La publication des résultats de recherche négatifs

par Kevin Moris - SPS n°319, janvier 2017

Les médias francophones ont récemment annoncé la naissance d’une revue en ligne (avec peer review1) intitulée Negative Results2, à l’initiative de quatre jeunes chercheurs en biologie [1]. L’idée leur est venue lorsqu’ils ont assisté à la soutenance d’une thèse de doctorat : le travail de qualité fourni par la chercheuse n’avait abouti qu’à démontrer que son hypothèse de départ était fausse. Et ses résultats – parce que négatifs – ne lui ont pas permis de publier un seul article dans une revue à comité de lecture, ce qui est préjudiciable pour la suite de sa carrière.

Les auteurs expliquent que la publication des études négatives présente de nombreux avantages, alors qu’il n’y aurait que de l’ordre de 20 % de publication effective de résultats négatifs.

Si l’étude concerne l’efficacité d’un candidat médicament, il est fondamental de publier les résultats obtenus s’ils sont négatifs. Ainsi, un candidat médicament est commercialisé s’il est supposé avoir une efficacité. Mais l’évaluation s’est-elle faite avec toute l’information existante si les études avec résultats négatifs ne sont pas publiées ? La publication systématique des études négatives dans un registre va devenir la règle dans l’Union européenne3, comme c’est déjà le cas aux États-Unis. Initiée en 2013 par l’association Sense About Science, la campagne AllTrials «  appelle à l’enregistrement de tous les essais cliniques passés et présents et à la publication des méthodes et résumés pour chacun d’eux » [2].

Des études qui ne valident pas l’hypothèse de départ font avancer la connaissance, au même titre que les autres publications. Ainsi, il est utile de savoir par exemple que la consommation de canneberges n’a aucune incidence sur la survenue d’infections urinaires [3]. Les femmes qui en consommaient en croyant à un effet positif peuvent dès lors choisir de cesser de le faire4.

Le travail de recherche a un coût important, et la publication des résultats négatifs permettra de limiter le risque que d’autres chercheurs mènent les mêmes recherches… pour rien !

Tout comme leurs créateurs, cette revue en ligne est spécialisée en biologie. De plus, une publication a un coût de 300 euros, « soit dix fois moins que dans les revues classiques » selon les initiateurs, et les résultats peuvent être entrés facilement sur le site à l’aide d’un formulaire standard.

On peut noter enfin que des revues similaires existent déjà, par exemple le Journal of Negative Results in BioMedicine5 depuis 2002, ou la revue en ligne PLOS ONE qui possède une collection dédiée aux études négatives6, ou encore le Journal of Pharmaceutical Négative Results7 depuis 2010.

Une autre initiative intéressante est celle de la revue Cortex8, qui permet depuis 2013 un processus de publication en deux temps. Avant la conduite de l’étude, les méthodes et analyses prévues sont soumises à peer review pour acceptation. Une fois l’étude menée et les résultats obtenus, cela garantit leur publication dans la revue, même s’ils s’avèrent négatifs.

Dans un livre récent [4], Nicolas Chevassus-au-Louis s’interroge, entre autres, sur les conséquences dommageables du déficit de publication des résultats négatifs (chapitre 4), plus précisément du fait que les résultats positifs aient plus de valeur. Les études montrent en effet depuis quelques dizaines d’années une augmentation de la proportion d’articles publiés confirmant l’hypothèse énoncée préalablement. La raison principale semble être la difficulté de publier un résultat négatif. Mais cela peut inciter des chercheurs à frauder en modifiant un peu leurs résultats pour publier plus facilement.

Quoi qu’il en soit, on ne peut que souhaiter bonne chance aux auteurs de cette initiative, et espérer que d’autres revues du même type soient créées dans les domaines de recherche où elles seraient utiles.

[1] Thomasson R. et Muchier A., « La canneberge n’évite pas les cystites, et autres raisons de publier les recherches négatives », publié le 2 novembre 2016 sur theconversation.com
[2] www.alltrials.net : “AllTrials calls for all past and present clinical trials to be registered and their full methods and summary results reported.”
[3] Juthani-Mehta M. et al., “Effect of cranberry capsules on bacteriuria plus pyuria among older women in nursing homes : A randomized clinical trial”, JAMA, Published online October 27, 2016.
[4] Chevassus-au-Louis N., Malscience, Seuil, 2016.

1 Littéralement « évaluation par les pairs » ; dans les revues à comité de lecture, les articles sont soumis à relecture par des collègues chercheurs du domaine avant publication.

2 Accessible sur www.negative-results.org

3 On peut évidemment s’étonner que cette contrainte ne soit imposée que maintenant aux entreprises pharmaceutiques !

4 Concernant l’homéopathie, on peut observer que de nombreuses études négatives ne suffisent pas forcément à changer les habitudes.

5 http://jnrbm.biomedcentral.com ; “an open access, peer reviewed journal”.

6 Voir http://collections.plos.org/missing...

7 www.pnrjournal.com

8 Voir Registered Reports : A new article format from Cortex sur www.journals.elsevier.com

Mis en ligne le 31 mai 2017
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