Gestion du risque ou suppression de tout danger ?

319 - janvier 2017

« Avec la proposition de la Commission [européenne], un perturbateur endocrinien1 pourra être autorisé si “le risque d’exposition de l’être humain est négligeable”. Cette logique de la Commission est dangereuse et constitue un glissement de l’évaluation du danger vers l’évaluation du risque ». Étrange affirmation d’une députée européenne2. Depuis toujours, c’est bien le risque qui, in fine, doit être géré. Et on voit mal comment il pourrait en être autrement.

L’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles (INRS) rappelle que le danger, c’est la « propriété intrinsèque des produits, des équipements, des procédés… pouvant entraîner un dommage ». Le risque, c’est une « exposition […] à un danger ; [il] est caractérisé par la combinaison de la probabilité d’occurrence d’un événement redouté (accident) et de la gravité de ses conséquences ».

Les dangers qui nous entourent sont infinis : le lion est un prédateur pour l’être humain, les avions peuvent être victimes d’avaries, la viande rouge est un cancérigène probable, on peut se noyer dans de l’eau, les isoflavones du soja sont des perturbateurs endocriniens avérés… Un couteau, un bâton, une voiture, un vélo ou un ouvre-boîte sont dangereux, la quasi-totalité des médicaments peut avoir des effets secondaires. On le comprend bien, évaluer précisément la dangerosité est, certes, indispensable, mais la santé publique, la santé au travail ou la protection de l’environnement passent par une évaluation et une maîtrise des expositions ou des conditions d’utilisation. De tout temps, les politiques publiques se sont attachées à gérer le risque, à le réduire : des normes de sécurité sont imposées, des réglementations sont mises en place et des seuils sont instaurés pour limiter les niveaux d’expositions à des valeurs admissibles sans conséquence majeure pour les populations.

Personne ne songe sérieusement à supprimer les lions, l’eau, les ouvre-boîtes, le soja ou les vélos. Un monde sans aucun danger n’existe pas et le risque zéro n’est qu’illusion. Mais ce que les citoyens sont en droit d’attendre, ce sont des réglementations et des dispositions adaptées assurant la maîtrise la plus raisonnable des risques.

Que signifient alors les campagnes qui cherchent à nous alerter à la moindre présence d’un produit dangereux sans faire référence au risque encouru ? Il est vrai qu’il est plus médiatique de rendre compte d’un accident spectaculaire, de relater l’histoire d’un lion ou d’un requin qui dévore une personne, d’expliquer l’action potentielle d’un perturbateur endocrinien sur l’appareil reproducteur, celle d’un produit chimique sur une fonction neuronale que d’informer sur la réalité du risque et les moyens qui peuvent être mis en oeuvre pour le réduire et le rendre admissible, dans une démarche qui prend en compte les risques et les bénéfices pour la population dans son ensemble.

Science et pseudo-sciences

1 Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle qui peuvent interférer avec le fonctionnement des glandes endocrines, organes responsables de la sécrétion des hormones (ANSES).

2 Michèle Rivasi, députée Europe-Écologie Les Verts au Parlement européen. Communiqué de presse, 10 novembre 2016.

Mis en ligne le 21 décembre 2016
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