Où sera le prochain séisme ?

Note de lecture de Georges Jobert - avril 2017

Où sera le prochain séisme ?

Défis de la sismologie au XXIe siècle

Rémy Bossu, Jocelyn Guilbert et Bruno Feignier

EDP Sciences, Coll. Bulles de sciences, 2016, 190 pages, 19 €

Avant de présenter cet ouvrage, quelques mots sur cette collection et son éditeur. Celle-ci se présente ainsi : “Destiné (sic !) à un large public, cette collection a pour vocation de dresser un état des connaissances sur un sujet actuel relevant du domaine scientifique. Des textes vivants, illustrés, riches d’enseignements, d’anecdotes, de rencontres et d’aventures vous permettront de mieux comprendre les défis posés par les sciences aujourd’hui”. Trente-cinq ouvrages sont déjà parus.

EDP Sciences, éditeur partenaire des communautés scientifiques, est le fruit d’une association entre la Société française de physique, la Société française de chimie, la Société de mathématiques appliquées et industrielles et la Société française d’optique. C’est le successeur de La Société du Journal de Physique et Le Radium.

Trois chercheurs du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) ont écrit l’ouvrage : Jocelyn Guilbert, décédé cette année, a été directeur du Laboratoire de détection et de géophysique1 du CEA ; Rémy Bossu est responsable du Centre sismologique euro-méditerranéen (CSEM)2 ; Bruno Feignier est responsable du Département Analyse, Surveillance, Environnement du CEA.

Les auteurs précisent immédiatement que la réponse à la question du titre est “le défi ultime de la sismologie du XXe siècle”. Leur objectif est de donner à tout lecteur une vision de l’état de la sismologie et des défis qu’elle devra assumer. Pour y parvenir, ils brossent successivement en six chapitres : les notions nécessaires, reprises in fine dans un glossaire3, les méthodes d’observation, leur utilisation en routine, l’information des citoyens et leur éducation en région menacée, les autres sources de vibrations et, enfin, les grands chantiers actuels.

C’est le quatrième chapitre qui est le plus novateur. L’utilisation explosive de nouveaux médias, permise par les progrès de l’informatique, amène à des méthodes totalement imprévues d’étude des séismes. Il y a quelques années, les témoins de ces catastrophes faisaient usage de leur téléphone – si la ligne n’était pas coupée – pour donner de leurs nouvelles à leurs proches ou pour demander des informations aux services compétents. De nos jours, ils consultent aussitôt par smartphones, tablettes… les sites Internet d’information sismologique. De la sorte, les services de surveillance sont immédiatement informés d’un événement. Le CSEM a implémenté une méthode basée sur l’adresse IP de l’ordinateur qui appelle. Pour le séisme de Barcelonnette en avril 2014 (magnitude 4,9), le nombre d’appels par minute que le Centre a reçu est passé à plus de 100 en trois minutes et à plus de 700 en moins de quinze. Dans des régions plus souvent ébranlées, la réaction de la population est très rapide et la détection qui en résulte précède presque toujours la localisation effectuée par les réseaux de surveillance. Mais sa précision est au mieux au niveau de la ville.

Le premier grand chantier envisagé par les auteurs est l’exploitation de toute l’information recueillie. Et celle-ci croît constamment. On compte par centaines les stations implantées aux États-Unis, chacune fournissant 300 données par seconde, et il y en a plus de 4000 au Japon. On entre dans le domaine du Big Data. Comme il a déjà été indiqué dans Science et pseudo-sciences4, le bruit de fond fournit lui aussi des informations exploitables. Vue la diminution du prix des instruments, on peut maintenant en implanter à l’intérieur des constructions (gratte-ciels, barrages…) pour en suivre le comportement lors d’un séisme et l’évolution. On peut exploiter la ressemblance entre séismes sur une même faille pour étudier les changements du milieu. La méthode du retournement temporel développée par M. Fink a été appliquée à la sismologie5. L’importance du rôle des séismes lents6 est maintenant reconnue. Il est dommage que ce livre soit paru un mois avant l’annonce de la détection d’un effet gravitationnel produit par le séisme de Tohoku Oki7.

Il faut féliciter les auteurs pour la clarté de leurs explications et la qualité de leurs illustrations, souvent tirées de sources peu accessibles. On apprend bien des choses sur de nombreux sujets (les essais nucléaires de Corée du Nord, l’explosion à l’usine AZF de Toulouse, l’explosion à bord du sous-marin soviétique Koursk, la fonte des icebergs et mêmes les effets sismiques des matchs de foot). D’une écriture alerte, ce livre se lit avec plaisir. Du moins si l’on n’est pas trop attaché à l’orthographe : le nombre de fautes est un vrai calvaire, d’autant plus impardonnable qu’il existe des correcteurs efficaces dans tout traitement de texte, manifestement pas utilisés par EDP Sciences.

1 Ce laboratoire a été fondé par le professeur Yves Rocard pour étudier les signaux électromagnétiques et sismiques produits par des explosions nucléaires. http://www-dase.cea.fr/default.php?...

2 http://www.emsc-csem.org/

3 Malheureusement non indexé.

4 Voir Du bon usage du bruit par G. Jobert, Science et pseudo-sciences, numéro 307, janvier 2014.

5 http://www.lanl.gov/orgs/ees/ees11/... L’absence de référence pour la figure de la page 167 ne permet pas de savoir s’il s’agit d’un traitement des enregistrements sismiques ou de ceux du tsunami (voir http://rses.anu.edu.au/research/pro...). L’absence de tout lien ne permet d’ailleurs pas au lecteur d’approfondir un des sujets présentés.

6 Ces séismes qui durent de quelques semaines à quelques mois se produisent sans secousse perceptible et peuvent atteindre des magnitudes de 7,5 sur l’échelle de Richter. Voir Connaissez-vous les séismes lents ? par Laure Cailloce, Journal du CNRS (07.04.2016) https://lejournal.cnrs.fr/.

7 Voir Progrès dans les mesures de gravité par G. Jobert, Science et pseudo-sciences, numéro 320, avril 2017 (p. 7 à 9).

Mis en ligne le 15 avril 2017
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