Courrier des lecteurs : juin à septembre 2016

SPS n°318, octobre 2016

Nous ne pouvons pas publier tous les courriers reçus, ni les publier dans leur intégralité. Les choix opérés et les coupures faites sont de la seule responsabilité de la rédaction.

Des sujets préférentiels ?

J’ai découvert l’AFIS récemment et j’apprécie énormément le travail effectué pour donner du poids à la connaissance scientifique et aux faits sur des sujets d’actualité. Pour autant, j’ai le sentiment d’un déséquilibre entre des articles s’attardant sur les contre-vérités écologistes (par exemple la toxicité des OGM) et le manque d’articles sur les contre-vérités énoncées par les industries concernées (par exemple la prétendue efficacité des OGM).

Sur le thème de la naturalité [j’ai] pu lire [article « Loi Biodiversité : la science instrumentalisée », SPS n°316, avril 2016] que « nos bocages, la Camargue, le lac du Der en Champagne, les Dombes et la Sologne, ainsi que la forêt des Landes, milieux artificiels par excellence, sont aussi des hauts lieux de naturalité ! ». Un argument qui va à l’encontre des propos de chercheurs reconnus dans ce domaine pour lesquels les hauts lieux de naturalité en Europe se résument à quelques réserves pour la plupart minuscules.

Par ailleurs, j’ai également le sentiment que les sujets traités s’apparentent le plus souvent aux « sciences dures » et peu aux sciences humaines et sociales (économie, sociologie, histoire) parmi lesquelles beaucoup d’idées reçues seraient à démonter.

Les réserves que j’apporte ne remettent pas en cause la qualité de vos articles et le plaisir que j’ai à les lire […] mais indiquent mon envie de vous lire encore et si possible avec des angles de vues plus diversifiés et pourquoi pas contradictoires.

B. C.

L’AFIS se donne pour but de défendre l’intégrité scientifique, tant contre l’obscurantisme et l’irrationnel que contre les déformations de la science, quelles que soient les sources des manipulations : industries, associations, médias, institutions, hommes politiques… Mais nous le faisons toujours du point de vue des faits scientifiques et non pas d’un jugement sur les intentions réelles ou supposées. Nous avons ainsi traité de l’industrie du tabac, de celle des médicaments homéopathiques, de l’industrie pharmaceutique (Mediator, et dans ce numéro, Dépakine)... Nous avons mis en avant les faits scientifiques. Nous procédons de même avec ce que nous appellerons l’écologie politique. La prétention scientifique est souvent au cœur de son argumentation, mais, à l’opposé de la véritable écologie scientifique, ce courant a la particularité de s’appuyer sur des faits sélectionnés, voire non avérés. Nous ne discutons pas des motivations, de la « cause », de sa validité aux yeux des uns ou des autres, mais commentons et documentons le volet scientifique des allégations. Les effets des activités de l’être humain sur l’environnement et la santé sont une préoccupation majeure. Mais la réflexion doit s’instruire sur la base des faits établis et considérer l’ensemble de la question  : les risques, mais aussi les bénéfices et les alternatives.

Au sujet des sciences humaines, et malgré une perméabilité sans aucun doute plus grande à l’opinion et l’idéologie (aujourd’hui, un historien marxiste, un sociologue post-moderne, un économiste libéral... n’auront pas le même discours que leurs collègues d’autres obédiences), car il s’agit de disciplines plus jeunes et peut-être plus complexes, nous les abordons sous notre angle habituel : la démarche scientifique elle-même. Il n’y a pas, pour nous, de science dure, molle, humaine ou inhumaine, mais une même méthode d’accès à la connaissance du monde fondée sur les faits et les preuves.

Enfin, Christian Lévêque, dont vous évoquez l’article, nous a fait parvenir la réponse suivante : « “Haut lieu de naturalité” n’a pas de définition codifiée. Vous faites référence à des réserves de flore et faune qui sont supposées “vierges” de l’action de l’homme. Pourquoi pas… mais l’article faisait référence à des lieux qui sont réputés pour leur richesse en espèces et dont certains ont été consacrés par des labels. Dans l’esprit du public et de certains mouvements militants, ces milieux artificiels sont perçus comme des milieux “naturels”... d’où l’appellation “parc naturel régional” pour la Camargue par exemple. La confusion entre naturel et artificiel est ici permanente. Sur cette question, je ne crois donc pas qu’il y ait contradiction avec d’autres propos, quand on explicite l’usage du terme. »

À propos de climat

Je suis abonné depuis 2007 à votre revue. J’apprécie la majorité des sujets traités qui nous apportent un éclairage objectif face à la technophobie ambiante [...]. Dans votre n° 317, et son dossier sur le Climat, François-Marie Bréon expose les théories du GIEC […]. [Mais il y a un] refus de prendre en compte les avis de scientifiques qui avancent d’autres théories […]. Des milliers de scientifiques fâchés contre le GIEC […] crient au complot […] et pensent que ce réchauffement, ces changements climatiques, sont bien plus compliqués qu’une simple et unique cause humaine […]. À défaut d’apporter des preuves par des observations non tronquées, est-il indispensable de mépriser, comme le fait le lobby climatique, ceux qui n’admettent pas ses conclusions [en les rangeant] dans un gros tiroir sur lequel on a collé l’étiquette « climatosceptiques  » ? J’ai [aussi] été surpris [par la comparaison avec] Gilles-Eric Séralini sur les OGM [...]. Je suis effrayé de voir les sommes colossales de financement envisagé pour lutter contre une cause hypothétique du changement climatique alors que ces financements pourraient être beaucoup plus utiles pour améliorer la vie des populations déshéritées en les aidant plus efficacement à s’adapter au changement climatique.

C. B.

Un des objectifs de notre dossier était de montrer que la controverse sur le climat n’est pas d’ordre scientifique (où le consensus est bien étrabli), mais relève de divergences sur les choix politiques, économiques ou sociaux. Ainsi, l’usage des fonds disponibles (les orienter vers l’adaptation ou la « mitigation » ?) que vous soulevez est un thème que nous évoquons (avec l’analyse du livre de Sylvestre Huet). Et justement, sur ce sujet particulièr, la discussion ne relève pas de la science du climat, mais bien de choix de société. D’où, d’ailleurs, une partie du titre de notre couverture : « ce que la science ne dicte pas ».

Sur le plan des faits scientifiques, une pétition ou une liste de scientifiques (en général, non climatologues) ne valent pas les publications dans les revues spécialisées et les analyses collectives de la littérature scientifique, comme le fait le GIEC Groupe 1 sur la science du climat. Par ailleurs, vous parlez des « théories du GIEC ». Or le GIEC, sur la question du réchauffement climatique, ne crée pas de « théories », il fait des synthèses de la science du climat en cours. À ce titre, il est inexact de dire qu’il « refuse de prendre en compte les avis des scientifiques qui avancent d’autres théories » : le GIEC prend en compte l’ensemble des travaux publiés selon les standards scientifiques. L’article de François-Marie Bréon rappelle ce processus. Ce qui est affirmé par la communauté scientifique, c’est que l’activité humaine est responsable d’au moins 50 % du réchauffement récent. Donc, dire qu’il n’y a pas «  une simple et unique cause humaine », n’est pas en contradiction avec ce que résume le GIEC.

À propos du terme climato-sceptique, nous avons justement consacré un article contre l’usage de ce terme qui n’apporte que confusion et stigmatisation. Enfin, la comparaison esquissée avec Séralini et les OGM ne porte que sur un seul point  : celui visant à faire croire qu’il existe une controverse scientifique sur un sujet pour lequel, au contraire, le consensus scientifique est très fort. Mais encore une fois, un consensus scientifique qui ne dicte pas ce que la société doit faire.

Mis en ligne le 20 mars 2017
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