Petit traité de hasardologie

Note de lecture de Nicolas Gauvrit - SPS n°319, janvier 2017

 Petit traité de hasardologie
Hubert Krivine, postface de Guillaume Lecointre
Cassini, 2016, 176 pages, 14 €

Dans un style léger, joyeux et souvent drôle, ce petit ouvrage passe en revue bien des questions profondes liées à la théorie des probabilités, à la perception que nous avons du hasard et au moyen de modéliser et d’utiliser les probabilités, surtout en sciences. Il est accessible à tous, et plaira surtout à ceux qui se passionnent pour les mathématiques appliquées et pour la science en général. Le lecteur pourra apprécier le foisonnement d’exemples historiques ou drôles, allant des errements statistiques d’Elizabeth Teissier au sexisme ordinaire qui, dans certains pays, conduit les couples à ne s’arrêter de procréer que lorsqu’ils ont eu au moins un garçon. On apprend au passage que cette politique n’a pas d’effet sur la répartition des garçons et des filles dans le pays : un résultat simple quand on y repense… et pourtant follement contre-intuitif.

On découvre les probabilités subjectives et notre intuition parfois trompeuse des statistiques, magistralement et tristement illustrées par l’affaire Sally Clark, où une femme a priori innocente a été par trois fois condamnée sur la base d’une erreur probabiliste. On en apprend de belles sur le mouvement brownien, le vol de Lévy ou le billard de Sinaï, somptueux exemples mathématiques rendus limpides par l’auteur. On apprend que le problème de la percolation (comment passer dans un milieu encombré) bénéficie de l’apport des probabilités.

Le livre se lit d’une traite. On a le sentiment, toujours en haleine, de butiner de-ci de-là parmi les trésors de la mesure du hasard. C’est une promenade enchantée dans le monde de la théorie des probabilités. On pourra seulement regretter que les « preuves » données en annexe soient parfois obscures pour le non-initié (contrairement au reste du livre). Autre point faible, les parties traitant de la définition du hasard sont légères, manquant de profondeur par endroits : la définition ressassée mais inopérante de Cournot, qui définit le hasard comme une coïncidence (la rencontre de deux chaînes causales), est reprise sans distance et le chaos est un peu vite rapproché du hasard. Ce sont là des détails ; et pour le reste, ce livre est un menu de gourmet !

Mis en ligne le 27 mars 2017
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