeur qui n’aurait jamais arrêté [18].

Pour la pollution atmosphérique, il serait possible de procéder de la même façon : il faudrait analyser quelles causes de décès ont leur mortalité augmentée quand la pollution quotidienne augmente, et dans quelle proportion (l’asthme, les maladies respiratoires, les maladies cardiovasculaires, etc.), en prenant les effets à court et long terme. Mais c’est complexe. L’estimation de Santé publique France repose donc sur l’observation d’une corrélation entre les données journalières de mortalité toutes causes confondues et le niveau de pollution par les particules fines tel qu’observé (mesuré en µg/m3). En pratique, c’est le taux de particules PM2,5 (de diamètre inférieur à 2,5 microns) qui sert d’indicateur du niveau d’exposition à la pollution atmosphérique. De cette corrélation, on tire une estimation de l’augmentation du risque de décès toutes causes confondues pour une augmentation du niveau de pollution par les particules fines de 10 µg/m3. Cet excès est la part attribuée à la pollution atmosphérique. Plusieurs méta-analyses des études disponibles donnent des estimations qui varient de 6 % à 15 % d’augmentation du risque de décès par 10 µg/m3. Santé publique France a pris l’estimation la plus pessimiste avec une augmentation du risque de 15 %.

Ensuite, connaissant la mortalité et la pollution dans chaque commune de France, des calculs estiment le nombre de décès évités si la pollution était moindre. Naturellement le résultat dépend énormément du scénario alternatif de moindre pollution.

Pour en arriver au chiffre de 48 000, Santé publique France a pris un scénario alternatif correspondant à une utopie totale qui supposerait l’arrêt complet de toute activité industrielle, agricole, médicale, domestique et tertiaire, l’arrêt en somme de tous les secteurs consommateurs d’énergie et générateurs de pollution, sans évaluation de ce que cela entraînerait en nombre de décès liés au chômage, à un habitat non chauffé, au manque de transports, d’hygiène, de prise en charge médicale, etc. Ce scénario serait celui dans lequel toutes les communes de France auraient le niveau de pollution des 5 % des communes rurales les moins polluées (ce sont principalement des communes de montagne). Dit autrement, si toute la population française respirait l’air pur des 5 % des communes rurales les moins polluées (5 µg/m3), alors 48 000 décès par an seraient évités (ou, pour être plus précis, car le décès d’un individu ne peut être que reporté, l’espérance de vie à 30 ans serait allongée de neuf mois).

Mais Santé publique France a également procédé à des estimations sous d’autres hypothèses. Dans un scénario où chaque commune respirerait le meilleur air dans la taille de commune à laquelle elle appartient (communes rurales, communes de 2 000 à 20 000 habitants, de 20 000 à 100 000 habitants et de plus de 100 000 habitants), on éviterait 34 000 décès et neuf mois d’espérance de vie (à 30 ans) seraient gagnés. Dans les scénarios alternatifs dans lesquels aucune commune ne dépasserait une pollution moyenne annuelle de 10 µg/m3 (valeur guide recommandée par l’OMS), de 15 µg/m3 (valeur cible du Grenelle de l’environnement), ou de 20 µg/m3 (limite réglementaire européenne pour 2020), on éviterait respectivement 18 000, 3 100 et 11 décès annuels.

Des progrès énormes de réduction de la pollution atmosphérique ont été accomplis ces trente dernières années. Ils n’apparaissent pas dans l’étude de Santé publique France. Des réglementations contraignantes sur les émissions polluantes ont entraîné des améliorations de la qualité de l’air remarquées et remarquables pour plusieurs polluants.

Comment était-ce il y a 15 ans, 30 ans, 50 ans ?

L’inventaire des émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre en France, publié par le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (CITEPA) et le ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie (MEDDE) en 2015, indique que « pour la plupart des substances, les émissions ont été fortement réduites sur la période 1990-2013 ». Les baisses sont supérieures à 40 % pour les polluants dits « classiques » (dioxyde de soufre, oxydes d’azote, particules de diamètre aérodynamique médian inférieur à 10 et 2.5 µm, monoxyde de carbone), les métaux (arsenic, cadmium, chrome, mercure, nickel, plomb, zinc), les composés organiques volatiles non méthaniques (COVNM), les dioxines et furannes, les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) [17].

Les niveaux ambiants de polluants atmosphériques sont mesurés par des Associations agréées pour la surveillance de la qualité de l’air (AASQA). On connaît l’évolution de ces concentrations ambiantes sur plusieurs années, dans les principales agglomérations mais aussi en zones rurales, pour toutes les régions françaises. Selon les dernières publications du Commissariat général au développement durable (CGDD), entre 2000 et 2015, la pollution de l’air des villes s’est améliorée en situation de fond. Le dioxyde de soufre ne semble plus représenter un problème. Les concentrations de dioxyde d’azote et de particules (PM10) ont baissé significativement. Les teneurs estivales en ozone augmentent, par contre, mais de manière non significative, restant au-dessus de leur niveau de 2000.

Le grand smog de Londres

Un des événements sanitaires les plus médiatisés du XXe siècle reste la période de smog hivernal survenue à Londres du 5 au 9 décembre 1952. Elle fut à l’origine du premier Clean Air Act britannique en 1956. Le rôle de la pollution atmosphérique durant ces événements a été établi à partir des données épidémiologiques recueillies à l’époque et qui, depuis, ont fait l’objet de nombreuses analyses réitérées4,5. Au cours de ce pic, les niveaux maxima de pollution observés dans le centre de Londres en fumées noires et en dioxyde de soufre ont atteint respectivement 2 650 µg/m3 et 1 260 µg/m3 les 7 et 8 décembre (moyennes journalières), soit une concentration, pour le dioxyde de soufre, dix fois supérieure à la concentration de l’année précédente pour la même période. En comparant la période de smog londonienne à la période qui l’avait immédiatement précédée et à la période équivalente de l’hiver 1951, ainsi qu’à d’autres villes n’ayant pas connu de pollution, il a été estimé que ce pic avait été responsable d’un excès de 3 500 à 4 000 décès pour une population exposée de l’ordre de 8 millions de personnes : 80 à 90 % de ces décès étaient d’origine cardio-respiratoire et 60 à 70 % concernaient des personnes âgées de plus de 65 ans et aussi des enfants de moins d’un an.

Au cours des vingt dernières années, la réglementation concernant les particules PM10 et PM2.5 a été durcie. Entre 2010 et 2016, le seuil d’information et de recommandation pour les PM10 est passé de 80 µg/m3 à 50 µg/m3 en moyenne sur 24 heures. Le seuil d’alerte est descendu de 125 µg/m3 à 80 µg/m3 en moyenne sur 24 heures. Les niveaux de pollution aux particules et dioxyde d’azote n’ayant pas drastiquement diminué dans cet intervalle de temps, il y a un effet réglementaire de dépassement des valeurs seuil. Cela ne veut pas dire que les pics de pollution de ces derniers mois sont les pires que la France ait eu à connaître : les politiques de gestion des années 1990-2000 ont porté leurs fruits, mais elles atteignent maintenant leurs limites et doivent être adaptées, en gardant à l’esprit que le niveau zéro de pollution est utopique.

La France ne connaît plus, fort heureusement, les grands épisodes de pollution aiguë des XIXe et XXe siècles, quand l’industrie florissante relâchait des quantités extrêmement élevées de polluants (essentiellement acido-particulaires, comme le dioxyde de soufre), qui créaient une atmosphère hautement délétère dans les vallées encaissées, les jours sans vent.

Depuis ces grands événements sanitaires, les connaissances métrologiques, météorologiques, toxicologiques, épidémiologiques notamment, ont progressé. Les modes de vie aussi.

Dans les pays développés, les campagnes ont été peu à peu désertées au profit des agglomérations. La voiture a pris une place prépondérante dans la vie des populations, notamment en ville. De ce fait, la nature de la pollution a changé. Les émissions accidentelles d’importantes quantités de polluants sur de courtes périodes ont fait place à des émissions plus régulières, sur de longues périodes, attribuables en ville notamment aux transports et au chauffage urbain, et dans les campagnes à l’agriculture et au chauffage au bois.

Il n’en va pas de même dans les régions connaissant un très fort essor industriel, notamment en Chine, en Inde, en Afrique subsaharienne (Nigeria, Éthiopie et Égypte). Ces pays rencontrent actuellement les situations atmosphériques et sanitaires décrites dans les grandes villes et les zones fortement industrialisées en Europe aux XIXe et XXe siècles.

En France, les principales causes

En France, la pollution prédomine dans les zones urbanisées. La densité du trafic routier, puis le chauffage domestique au fioul et au bois sont à l’origine d’une pollution aux particules et oxydes d’azote qui contribuent eux-mêmes à la formation d’ozone, lorsque l’ensoleillement est suffisant. Les constructions urbaines et les conditions météorologiques (situation anticyclonique durable : absence de précipitations, de vents, inversion thermique des masses d’air – froid au sol, chaud en altitude) peuvent ensuite amplifier cette pollution en nuisant à la dispersion et à la dilution des polluants.

Les zones industrielles denses, concentrées sur un périmètre géographique restreint, peuvent également émettre dans l’atmosphère des concentrations notables de polluants de natures diverses, affectant les populations locales mais également plus éloignées, les polluants atmosphériques étant capables de se déplacer sur de grandes distances.

Les régions rurales ne sont pas épargnées, à l’exemple de la vallée de l’Arve, touchée régulièrement par des épisodes de pollution aiguë impliquant essentiellement le chauffage domestique au bois (près de 70 % des émissions particulaires), puis les transports routiers (environ 20 % des PM10, et 75 % des oxydes d’azote) et l’industrie (12 % des PM10).

L’agriculture est également un secteur économique scruté à la loupe : il est responsable de 97 % des émissions d’ammoniac (présent dans de nombreux engrais, et émis par l’élevage et épandage des effluents), précurseur de la formation secondaire de particules fines. Ce secteur est également émetteur de particules, dioxyde d’azote, de COV et de produits phytosanitaires (pesticides notamment). Cependant, de nombreuses incertitudes demeurent, liées au manque de références expérimentales sur les émissions et de données statistiques sur les pratiques de culture et d’élevage, ainsi que sur l’impact des conditions climatiques [19].

Ainsi, bien que les concentrations de polluants émis dans l’atmosphère aient fortement décru au cours des vingt dernières années, les niveaux de particules, de dioxyde d’azote et d’ozone stagnent maintenant. Leur réduction est plus ardue car elle met en jeu des sources multiples et des interactions complexes. Les mesures de réduction efficaces il y a vingt ans ne sont plus adaptées. Plusieurs plans d’action sont mis en place au niveau européen et national pour réduire encore les émissions des secteurs les plus polluants et encourager les initiatives d’amélioration de la qualité de l’air : alternatives à la voiture, normes EURO renforcées dans le secteur automobile, renforcement des réglementations sectorielles, développement de systèmes de chauffage multi-usages, multi-énergies, remplacement d’équipements vétustes, interdiction du brûlage des déchets verts, etc.

Et l’air intérieur ?

Nous passons près de 22 heures par jour dans des espaces clos ou semi-clos (logement, transports, lieu de travail, espaces de loisirs, commerces, etc.) dans les pays développés. La qualité de l’air à l’intérieur de ces environnements dépend bien sûr de la qualité de l’air extérieur, mais également des sources intérieures de pollution, des activités qui y sont menées et des moyens de ventilation en place. Le chauffage, la préparation des repas, les équipements, le mobilier, les revêtements intérieurs (peintures, moquettes, etc.), les éléments de décoration (bougies, encens), les activités de bricolage et entretien, la présence d’animaux domestiques, peuvent ainsi générer dans ces espaces fermés des polluants multiples et spécifiques, aux effets sanitaires avérés. Il peut ainsi s’agir de polluants chimiques sous forme gazeuse ou particulaires (monoxyde de carbone, fumée de tabac, composés organiques volatils, dioxyde d’azote, métaux lourds, pesticides, polluants organiques persistants), d’agents biologiques (bio-effluents humains, micro-organismes…), mais également d’agents physiques (amiante, fibres minérales artificielles, radon, champs électromagnétiques, bruit, etc.). La maîtrise de ces polluants passe par une réduction à la source puis par une dilution et une évacuation efficace grâce à une ventilation adaptée. Garantir une bonne qualité de l’air intérieur dans les différents espaces intérieurs est donc est une préoccupation essentielle de santé publique puisque l’ensemble de la population est concerné, et que les personnes les plus sensibles (enfants, femmes enceintes, personnes âgées et personnes malades), sont celles qui y passent le plus de temps.

Références

[1] « Rapport national d’inventaire des émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre en France – Séries sectorielles et analyses étendues », CITEPA, 2015, 317 p. Sur www.citepa.org/fr/activites/...
[2] « L’évolution de la qualité de l’air dans les agglomérations françaises, en situation de fond urbain », ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, commissariat général au Développement durable. Sur www.statistiques.developpeme...
[3] Souques M. « Notions de base sur l’épidémiologie », SPS, 2009, n° 286. Sur www.pseudo-sciences.org/.
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[6] Medina S. et al. “Air pollution and doctors’house calls : results from the ERPURS system for monitoring the effects of air pollution on public health in Greater Paris, France, 1991-1995. Evaluation des Risques de la Pollution Urbaine pour la Santé”. Environ Res, 1997, 75(1):73-84.
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[10] Bonay M., Aubier M. « Pollution atmosphérique et maladies respiratoires allergiques ». Medecine/science, 2007, 23(2):187–192.
[11] Pope CA. et al. “Lung Cancer, Cardiopulmonary Mortality, and Long-term Exposure to Fine Particulate Air Pollution”. JAMA : the journal of the American Medical Association, 2002, 287(9):1132-1141.
[12] Gauderman WJ. et al. “Effect of exposure to traffic on lung development from 10 to 18 years of age : a cohort study”. Lancet, 2007, 369(9561):571-7.
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[18] Jha P., Phil D., and Peto P. “Global Effects of Smoking, of Quitting, and of Taxing Tobacco”, N Engl J Med, 2014, 370:60-68.
[19] « Émissions agricoles de particules dans l’air. État des lieux et leviers d’action ». ADEME, 2012, 34 p.

1 « État des connaissances sur l’impact sanitaire lié à l’exposition de la population générale aux pollens présents dans l’air ambiant. Avis de l’Anses. Rapport d’expertise collective ». ANSES, 2014, 217 p.

2 Wayne P., Foster S., Connolly J., Bazzaz F., Epstein P. “Production of allergenic pollen by ragweed (Ambrosia artemisiifolia L.) is increased in CO2-enriched atmospheres”. Annals of Allergy, Asthma and Immunology, 2002, 88(3):279-282.

3 Besancenot JP., Thibaudon M. “Climate change and pollination”. Rev Mal Respir, 2012, 29(10):1238-1253.

4 Hunt A., Abraham JL., Judson B, Berry CL. “Toxicologic and epidemiologic clues from the characterization of the 1952 London smog fine particulate matter in archival autopsy lung tissues”. Environ Health Perspect, 2003,111:1209-14.

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Mis en ligne le 2 juillet 2017
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