Comment bien se nourrir en respectant la planète et notre santé ? 10 questions à Pierre Feillet

Note de lecture de André Heitz - SPS n°319, janvier 2017

Comment bien se nourrir en respectant

la planète et notre santé ?

10 questions à Pierre Feillet
EDP Sciences, Coll. Académie des technologies, 140 pages, 20 €

« Dix questions à... » est un exercice redoutable. Il s’agit de résumer des questions complexes en dix chapitres d’une dizaine de pages chacun, en moyenne : l’empreinte environnementale des aliments ; la fiabilité de l’affichage environnemental ; les circuits courts et de proximité ; la réduction du gaspillage alimentaire ; les économies d’énergie dans la cuisine ; la consommation de viande, de poissons d’élevage, d’aliments biologiques, d’aliments issus d’OGM. Et en conclusion, « comment bien composer ses menus ? ».

Pierre Feillet est ingénieur agronome, directeur de recherche émérite à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), ancien directeur général délégué de l’INRA, membre de l’Académie des technologies et de l’Académie d’agriculture de France. Il aime à rappeler avec humour qu’il est « spécialiste du blé, et encore... d’une partie du blé, d’une des protéines du blé : le gluten. Et plus précisément d’une partie de cette protéine... »1. Ce qui ne l’a pas empêché d’élargir sa focale sur l’alimentation dans sa dimension plus générale.

Il nous offre donc des réponses claires, étayées et nuancées. « In fine, les consommateurs ont un choix difficile à faire en raison de la multiplicité des paramètres à prendre en compte et de l’impossibilité de réduire ces derniers à une note synthétique. Il dépendra de la priorité que chacun donnera à l’un ou l’autre de ces paramètres » (p. 90), écrit-il par exemple à propos des OGM. C’est un leitmotiv de l’ouvrage.

Ces nuances sont aussi nécessaires si l’on veut informer sans rebuter, notamment celles et ceux qui accordent une grande importance à leur santé et à leur impact sur l’environnement et sont particulièrement sensibles aux lieux communs et autres légendes urbaines sur les incidences de tel ou tel comportement alimentaire. Mais le choix peut devenir cornélien quand il faut résumer des avantages et des inconvénients dans un tableau. Par exemple, telle forme d’agriculture est-elle meilleure que telle autre pour l’impact sur la biodiversité ? Ça se discute... l’auteur a tranché.

Au final, le lecteur est confronté à la complexité de la réalité et est incité à réfléchir et à analyser sa propre démarche. L’auteur a excellé dans cet exercice.

On peut cependant noter quelques lacunes... mais ce fut un exercice sur 140 pages. Ainsi, les « kilomètres alimentaires » du consommateur auraient mérité un meilleur traitement. Pierre Feillet explique, certes, que « faire 10 km en voiture personnelle pour aller chercher quelques fruits et légumes est un non-sens climatique » (p. 29), mais une illustration chiffrée aurait été éclairante. Ainsi, selon des documents de l’ADEME2, le transport principal par camion d’un kilogramme de tomates du Maroc consomme 0,086 kg d’équivalent pétrole, alors qu’il faut 1 kg d’équivalent pétrole pour faire ses courses à une distance de neuf kilomètres de son domicile.

L’ouvrage s’adresse en premier lieu aux consommateurs sensibles à ces problématiques d’environnement et de santé et disposant des moyens pour faire des choix. Heureux ceux qui peuvent arbitrer entre la coquille Saint-Jacques sauvage (Atlantique Nord, Argentine), à privilégier selon GoodPlanet (curieuse référence...)3, et la coquille Saint-Jacques d’élevage, à modérer ; ou entre le saumon sauvage du Pacifique, à privilégier, et le saumon d’élevage, à modérer (pp. 65-66).

Il y a cependant une population, à mon sens bien plus nombreuse, qui subit d’importantes contraintes dans son accès à l’alimentation. Selon un document de l’Observatoire des inégalités d’octobre 20154, la France comptait 2,1 millions de personnes vivant avec au mieux 667 euros par mois pour une personne seule (Insee, données 2013) et 3,9 millions auraient eu recours à l’aide alimentaire (selon la Direction générale de la cohésion sociale). Des millions d’autres personnes, du fait de leurs obligations personnelles et professionnelles, font par exemple leurs courses une fois par semaine pour garnir réfrigérateur et congélateur, sans égard pour la « multiplicité des paramètres à prendre en compte » du point de vue de l’environnement et, malheureusement aussi, de la santé. L’ouvrage n’aborde pas ces aspects sociaux, qui sortent de la mission de l’Académie des technologies.

1 Dijonscope, Oui au progrès... sauf dans mon assiette !, 2010, Site blogs.mediapart/dijonscope.

2 ADEME, Panorama de la recherche 2008, 2008, disponible sur le site de l’ADEME ; Bio Intelligence Service et Ademe, Impact environnemental du transport de fruits et légumes frais importés et consommés en France métropolitaine, 2007, disponible sur le site maguelonegardiole.fr.

3 Site Goodplanet.org, Choisir son poisson (sans date).

4 Observatoire des inégalités, La misère persiste en France, l’un des pays les plus riches au monde, 2015.

Mis en ligne le 5 avril 2017
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