« Fact checking » et esprit critique

320 - avril 2017

Les initiatives de « fact checking » se multiplient. Le journal Le Monde a lancé le « Décodex », France info propose sa rubrique régulière « Le vrai du faux » et Libération son « Désintox ». Google annonce la mise en place d’un label « vérification des faits » associé à son service « Actualités » qui s’appuiera sur les « décodages » proposés par les trois médias cités plus haut. Ces initiatives partent de bonnes intentions : donner des outils pour aider à faire la part des choses entre informations sérieuses et rumeurs qui se multiplient avec Internet.

Mais, s’inquiète l’ancien journaliste Guy Mettan, « on risque très rapidement de désigner de manière arbitraire et peu transparente qui sont les “bons” qui éclaireraient le public, et qui seraient les “méchants” qui voudraient le tromper ». Ainsi, le Décodex du Monde propose d’entrer le nom d’un site Internet pour connaître la fiabilité de la source de l’information1. La réponse est presque binaire : c’est vert (plutôt fiable), orange (imprécis) ou rouge (fausses informations). Comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, Le Monde s’est autoévalué et s’estime « plutôt fiable » (vert).

Guy Mettan constate que « le système est assez biaisé et qu’il sert avant tout à conforter les personnes et les médias qui pensent d’une certaine manière » et dénonce un certain journalisme qui « était habitué à donner le “la” » et, qui, dépassé et victime d’une crise de confiance, « recommande ses proches et disqualifie ceux qui ne pensent pas comme lui »2.

Révélatrice est l’évolution de l’avis donné par le Décodex sur le site Doctissimo consacré à la santé. Dans un premier temps, il apparaît classé en rouge : « Ce site diffuse régulièrement de fausses informations ou des articles trompeurs. Restez vigilant ou cherchez d’autres sources plus fiables ». Seulement voilà, le groupe Le Monde vient d’établir un partenariat avec Doctissimo pour lancer le magazine Sens & santé visant au « croisement de la recherche scientifique, des médecines complémentaires et de l’art de vivre » et se donne pour mission « d’aider à retrouver ce qui relie en vous le corps et l’esprit ». Étrangement, le Décodex a, depuis, requalifié le site Doctissimo, qui passe ainsi en vert3.

Remarquons avec Jean Bricmont4 qu’« [établir] des listes de sites à bannir ou à éviter, comme l’Église catholique l’a fait avec les livres, [va] pousser les gens à aller sur ces sites. Certains sont très bien et d’autres pas du tout ». L’effet obtenu par cette mise à l’index risque d’être l’inverse de celui escompté.

Mais, objectera-t-on, sur les sujets traités par Science et pseudo-sciences, n’existe-t-il pas des faits bien vérifiables qu’il fait sens de promouvoir contre toutes les rumeurs infondées ? Et notre revue n’est-elle pas entièrement consacrée à cette tâche ? Oui, mais la différence est de taille : apporter des faits, des références et des arguments relève bien du b.a.-ba de l’information scientifique (et du journalisme en général). Rien à voir avec une distribution de bons et de mauvais points. Et c’est bien au cas par cas qu’il convient de procéder à l’analyse. Ainsi, par exemple, le Décodex attribue-t-il une note positive au Monde Diplomatique en général. Sur notre site Internet, nous analysons un récent article du mensuel sur les ondes électromagnétiques où, clairement, l’état de la connaissance scientifique a été oublié. Pour autant, loin de nous l’idée de décerner un label négatif ou positif au mensuel. C’est un article signé d’un auteur qui a été analysé. Avec des faits et des références, laissant au lecteur le soin de juger de chacun des arguments et de l’article en général.

Les fausses informations prolifèrent. Le phénomène s’est amplifié avec Internet. C’est particulièrement vrai dans le domaine de la santé et de l’environnement. L’esprit critique de chacun reste la meilleure arme. Pour notre part, nous mettons en avant des arguments et publions des analyses étayées et référencées pour alimenter cet esprit critique.

Science et pseudo-sciences

1 www.lemonde.fr/verification

2 « Entre bonnes intentions et effets pervers, le Décodex du Monde vu par le journaliste Guy Mettan ». Sur https://francais.rt.com/

3 Éléments publiés sur www.les-crises.fr : « [Tellement prévisible] Le Décodex victime d’un conflit d’intérêts patent avec Doctissimo… », 21 février 2017. Amusant de constater, lorsque qu’on demande un avis sur le site les-crises.fr, que le Décodex indique : « peut être régulièrement imprécis, ne précisant pas ses sources et reprenant des informations sans vérification. Soyez prudent et cherchez d’autres sources. » Il ne fait pas bon s’en prendre au Monde.

4 « Comité de censure et logique totalitariste derrière la lutte contre les “fake news” ». Sur https://francais.rt.com/

Mis en ligne le 26 avril 2017
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