Article 18 quater

261 - Mars 2004

Le 8 octobre 2003, l’assemblée Nationale votait, à l’unanimité, dans un amphithéâtre presque vide, un amendement au code de la santé publique présenté par le député Bernard Accoyer et visant à « réglementer la pratique des psychothérapies ». Cet amendement, adopté à l’unanimité, a provoqué de très vives réactions. D’une part, le texte, très bref, indiquait la volonté des autorités de définir les différentes catégories de psychothérapies qui seraient « fixées par décret du ministre chargé de la santé » en précisant que « leur mise en œuvre ne peut relever que de médecins psychiatres ou de médecins et psychologues ayant les qualités professionnelles requises... ». D’autre part, l’amendement prévoyait, pour les professionnels de psychothérapie « actuellement en activité et non titulaires de ces qualifications « la possibilité pour ceux qui pratiquaient » depuis plus de 5 ans de « poursuivre cette activité thérapeutique sous réserve de satisfaire, dans les trois années... à une évaluation de leurs connaissances ». Ce texte de loi se trouvait justifié par le fait que, aussi étonnant que cela puisse paraître, n’importe qui en France, aujourd’hui, peut se proclamer psychothérapeute et qu’il en résulte des dérives maintes fois dénoncées et souvent dramatiques.

Les charges les plus violentes contre cet amendement sont venues des milieux psychanalytiques. En effet, la psychanalyse, si elle est parfois pratiquée par des psychiatres ou des psychologues cliniciens est le plus souvent le fait de praticiens sans diplômes universitaires. Dans les jours qui ont suivi le vote, les attaques ont été massives : les « figures » les plus emblématiques du freudisme se sont exprimées dans la presse. Des appels - « laissez-nous nos charlatans ! » - des pétitions - « touche pas à mon psy » - ont été lancées par les plus médiatiques fidèles du transfert. Les sénateurs qui devaient examiner le texte début janvier ont été l’objet d’interpellations vigoureuses et de sollicitations pressantes. Les opposants se sont, en gros, divisés en deux groupes : ceux qui, derrière J-A Miller1 demandaient la création d’un « conseil national des pratiques thérapeutiques relatives au psychisme » et ceux qui, sans s’opposer à l’amendement Accoyer, souhaitaient simplement que la psychanalyse soit sortie de son champ d’application. Ce brouhaha médiatique n’a laissé que peu de place à ceux qui approuvaient globalement le projet. Les positions des organisations antisectes qui se félicitaient dans leur majorité d’une possibilité de lutte contre les dérives sectaires furent le plus souvent passées sous silence, de même que celles des organisations de psychologues.

En fait, le 19 janvier, le Sénat, après un débat plutôt confus, a adopté, en lieu et place du précédent, par 198 voix contre 117, un nouvel amendement (N° 363) présenté par le gouvernement qui crée un "registre national des psychothérapeutes « mais dispense de l’inscription » les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les psychologues titulaires d’un diplôme d’Etat et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations ». Ainsi tout débat sur la validité des différentes psychothérapies est occulté, « l’exception psychanalytique française » est préservée et surtout les organisations de psychanalystes se voient promues à l’égal des instances universitaires. « Je vais créer une association de psychanalyse et y inscrire tous mes amis » plaisantait un intervenant sur le forum du Syndicat National de Psychologues.

Est-ce la fin du débat ? Nullement, car une partie des psychanalystes, qui refusent tout enregistrement individuel, considèrent ce texte comme « pire que celui d’Accoyer »2 !

L’amendement 363 devenu, par la grâce du vote, l’article 18 quater, reviendra au mois de juin devant le parlement ! D’ici là, nous n’avons sûrement pas fini d’en entendre parler...

1 Psychanalyste et gendre de Jacques Lacan.

2 Journal télévisé de Public Sénat le 20 janvier 2004.

Mis en ligne le 23 juillet 2004
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